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Actualité
Juillet 2021 : création d'Innocence, opéra de Kaija Saariaho sur un livret original de Sofi Oksanen, au festival d'Aix-en-Provence.

Printemps 2021 : parution d'une anthologie de poésie komie, en collaboration avec Yves Avril.
04/2021 : représentations de Vincent River de Philip Ridley à Bertrix.
Printemps 2021 : deux nouveautés de Sofi Oksanen.
01/2021 : parution du roman O, de Miki Liukkonen, au Castor Astral.

01/2021 : parution du roman Sans toucher terre, d'Antti Rönkä, aux éd. Rivages.
11/2020 : Démocratie au temps du choléra : Herzen et Garibaldi à Nice autour de 1848, conférence-concert avec Nadia Metlov & Hélène Grabowska-Metlov à la bibliothèque Louis-Nucéra, Nice en ligne.
10/2020 : présentation de l'Anthologie de la poésie komie à Syktyvkar ("Journée des peuples finno-ougriens", Bibliothèque nationale de Komi).
09/2020-01/2021 : exposition de poèmes de Caj Westerberg à Nice (musée Charles Negre, expo Miniatures de Pentti Sammallahti).
08/2020 : Congressus XIII Internationalis Fenno-Ugristarum, Universität Wien. (reporté)
07/2020 : création d'Innocence, opéra de Kaija Saariaho sur un livret original de Sofi Oksanen, au festival d'Aix-en-Provence. (reporté)
05/2020 : collaboration à la revue Books à propos de l'actualité littéraire finlandaise.
03/2020 : 1er prix ex-æquo au concours de traduction poétique organisé par l’Inalco et l’Ambassade d’Estonie.
03/2020 : représentations de Purge, de Sofi Oksanen, à Angoulême.

02/2020 : parution du roman Le papillon de nuit, de Katja Kettu, chez Actes Sud.

11/2019 : réédition de Ils ne savent pas ce qu'ils font, de Jussi Valtonen, au Livre de Poche.

11/2019 : Conférence sur les langues autochtones de l’Europe, Institut finlandais & Inalco, Paris.
10/2019 : parution de "Ni scandinaves, ni slaves : des voix originales d'Europe du Nord", préface à Ma muse n’est pas à vendre, poèmes d'Ivan Kouratov choisis et traduits par Yves Avril, éd. Paradigme.
08/2019 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi dans le cadre du 15e Congrès des littératures finno-ougriennes, Kolozsvár, Roumanie.
05/2019 : parution d'Une soirée de toute cruauté, de Karo Hämäläinen, chez Actes Sud (coll. Actes noirs).

03/2019 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Genève.
01/2019 : parution de Sœurs de cœur, de Salla Simukka, chez Hachette.

12/2018 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Paris.
11/2018 : lecture publique de la pièce Purge de Sofi Oksanen à Cognac.
11/2018 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Nice, à Moscou et en République de Komi (Syktyvkar et région de Körtkerös).
08/2018 : parution de Lever de rideau sur le pays komi, L'Harmattan & Adéfo, coll. "Bibliothèque finno-ougrienne".

05/2018 : réédition de Norma, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.

05/2018 : parution d'un article de Sofi Oksanen au Nouveau Magazine Littéraire, mai 2018.
03-04/2018 : représentations de Vincent River de Philip Ridley au Théâtre Ouvert Luxembourg.

01/2018 : Cent ans de musique et de poésie entre Nice et Finlande, concert-lecture autour d’Armas Launis et d’Uuno Kailas, Nice, bibliothèque Louis-Nucéra.

11/2017 : "L’imaginaire national finlandais à l’épreuve du centenaire - Un regard du XXIe siècle sur la poésie patriotique d’Uuno Kailas", dans le cadre du colloque Révolutions russes ; images et imaginaire en Russie et en France, Nice.
11/2017 : lecture d'extraits de la pièce Purge de Sofi Oksanen au Théâtre de l'Atalante (Paris) dans le cadre des rencontres Traduire - Transmettre.
10/2017-01/2018 : reprise des Cornes d'Alexeï Popov au Théâtre de l'Impasse (+ en tournée le 07/10 à Saint-André, le 27/10 à Falicon, les 13-14/01 à Vence).

09/2017 : réédition de Norma de Sofi Oksanen en grands caractères (éd. Voir de Près).

08/2017 : parution de l'article "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans la revue bretonne Klask, n° 11.
08/2017 : "Are Finns ashamed of their independence? - A 21st century look at Uuno Kailas’ patriotic poetry", dans le cadre du 14e Congrès des littératures finno-ougriennes, Tartu, Musée national d'Estonie.
08/2017 : "Garibaldi und Nizza – ein Epos zwischen Frankreich und Italien", dans le cadre du 4e colloque de la Garibaldi Gesellschaft, Kirchberg, Sachsen.
06/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov à Châteauneuf-Villevieille.
04/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov (Nice, Théâtre de l'Impasse).

03/2017 : parution de Norma, de Sofi Oksanen, chez Stock.

