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01/2019 : parution de Sœurs de cœur, de Salla Simukka, chez Hachette.
12/2018 : présentation de Lever de rideau sur le pays komi à Paris.
11/2018 : lecture publique de la pièce Purge de Sofi Oksanen à Cognac.
11/2018 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Nice, à Moscou et en République de Komi (Syktyvkar et région de Körtkerös).

08/2018 : parution de Lever de rideau sur le pays komi, L'Harmattan & Adéfo, coll. "Bibliothèque finno-ougrienne".

05/2018 : parution de Norma, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
05/2018 : parution d'un article de Sofi Oksanen au Nouveau Magazine Littéraire, mai 2018.

03-04/2018 : représentations de Vincent River de Philip Ridley au Théâtre Ouvert Luxembourg.

01/2018 : Cent ans de musique et de poésie entre Nice et Finlande, concert-lecture autour d’Armas Launis et d’Uuno Kailas, Nice, bibliothèque Louis-Nucéra.
11/2017 : "L’imaginaire national finlandais à l’épreuve du centenaire - Un regard du XXIe siècle sur la poésie patriotique d’Uuno Kailas", dans le cadre du colloque Révolutions russes ; images et imaginaire en Russie et en France, Nice.
11/2017 : lecture d'extraits de la pièce Purge de Sofi Oksanen au Théâtre de l'Atalante (Paris) dans le cadre des rencontres Traduire - Transmettre.
10/2017-01/2018 : reprise des Cornes d'Alexeï Popov au Théâtre de l'Impasse (+ en tournée le 07/10 à Saint-André, le 27/10 à Falicon, les 13-14/01 à Vence).
09/2017 : parution de Norma de Sofi Oksanen en grands caractères (éd. Voir de Près).
08/2017 : parution de l'article "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans la revue bretonne Klask, n° 11.
08/2017 : "Are Finns ashamed of their independence? - A 21st century look at Uuno Kailas’ patriotic poetry", dans le cadre du 14e Congrès des littératures finno-ougriennes, Tartu, Musée national d'Estonie.
08/2017 : "Garibaldi und Nizza – ein Epos zwischen Frankreich und Italien", dans le cadre du 4e colloque de la Garibaldi Gesellschaft, Kirchberg, Sachsen.

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— Un théâtre finno-ougrien de Russie boréale en dialogue avec le monde —


La république de Komi, dans le nord-est de la Russie européenne, est bordée par l’Oural et par la toundra arctique. Au cœur de cette région finno-ougrienne où l’identité repose essentiellement sur la langue et sur le territoire, la société et son histoire entrent en résonance avec un siècle de représentations théâtrales dans l’idiome national.

Au fil des profonds changements de ces cent dernières années, le théâtre komi a pu s’avérer un vecteur de la mythologie et des traditions populaires, de propagande politique en ville et dans les campagnes, ou encore de communication mondialisée.

De l’auteur classique Mihail Lebedev, dont les personnages américains parlaient komi en Corée, au dramaturge contemporain Aleksej Popov, dont les pièces font aujourd’hui le tour de l’Eurasie, cet ouvrage « lève le rideau » sur une culture finno-ougrienne qui, bien au-delà des arts dramatiques, s’offre au dialogue avec le monde, entre les océans Atlantique et Pacifique, de l’Oural aux Alpes, de l’Arctique à la Méditerranée.


Sébastien Cagnoli. Lever de rideau sur le pays komi (Un théâtre finno-ougrien de Russie boréale en dialogue avec le monde). Préface d'Eva Toulouze. – Paris : L'Harmattan & Adéfo, coll. "Bibliothèque finno-ougrienne", vol. 27, 2018. – 520 p. ill. – ISBN 978-2-343-15572-2. – 39 €.


Préface d'Eva Toulouze :

LEVER DE RIDEAU SUR UN PONT ENTRE KOMI ET LE MONDE

Le livre que vous tenez entre les mains est une œuvre originale et précieuse dont la conception et la réalisation ont pris une décennie.