01/2017 : parution de Ils ne savent pas ce qu'ils font, de Jussi Valtonen, chez Fayard.

12/2016 : "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans le cadre d'une journée d'étude à l'université Rennes 2.
08/2016 : parution du Récif, de Seita Vuorela-Parkkola, chez Actes Sud Junior.

08/2016 : expo sur le pays komi dans les livres étrangers, Bibliothèque nationale de la République de Komi, Syktyvkar.
06/2016 : réédition des Chants des forêts de Nikolai Abramov à la Bibliothèque nationale de la République de Carélie.

05/2016 : réédition du recueil Les Komis – Questions d'histoire et de culture aux Presses de l'Inalco.

01/2016 : présentation de Uuno Kailas de Heinola à Nice au Centre de Documentation Provençale (Bollène).
11/2015 : parution de Noir comme l'ébène, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.

10/2015 : Uuno Kailas de Heinola à Nice – Cent ans de musique et de poésie entre Nice et Finlande, concert-lecture à Helsinki.

10/2015 : Sofi Oksanen à Nice, rencontre avec Sofi Oksanen et Miquèu de Carabatta à Helsinki autour de Quora despareissèron lu colombs.
09/2015 : première de la pièce d'Alexeï Popov Les cornes par la compagnie La Chance du Débutant (au Théâtre National Komi, Syktyvkar).
09/2015 : réédition de Baby Jane, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.

09-12/2015 : résidence de traduction à l'HCAS (Helsinki).
05/2015 : parution de Blanc comme la neige, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.

03/2015 : parution du poème de Nina Obrezkova "Un jour tu rentreras chez toi", à Syktyvkar (brochure réunissant des traductions du même texte dans 14 langues différentes).
03/2015 : Destination Russie (Châtenay-Malabry), festival consacré à la République de Komi, à l'initiative de l'association MIR Franco-Russe.
02/2015 : présentation des Colombs à Aix-en-Provence.
01/2015 : parution de l'article "La parenté finno-ougrienne dans la littérature komie : héritage commun ou influences récentes ?" dans la revue Études finno-ougriennes.
12/2014 : 1é mercat leterari de Calèna (Nice)
11/2014 : parution de Rouge comme le sang, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.

09/2014-01/2015 : exposition de travaux généalogiques et historiques à Nice (musée Masséna, expo La marqueterie niçoise).
05/2014 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, chez Stock.

04/2014 : réédition de Quand les colombes disparurent, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.

03/2014 : parution de La Sage-femme, de Katja Kettu, chez Actes Sud.

03/2014 : parution (en russe) d'une interview, de la nouvelle Le mur et de l'article "M.N. Lebedev et la satire politique du monde contemporain" dans la revue Арт.
02/2014 : Semaine komie à Nice.
12/2013 : "Quora despareissèron lu colombs: translating a Finnish bestseller to a minority language of France" (Université de Helsinki, colloque Language revitalization in a Russian and European context: Exploring solutions for minority language maintenance).
11/2013 : présentation des Colombs en Iamal (Salekhard, 12e Congrès des littératures finno-ougriennes).
11/2013 : "Кыдзи вуджöдiсны Савинлысь гижöдъяссö" ["Traduire Savine"] (Académie des Sciences de Russie, Syktyvkar, colloque Savine).
11/2013 : "Entre Savoie et Romanov : la famille niçoise Michaud de Beauretour – Une synthèse complétée par des données inédites" (Beaulieu-sur-Mer, colloque Romanov).
06/10/2013 : présentation des Colombs au Festival du Livre de Mouans-Sartoux.
09/2013 : "The role of drama in the construction of national identities in the Ural-Volga area, through examples of Finno-Ugric interaction" (colloque "Oural-Volga", Samara).
08/2013 : présentation des Colombs à Annot.

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— d'Ellen Niit (1928-2016) —
MA TUNDSIN KAHTE SUURT KIVI
 
Ma tundsin kahte suurt kivi.
Ma olin nendega lähedaselt tuttav.
 
Ma kõnelesin nendega ühtepuhku.
Me vahetasime mõtteid
vihmausside eluviisi üle
ja mätta-aluste ja sambla-aluste
asjade üle
ja pähklite valmimise üle.
 
Nad elasid sarapikus.
Otse sarapiku südames.
Kõik pähklid olid neile jumala selged
urvast tuumani,
surmast sünnini,
läbi ja lõhki.
 
Ma usun, et ka neil enestel olid
tuumad ja koor.
 
Mõnikord kukkusid pähklid neile kaela.
See tegi neile nalja.
Siis ma nägin neid naermas
muginal ja endamisi.
Niiviisi naeravad ainult kivid.
J’AI CONNU DEUX GROS CAILLOUX
 
J’ai connu deux gros cailloux.
Nous étions très proches, eux et moi.
 
Je m’entretenais souvent avec eux.
Nous échangions des idées
sur la vie des vers de terre
sur les dessous
plutôt herbus ou fort moussus
et sur la maturation des noisettes.
 
Ils vivaient dans une noiseraie.
Au cœur même du bosquet.
Les noisettes n’avaient aucun secret pour eux
du chaton au noyau,
de la mort à la naissance,
de bout en bout.
 
Eux aussi, je crois qu’ils avaient
un noyau et une coquille.
 
Parfois les noisettes leur tombaient dessus.
Ils trouvaient cela très drôle.
Alors je les voyais glousser
et rire intérieurement.
C’est le rire typique des cailloux.


Cette traduction a reçu le 1er prix ex-æquo au concours de traduction poétique organisé par la section d’études estoniennes de l’Inalco et l’Ambassade d’Estonie en France (14 mars 2020).

Auteur, poétesse et traductrice estonienne renommée, Ellen Niit a écrit plus de 40 livres de prose et de poésie pour enfants. Ses œuvres ont été appréciées par plusieurs générations de lecteurs estoniens et sont traduites en 18 langues.
Lire la suite de l'article ! (et 0 commentaires)
Écrit par SebK, le Vendredi 13 Mars 2020, 18:49 dans la rubrique "Estonie".


— (1807 Estonie - 1877 Nice) —
À Nice, le cimetière Sainte-Marguerite est connu sous le nom de "cimetière des Anglais". Certes, c'est ici, en bordure du vaste cimetière de Caucade, que la ville a commencé d'inhumer les sujets protestants du Royaume-Uni lorsque le petit cimetière de l'église anglicane, en centre-ville, est devenu trop exigu pour les nombreux résidents britanniques. En réalité, c'est plus généralement un espace consacré aux chrétiens réformés de même que la dernière parcelle des cimetières de Caucade, encore un peu plus haut, est destinée aux orthodoxes. Créés dans l'ouest de la ville dans les années 1860-1870, ces trois terrains avaient pour vocation de répondre à l'explosion démographique consécutive à l'annexion française.

Aussi, parmi les anglicans, on trouve aussi des luthériens, etc. : autrement dit, des chrétiens originaires de toute l'Europe nord-occidentale. Par exemple, sur la photo ci-contre, la pierre tombale est revêtue d'une inscription en allemand surmontée des armes d'un baron :

Hier ruht
FRIEDRICH FREIHERR VON UEXKUELL
geb. im Herzogthum Ehstland
den 22. Juli / 3. August 1807
gest. in Nizza den 6/18 November 1877
 
Né au manoir familial en Estonie, Friedrich August von Uexküll est issu de la noblesse allemande de la Baltique.
   Ses parents sont Berend Johann von Uexküll (1762-1827) et Elisabeth von Sievers (1776-1865), mariés en 1792. Militaire de l'Empire russe, Berend est conseiller d'Estonie, chef de la chevalerie estonienne en 1806-1809, et gouverneur civil d'Estonie en 1808-1819. Elisabeth est l'une des trois filles de Jacob Johann von Sievers (1741-1808), politicien et diplomate sous Catherine II. Friedrich August naît à Fickel (Vigala) le 3 août 1807. Voici un aperçu de sa généalogie proche, ainsi qu'une carte d'époque où sont mis en évidence les lieux mentionnés dans l'arbre (cliquer pour agrandir) :
 
    
Les provinces d'Estonie et de Livonie dans l'extrémité baltique de l'Empire russe au XIXe siècle.
En 1919, le nord de la Livonie (Tartu) sera intégré à l'actuelle République d'Estonie.

  
Berend von Uexküll et Elisabeth von Sievers, parents de Friedrich.

Le manoir de Vana-Vigala en 2008 [d'après photo Wikipedia].

En 1821, Friedrich von Uexküll devient propriétaire du manoir de Matzal (Matsalu mõis), une ancienne seigneurie qui existait probablement déjà au XVe siècle. Son père meurt en 1827.

Le manoir de Matsalu aujourd'hui. Le bâtiment actuel date du XVIIIe siècle (agrandi en 1867) [d'après photo Wikipedia].

Vers 1830, le châtelain de Matsalu épouse Anna von Patkul, née en 1810 à Reval (Tallinn). Leur premier enfant, Marie Elisabeth (1832-1857), va mourir à Dresde (Royaume de Saxe) à l'âge de 25 ans. En revanche, les trois enfants suivants seront les héritiers du baron :
  • Woldemar (1833-1898) va résider à Jeddefer (Jädivere) et mourir à Tallinn ;
  • Anna (1835-1902) va épouser le comte Karl Gotthard von Rehbinder, né en 1829 à Uddrich (Udriku), diplômé de l'université de Dorpat (Tartu) en 1851, qui mourra en 1878 à San Remo ;
  • Elisabeth (1843-1941) va épouser le major Gottwalt Arthur von Nostitz und Jänckendorf (né en 1829) et résider à Niederlößnitz (près de Dresde).
En 1859, âgé de 52 ans, Friedrich August quitte Matsalu. C'est apparemment le moment où il s'établit définitivement à Nice.