Une œuvre originale et précieuse : ce n’est pas tous les jours que paraît une monographie présentant une vision d’ensemble d’une culture finno-ougrienne, certes à partir d’un aspect précis, mais dans une perspective globale. Le titre dit bien ce qu’il veut dire : Lever de rideau sur le pays komi. « Lever de rideau », parce que ce livre nous présente le pays komi. Ce n’est pas la première œuvre en français portant sur cette riche culture finno-ougrienne, puisque le premier volume de l’Encyclopédie des peuples finno-ougriens leur est consacré. Mais ce recueil d’articles saupoudrait de connaissances un sujet trop vaste pour être exhaustivement traité sous cette forme. Faute d’autres sources en français, ces quelques textes permettaient d’assurer une toute première information. Ils ont la qualité et le défaut d’un recueil rassemblant des études de différents auteurs. Maintenant, nous avons à disposition une somme qui nous permet de découvrir le pays komi de manière relativement systématique. C’est le premier sens du titre.

Mais « lever de rideau » nous conduit tout de suite vers un contexte précis : explicitement, nous sommes au théâtre. De même qu’une représentation scénique n’est pas la vie, le texte sur lequel s’ouvre ce rideau n’en est qu’une des innombrables éventuelles représentations. Mais surtout, l’auteur a fait le choix de nous montrer le pays komi par un angle d’attaque. C’est par le truchement de leur théâtre que les Komis viennent à nous. Tout angle d’attaque est bon et permet de pénétrer dans l’espace exploré. Mais celui-ci est particulièrement riche, car nous allons découvrir la vie komie à partir de la manière dont des auteurs komis représentent leur vie. Nous avons là une perspective infinie en miroir. Le texte de Sébastien Cagnoli dialogue en permanence entre vie et scène : ainsi, quand il nous parle de bilinguisme, c’est le bilinguisme de la société, diversement mis en scène, et intégrant le bilinguisme de la scène, qui s’inscrira dans la mémoire du lecteur. Reflet sui generis de la vie, l’œuvre théâtrale la montre de la manière dont l’auteur de la pièce veut la montrer, et en même temps en devient une partie intégrante.

Est-ce cette particularité qui a amené Sébastien Cagnoli à faire le choix de ce thème ? Il s’en explique dans l’ouvrage. Comme toujours, les voies sont diverses, et sans doute leur cohérence ne finit-elle par s’imposer qu’une fois le résultat achevé. En tout cas, la richesse de cette approche, qui fait dialoguer en permanence texte et contexte, s’impose à la lecture ne serait-ce que de la table des matières. Parler d’économie dans un livre en principe consacré au théâtre ? Mais comment percevoir, comment comprendre le pays komi sans l’éclairage des conditions de vie et de développement de sa population, dans son ensemble et de chacun des membres la composant ?

J’ai parlé de monographie. C’est en effet le résultat des recherches de Sébastien Cagnoli que nous découvrons, et ces recherches sont caractérisées par l’homogénéité que leur confère la personnalité de l’auteur. Pendant des années, au fil de ses découvertes, au gré des thèmes de colloques et des commandes d’articles, l’auteur a jeté des coups de sonde et levé des pans du rideau couvrant les réalités komies. Au bout de dix ans, le moment est venu de faire une synthèse, d’où ce livre. Ce chemin d’exploration, on peut le découvrir en parcourant la liste des œuvres complètes de Sébastien Cagnoli. Ce livre, pour sa part, en est la substantifique moelle.

Ce n’est pas tous les jours qu’une culture minoritaire de Russie trouve ses chantres. L’une des caractéristiques des cultures finno-ougriennes de Russie centrale est le déséquilibre de la recherche les concernant. La situation idéale est quand le regard de l’intérieur et le regard de l’extérieur existent, se complètent et dialoguent. Cette situation est regrettablement rare. Pour les cultures du centre de la Russie, la situation est tristement déséquilibrée en faveur d’une proportion outrageusement dominante du regard intérieur. Les Komis étudient les Komis. Loin de moi de vouloir prétendre qu’ils ont tort. Mais l’étude autochtone a ses limites, d’une part dans les évidences qu’elle est mal placée pour identifier, et d’autre part dans les tabous que la société elle-même produit. La confrontation ne peut être que constructive dans la quête d’une compréhension de plus en plus proche et complexe d’une vérité inaccessible… Quand je dis autochtone, je ne limite pas mon propos au sens étroit de ce mot : songeons à l’impulsion formidable qu’a donnée au débat sur la France dans la IIe guerre mondiale l’ouvrage, publié en 1972, de l’Américain Paxton sur Vichy… Or pour les sociétés non Russes de la Russie centrale, le regard extérieur, sinon inexistant, est minime. Pour le monde komi, on ne peut pas ne pas évoquer, comme le fait Cagnoli, l’Anglais Coates, grand précurseur qui a travaillé dans les années 1970. Quelques Hongrois – Domokos, Vászoly, Rédei… Mais la plupart des étrangers qui se sont penchés sur le monde komi, en raison des spécificités de la recherche finno-ougrienne, sont, comme Rédei, linguistes, et cantonnent leur recherche dans l’exploration synchronique et diachronique des mécanismes internes à la langue…