Depuis la fin de la guerre de Crimée en 1856, les relations diplomatiques, économiques et touristiques reprennent de plus belle entre l'Empire de Russie et le Royaume de Sardaigne. À Nice, les hivernants sont plus nombreux que jamais.
   Au cours de la saison 1858-1859 (la dernière avant la Troisième Guerre d'indépendance italienne), les Britanniques sont les plus nombreux des étrangers de passage, avec 284 familles recensées par la presse (d'où la grande majorité de tombes britanniques à Sainte-Marguerite) ; puis viennent les Français (282 familles), et les sujets de l'Empire de Russie (141 familles) ; le tourisme américain est encore modeste (25 familles). 
   Cet hiver-là, on remarque déjà une "baronne Uxkull" à Nice, qui saisit la justice pour avoir subi un vol en son domicile de la promenade des Anglais. Le frère de Friedrich, le baron Berend Johann Friedrich (1793-1870), réside dans une autre ville de la division de Nice appréciée par les riches étrangers : San Remo (voir les points bleus sur la carte ci-dessus). Il y est hébergé par la comtesse Adele Bianchi in Roverizio di Roccasterone. Auprès de l'aristocratie locale, en tant que noble de l'Empire de Russie, le baron Berend est connu sous son nom russe : "Boris". Aîné de la fratrie, "Boris d'Uexkull" a hérité du manoir d'Alt-Fickel (Vana-Vigala). 

Friedrich von Uexküll et sa famille sont donc déjà bien établis sur le littoral niçois lorsque le roi Victor-Emmanuel II vend la province de Nice à Napoléon III en 1860. Les aristocrates étrangers gardent leurs habitudes : ils vont continuer de fréquenter les villes de Nice et de San Remo, désormais englobées respectivement dans l'Empire français et dans le nouveau Royaume d'Italie.

En ces années 1860, "Frédéric Auguste d'Uxkull" achète un terrain à Brancolar, où il fait construire (ou rénover) une maison de campagne : la "Villa Uxkull". Sur le cadastre, la propriété couvre les parcelles 105 à 108 de la section H : oliviers, jardin, puits, maison et remise. Comme on peut le voir ci-dessous, Friedrich a pour voisin un autre baron allemand de la Baltique, Paul von Derwies (1826-1881), qui construit un château néogothique sur son domaine de Valrose (aujourd'hui siège de l'université de Nice).

  

La Villa Uxkull sur le plan cadastral de 1871 : maison avec remise, agrémentée d'un jardin bordé d'oliviers et équipé d'un puits.

  
Le baron Friedrich von Uexküll photographié à Nice.

En décembre 1868, l'épouse de Friedrich meurt à Dresde.
En 1872, le baron est recensé à Brancolar avec sa fille Marie de 19 ans (?) ; un valet de chambre italien âgé de 30 ans ; ainsi que deux Allemandes, une femme de chambre de 25 ans et une cuisinière de 20 ans.
En 1876, il est recensé avec sa fille adoptive "Louise Bellet-Uxkull" (une citoyenne suisse de 47 ans ?) et deux domestiques niçois d'une cinquantaine d'années.
Il meurt en sa villa le 18 novembre 1877.

L'héritage niçois sera partagé entre les trois enfants vivants en 1879, et les parcelles de Brancolar réattribuées en 1881. La maison et la remise sont toujours visibles, apparemment agrandies (et loties) : c'est la villa Blonay, au 28 avenue de Brancolar ; le jardin et les oliviers ont cédé la place à cinq maisons (nos 16 à 24).

  


Sources
Archives départementales des Alpes-Maritimes.
LeRoy ELLIS, Les Russes de la Côte d'Azur, Nice, Serre, 1988.
Geni.com
Wikipedia.org
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Écrit par SebK, le Lundi 6 Janvier 2020, 14:47 dans la rubrique "Estonie".


— autour de son dernier roman —
Sofi Oksanen était à Nice ces derniers jours pour célébrer la parution de son dernier roman en occitan niçois : Quora despareissèron lu colombs (Kun kyyhkyset katosivat).

Paru en Finlande en août 2012, cet ouvrage rencontre ici son premier public étranger hors des pays nordiques. D'autres traductions sont annoncées, notamment en français (Stock, mi-mai 2013).

L'auteur a été accueillie par l'équipe des Colombs au restaurant La Sousta, où elle a pu se familiariser avec la cuisine du pays.



Le 1er mai, Sofi a quitté le littoral pour remonter le Paillon et la Bevera en direction du massif de l'Authion, où elle a eu la surprise d'accomplir sa première randonnée en raquettes, en compagnie de ses traducteurs Miquèl de Carabatta et Sébastien Cagnoli, pour affronter les dernières neiges de la saison, encore parsemées du sable saharien déposé par le vent la semaine passée.

     

Des campagnes napoléoniennes à la Deuxième Guerre mondiale, ce plateau a vu s'affronter Niçois, Français, Italiens, Allemands, Américains... Sofi a été particulièrement impressionnée d'apprendre qu'un char avait pu monter jusque-là pour reprendre la redoute des Trois Communes (alt. 2082 m), en avril 1945, dans l'un des derniers combats avant l'armistice.

     

L'excursion s'est conclue avec une réception amicale au village de Moulinet.

La journée du jeudi 2 mai était consacrée aux rencontres avec les lecteurs.

La documentaliste Estelle Balleroy et le chef d'établissement Michel Combe nous ont reçus au CDI du lycée Calmette, où plusieurs classes d'élèves enthousiastes ont discuté avec l'auteur, le traducteur et l'éditeur, abordant tour à tour divers aspects de l’œuvre de Sofi Oksanen, l'histoire de l'Estonie et le projet de traduction en occitan niçois. Cette rencontre dans l'un de nos plus anciens établissements scolaires (1887), le fameux lycée de jeunes filles, était d'autant plus intéressante que c'est aussi le seul lycée de Nice, aujourd'hui, où le niçois ne soit pas enseigné !

  

  


Le succès de cette journée doit beaucoup à l'assistance passionnée de Gérald Roux, consul de Finlande à Nice (ci-dessus à gauche).

À l'auditorium de la bibliothèque Louis Nucéra, de nombreux lecteurs assidus étaient venus rencontrer l'auteur des Vaches de Staline et de Purge, impatients d'en savoir plus sur son nouveau roman.

       

Sofi a choisi de lire en finnois une scène d'amour tirée des Colombes. Joan-Pèire Baquié, président de l'IEO 06, en a lu ensuite la version niçoise éditée par ses soins :

  

Enfin, dans la soirée, c'est à la librairie Jean Jaurès qu'a été célébré le lancement du livre Quora despareissèron lu colombs. Libraire indépendant et infatigable qui anime avec fougue "la doyenne des librairies niçoises", Patrick Esclapez a orchestré cet échange cosmopolite autour de discussions et de lectures en finnois, occitan, français, anglais...

  


  
Glaudi Juniot, président de l'IEO-CREO PACA, a pris la parole en occitan pour accueillir les lecteurs et présenter le projet.


La Ville de Nice était représentée par Jacques Vidal, adjoint au maire en charge de la Littérature, de la Lutte contre l’illettrisme et des Bibliothèques.

Le prologue du roman a été dévoilé aux lecteurs, d'abord en finnois par Sofi, puis en niçois par Miquèl de Carabatta :

  

... et enfin, en avant-première, en version française, par Angélique Marçais, du Théâtre niçois de Francis Gag. Pendant ce temps, Sofi, stimulée par ce voyage dans les langues romanes, suivait attentivement sur la version niçoise :

  


Pour conclure, je ne peux que répéter les paroles de Sofi : "Bouòna letura ! Chau viva !"





Aquo d'Aqui : Quand Sofi Oksanen ajuda lei colombas a craïnar en niçard

                       


Nice-Matin, 11 mai 2013

     
Nice-Matin, 12 mai 2013

     
Nice-Matin Menton, 15 mai 2013


France 3, Vaquì, 2 juin 2013


La Lettre du Paillon, juin 2013

Et sur le site de l'IEO 06 :
Voir aussi le blog de la librairie Jean Jaurès.

=> commander en ligne Quora despareissèron lu colombs


Merci au FILI et à l'ADEFO d'avoir rendu possible le voyage de Sofi !

   

photos : S. Cagnoli, IEO 06, Rémi Tournier, Gérald Roux...
Lire la suite de l'article ! (et 0 commentaires)
Écrit par SebK, le Samedi 4 Mai 2013, 00:41 dans la rubrique "Estonie".


— de Sofi Oksanen —
Quora despareisseron lu colombsÀ l’occasion de la parution de son dernier roman en version niçoise, Sofi Oksanen est de passage à Nice pour rencontrer ses lecteurs.

Née en Finlande en 1977, d’une mère estonienne et d’un père finlandais, Sofi Oksanen est devenue en quelques années une figure incontournable des lettres finlandaises. Distinguée dans son pays par les prix littéraires les plus prestigieux, et à l’étranger par des distinctions telles que le Prix littéraire du Conseil nordique, elle a été particulièrement remarquée en France à la sortie de Purge, qui lui a valu aussitôt le Prix Femina étranger et le Prix du roman Fnac. 

L’auteur présente Quora despareissèron lu colombs (Quand les colombes disparurent) comme le troisième volet d’une tétralogie romanesque consacrée à l’histoire de l’Estonie au XXe siècle, après Les vaches de Staline et Purge. Par ailleurs, Sofi Oksanen a écrit aussi un petit roman intitulé Baby Jane.

Le jeudi 2 mai, rencontres avec Sofi Oksanen, en présence de ses traducteurs et éditeurs :
- à 14 h, au lycée Calmette (accès réservé aux élèves du lycée) ;
- à 16 h, à la bibliothèque Louis Nucéra (entrée libre) ;
- à 18 h, à la librairie Jean Jaurès (entrée libre).
Pendant ce temps, en Finlande… Les romans de Sofi Oksanen se sont déjà vendus à plus d’un million et demi d’exemplaires, dans un pays de 5 millions d’habitants. La pièce Quand les colombes disparurent, que l’auteur vient de tirer de son roman, est déjà programmée au Théâtre national de Finlande, pour une création en novembre 2013.

Quora despareissèron lu colombs
(Kun kyyhkyset katosivat)
Roman traduit du finnois en occitan niçois par Miquèl de Carabatta et Sébastien Cagnoli.
IEO-CREO PACA, 2013. ISBN 978-2-9530712-4-5.
Normalisation graphique de Joan-Pèire Baquié.
Avec l'aimable complicité de Ben pour la calligraphie du titre !
Rencontre organisée en partenariat avec la librairie Jean Jaurès, l'Adéfo et le FILI.
=> commander en ligne sur le site de l'IEO


Éditeurs, traducteurs et imprimeur pendant la préparation de Quora despareissèron lu colombs.

Photo de Sofi Oksanen par Toni Härkönen.

Préface des traducteurs

A la promiera demanda que nen fan la gent, « Mas perqué tradurre Kun kyyhkyset katosivat en occitan ? », la repòsta es : « Perqué es tant legítimo coma de lo tradurre en englés, ò en italian. » De fach – e maugrat que lo nòstre relarg lingüistic sigue mai pichin – tota lenga umana pòu exprimar l’experiença e lu sentiments umans, finda un dialècte extrème-oriental de l’occitan coma lo niçard !

En tant, e despí de sècolos, la leteratura occitana a esporjut d’òbras qu’an influit lu escrivans dau monde univèrs, ben en delà de l’iera dau parlar d’òc. Cadun ca­pisse ben pura, que se aquela demanda n’es estada facha, es a rapòrt a la question dei lengas minoritari ò minoradi. En aquel encastre, se l’occitan a jamai quitat d’èstre lo mejan de creacion de pron d’escrivans – e dei grans – la dubertura de la nòstra leteratura a la produccion forestiera, ai vents luenchs, es una necessitat vitala. Fa la mòstra d’una cultura que non s’embarra en una contem­pla­cion centripeta. La creacion e la traduccion serian ensinda li doi cambas d’una lenga d’òc druda en lo mond contemporan.

Lu ligams tra li culturas baltiqui e occitani, niçarda en particulier, son mai numerós que un lo porria creire. Li istòrias son aqueli dei pichini e « derisòri Pàtrias », fachi de conquistas, de dominacions, de cambiaments de sobei­ranetats, de revés, mas tanben de resistenças. Ensin lu Fraires de la forèst mentan lu Barbets niçards, resistents ò maufatans, sagatats dai sieus nemics, tradits dai sieus compatriòtas, tralaissats dai sieus caps e denembrats de toi… Per cen qu’es de la lenga dei país baltics, coma la nòstra, es estada « mespresada », esquiçada tanben tra de nacions tròup potenti per la pilhar sus lo seri.

L’òbra de Sofi Oksanen nen parla au còr perqué es prefondament umana, perqué partissèm l’experiença dei sieus personatges tot au còup tant frales e tant sòdos e que, tra elu, capissèm un pauc cen qu’an poscut viure lu nòstres vièlhs, qu’esfloram tanben un questionament sus la fòrça de la nòstra consciença, dei nòstri conviccions. Per tant, minga liçon es donada. Sofi non fa lo retrach dau ben ò dau mau, nen fa ressentir l’ànima umana davant dau sieu destin.

L’interés de Sofi Oksanen per la diversitat culturala s’es manifestada embé fòga, sus lo còup que Sébastien Cagnoli, lo sieu traductor francés, li a fach la propòsta d’una traduccion occitana-niçarda. Lo travalh s’es lèu organisat embé Miquèl de Carabatta qu’a usat d’una ma­tèria bruta – la traduccion francesa en cors d’e­la­boracion – per alestir lo tèxto niçard, tot au còup pròche de l’ori­ginal finés e pron destacat de l’influença d’una promiera traduccion. De fach, en aquela òbra duala, lo francés es estat un interfaça mai qu’un escalon per l’espeliment dau tèxto occitan. La referença a l’original a sempre permés de tenir lo « pantais niçard » liure e fedèl ai sentiments, a la prosodia, ai tòcas de l’autor.

Calia, fin finala, faire de chausidas grafiqui e lexicali que respectèsson tant l’especificitat niçarda coma la necessitat de tocar un lectorat tant larg que si pòu. Pensam d’aver tengut l’escomessa gaug a l’expertisa de Joan-Pèire Baquié e de l’IEO-CREO PACA.

Tornèsson doncas, lu Colombs, a Tàllinn e en autres luecs !

Miquèl de Carabatta e Sébastien Cagnoli


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Écrit par SebK, le Mercredi 3 Avril 2013, 13:22 dans la rubrique "Estonie".


— de Sofi Oksanen —

Dans la campagne estonienne, au début des années 1990. Une vieille dame vit dans la solitude. Elle a grandi dans l’Estonie indépendante, puis elle a subi la guerre, les répressions et les pénuries ; à présent, dans cette nouvelle période de changement, elle n’attend plus rien de la vie, elle voudrait juste oublier les horreurs auxquelles elle a été mêlée. Mais un matin, elle trouve une mystérieuse jeune femme endormie dans son jardin. Une jeune femme qui n’a pas l’air d’ici. Au fil des dialogues et des flash-back, la jeune femme dévoile ses véritables intentions, et la vieille dame révèle peu à peu les rôles qu’elle a joués, vis-à-vis de son pays et de sa famille, pendant la guerre et les cinquante ans d’occupation soviétique.

À travers les événements historiques qui ont déchiré l’Estonie au xxe siècle, Sofi Oksanen soulève des questions d’occupation, de collaboration et de résistance qui touchent un public beaucoup plus vaste. Cristallisé autour de destins personnels et de sentiments confus d’amour et de jalousie, son récit devient une vaste tragédie familiale et prend une portée universelle.

* * *

Situé dans la campagne estonienne, Purge est imprégné de traditions nationales et de sagesse populaire. Le récit se passe en grande partie dans une maison rurale typique, entourée par la forêt, par des champs, par un jardin cultivé, et par une cour de terre battue ou de gravier, reliée par un chemin à la route qui mène au centre du village. Le rez-de-chaussée du bâtiment principal est partagé entre l’habitation et l’étable ; à l’étage, sous un même toit, le grenier occupe toute la superficie de l’édifice. Dans la partie habitable, la cuisine joue un rôle particulier : c’est la pièce principale, où l’on vit, où l’on travaille, où l’on reçoit les visiteurs. Les autres pièces n’ont pas de fonction spécifique et sont toutes des « chambres », où l’on peut aussi bien dormir que vivre ou stocker des affaires.

Dans cette cuisine, on va assister à la préparation de quelques recettes familiales, apprendre les secrets des conserves et confitures… Mais une ménagère estonienne se doit aussi de savoir distinguer les variétés de champignons, de plantes, d’herbes, de connaître leurs propriétés médicinales, afin d’en extraire des essences et de les employer à bon escient. Au-delà de ce savoir-faire domestique, il existe au village une personne qui a des pouvoirs plus mystérieux, une guérisseuse, qui perçoit des signes dans les changements météorologiques et dans la langue des oiseaux, et qui perpétue de vieux sortilèges dont elle se sert pour aider ses voisins à faire face aux difficultés de la vie quotidienne.

Le mode de vie traditionnel est aussi illustré par des scènes de noces ; lors des préparatifs, on voit les filles de la famille qui, conformément à la coutume, préparent des coussins ou un édredon en plumes d’oie comme cadeaux pour la mariée. Mais si cette campagne estonienne préserve un mode de vie traditionnel, elle n’en est pas moins sujette à des bouleversements au cours de l’histoire – et particulièrement du xxe siècle : on assiste au changement des mentalités sur trois générations d’Estoniens, au changement des croyances, des modes, des aspirations, et à l’exode rural. Ces changements apparaissent à la lumière de souvenirs des temps passés, ainsi que des tribulations des protagonistes.

Par exemple, dans les environs de la maison d’Aliide se trouve un château du xive siècle, qui se prête à quelques souvenirs de l’Empire russe. Maltraitée par son mari, la princesse Augusta Caroline de Braunschweig-Wolfenbüttel (1764-1788) avait cherché refuge auprès de l’impératrice Catherine II, qui avait mis à sa disposition le château de Lohde (Koluvere), dans la campagne estonienne. Un certain mystère règne toujours sur les circonstances de la vie ou de la réclusion de la jeune princesse en ce château, où, réputée folle, elle est morte en couches à l’âge de vingt-quatre ans – mystère qui ne manquera pas de nourrir les croyances populaires dans les campagnes environnantes (d’autant qu’entre 1963 et 2001 ce château a abrité un asile psychiatrique).

L’histoire contemporaine, dans le récit familial du roman, commence dans la République d’Estonie, née de la victoire des blancs à l’issue de la guerre civile de 1918-1920. Sur cette période d’indépendance ondoie le drapeau tricolore estonien, tel un paysage de campagne : bleu comme le ciel, noir comme la terre, blanc comme la neige. C’est dans cette Estonie qu’ont grandi Aliide et Ingel, et une partie du roman fait ressurgir des réminiscences de cette époque.

Mais en septembre 1939, pendant que l’Allemagne envahit la Pologne, l’armée rouge pénètre en Estonie. Aussitôt, entre octobre 1939 et mai 1940, les germanophones sont « rapatriés » vers l’Empire allemand. Annexions et mouvements massifs de populations : tout avait était soigneusement préparé par le pacte contracté entre l’Allemagne et l’Union soviétique. Les combats entre Estoniens et Russes aboutiront à la proclamation pure et simple de l’annexion de l’Estonie (et des pays baltes) à l’U.R.S.S. au printemps 1940 (contrairement à la Finlande, qui parvient miraculeusement à repousser l’envahisseur).

En juillet 1941, lorsque l’Allemagne viole le pacte germano-soviétique, les nazis sont accueillis par les Estoniens comme des libérateurs. Mais ils ne font que chasser l’occupant russe pour exercer, jusqu’en 1944, une occupation non moins terrible.

En 1944, l’armée rouge repousse les nazis et se déploie à nouveau dans toute l’Estonie (cette seconde occupation soviétique ne s’achèvera qu’en 1991). Au retour des Russes, des mouvements de résistance s’organisent. Les Estoniens, qui font partie de la Société des Nations depuis 1921, ne peuvent pas concevoir que les pays occidentaux les abandonnent dans cette situation : on attend donc la libération. Les résistants se cachent dans la forêt et organisent des actions de lutte contre les communistes. Ces « frères de la forêt » construisent des blockhaus et un vaste réseau de souterrains afin d’échapper à la police secrète soviétique. Mais leurs efforts se révéleront vains.

Il faut attendre 1987-1990 pour que survienne le bouleversement suivant, sous la forme d’une « révolution chantante » : c’est par des chansons patriotiques et des rassemblements pacifiques que les Estoniens (et avec eux les peuples baltes) manifestent leur volonté de mettre fin à l’occupation soviétique et de reconquérir leur souveraineté. On entend dans le roman une chanson de Tõnis Mägi, « Koit » (« L’aube »), emblématique du soulèvement populaire de 1988, de même que le refrain de la chanson d’Alo Mattiisen « Eest­lane olen ja Eest­laseks jään » (« Je suis estonien et je resterai estonien »).

C’est dans ce contexte que commence le roman, en 1992, dans une République d’Estonie qui vient à peine de retrouver sa souveraineté, son drapeau, et sa devise : la couronne estonienne.

* * *

Pendant l’occupation soviétique, naturellement, les traditions estoniennes avaient tendance à se perdre, notamment avec la volonté de Moscou d’éradiquer tout sentiment national afin de fabriquer des citoyens soviétiques. En 1917, en Russie, le nouveau régime bolchevique avait mis en place une « Commission extraordinaire panrusse pour la répression de la contre-révolution et du sabotage » : la Tchéka. Ce service secret, remplacé en 1922 par la G.P.U., puis en 1934 par le N.K.V.D. (qui donnera naissance au K.G.B.), est plus actif que jamais pendant les années de guerre et de résistance qui sont représentées dans le roman. Même si l’organisation change de nom, l’appellation tchékiste reste dans le langage courant pour désigner ces hommes qui font régner la terreur. Nul ne peut se soustraire au gigantesque système d’espionnage et de délation que met en œuvre le régime soviétique.

En ce qui concerne la société rurale, le roman illustre la transformation de la campagne estonienne imposée par les réformes soviétiques. Depuis 1933, le Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique nommait des « organisateurs du Parti » dans les grands sites industriels, agricoles, administratifs, etc., avec pour mission de relayer la propagande politique et de superviser l’exécution des plans quinquennaux. C’est ainsi qu’un « organisateur du Parti », Martin, arrive au village d’Aliide. On peut observer, au fil des pages, l’organisation kol­khozienne du travail agricole, les quotas de production, les taxes que doivent payer les célibataires et les couples qui n’ont pas d’enfants (ou pas assez), etc.

* * *

Sofi Oksanen est née en Finlande (à Jyväskylä) en 1977, d’un père finlandais et d’une mère estonienne. C’est en finnois qu’elle écrit, mais c’est la culture estonienne qui nourrit son inspiration. Après ses premiers romans Les vaches de Staline (2003) et Baby Jane (2005), elle écrit en 2007 une « tragédie » intitulée Purge. Cette pièce, créée au Théâtre national de Helsinki, a eu un succès retentissant. L’auteur en a tiré un roman, paru en 2008 et aussitôt récompensé par le prix Finlandia, la plus haute distinction littéraire en Finlande.

On ne s’étonnera pas de retrouver dans ce roman une construction très dramatique, des personnages bien vivants et un récit plein de mystère qui se révèle petit à petit au gré des dialogues et des souvenirs. Outre les protagonistes et toute la cruauté du drame familial et individuel dans lequel elles sont précipitées, on y revoit notamment, quoique avec des personnalités et des destins sensiblement différents, deux mafieux russes qui illustrent, à travers deux générations, le bouleversement induit par l’effondrement du système soviétique : l’un est un jeune dépravé qui compte profiter de la chute de l’Union soviétique pour faire fortune par tous les moyens ; l’autre est un ancien officier du K.G.B. qui a un certain sens de l’honneur et n’attend plus grand-chose de la vie.

Mais surtout, le roman explore de nouvelles dimensions, auxquelles la scène ne se prêtait pas. Les décors, d’une part, sont plus variés, et les parcours des deux femmes sont peints avec beaucoup plus de détails, non seulement en Estonie – au village et à la capitale –, mais aussi à Vladivostok et à Berlin. Enfin, c’est tout un monde intérieur qui s’ouvre avec ce roman : les pensées prennent le pas sur les paroles, et les pages les plus intenses sont tissées de silences.

Sébastien Cagnoli
janvier 2010


Purge, de Sofi Oksanen, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, éd. Stock, coll. "La Cosmopolite", août 2010, 400 p., 21,50 €.

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Écrit par SebK, le Vendredi 20 Août 2010, 00:43 dans la rubrique "Estonie".