Sébastien Cagnoli est venu, on peut le dire, tout seul, à la découverte du pays komi. C’est par un intérêt esthétique qu’il y est entré, et non pas porté par une quelconque tradition universitaire. Il n’a certes pas manqué de rejoindre les milieux scientifiques en cours de route, de par le souci de rigueur que le caractérise, mais justement, avec l’indépendance de son itinéraire à lui, maintenant en permanence un dialogue d’égaux. Il a fait aux Komis l’honneur, trop rare, de les étudier à partir de leur langue et non à partir de la langue seconde, celle du colonisateur, aujourd’hui dominante. Il leur a ainsi présenté un miroir original, dont ils lui sont reconnaissants.

Ce livre est précieux, d’une part pour nous, je l’ai suggéré au départ, car il comble une lacune comme il y en a trop concernant les peuples finno-ougriens en français, et dans l’ensemble dans des langues de grande diffusion à l’exception du russe. Mais aussi il est précieux pour les Komis eux-mêmes : d’abord pour leur prouver le sérieux de l’entreprise de découverte et de partage de leur ami et partenaire français, auquel ils ont ouvert toutes les portes, et qui par cet opus magnum leur exprime sa reconnaissance. Mais aussi, tout simplement, dans l’absolu, par le regard extérieur qu’il met à leur disposition sur eux-mêmes et qui leur fait tant défaut.

Ce miroir, il est obligatoirement sui generis. Ce livre en français, ce n’est pas n’importe quel auteur français qui le leur livre : dans la dernière partie de ce livre, Cagnoli met en parallèle les faits komis avec l’expérience intérieure qu’il a des faits niçois. Il ne se contente pas de regarder l’autre. Il en tire des conséquences. Le fait que Cagnoli soit Niçois, engagé dans le monde niçois, le met particulièrement à même de regarder le monde komi avec une compréhension bien plus profonde que simplement un regard depuis Paris. À moins que ce ne soit le contraire ? Que la rencontre du pays komi lui ait permis pleinement de percevoir, de sentir, au-delà de la dimension intellectuelle, la richesse ignorée de la culture et de l’identité niçoise ? Sans doute l’œuf et la poule…

En tout cas, par cet ouvrage, non seulement il nous fait entrer dans le monde komi, mais il nous fait sentir toutes les ramifications de ce monde, jusqu’à très près de nous. Il me reste à souhaiter que Sébastien Cagnoli continuera à investir (au moins une part de) sa sensibilité et son talent à la découverte du monde finno-ougrien, qui n’a pas, au final autant de passeurs qu’il le mériterait…

Mõisamäe, le 24 juillet 2018


Table des matières

Préface (Eva Toulouze)................................................................................................................7

Introduction.................................................................................................................................11
Remerciements..............................................................................................................................27

Première partie – Généralités et société...................................................................................31
Trois caractéristiques identitaires des Komis...............................................................................33
Le sentiment national komi : vers une identité républicaine extralinguistique ?.........................55
Le komi, un cas stratégique pour la connaissance des langues ouraliennes.................................63
Fret ferroviaire entre le Transsibérien et la mer Blanche : le projet Belkomur............................81

Deuxième partie – De la mythologie à la littérature................................................................93
Aux confins de l’Europe boréale :
une introduction aux mythes nationaux dans la littérature komie................................................95
La parenté finno-ougrienne dans la littérature komie :
héritage commun ou influences récentes ?.................................................................................101
Mihail Lebedev et la poésie épique komie.................................................................................109
Ilľa Vaś et les légendes komies...................................................................................................121

Troisième partie – Théâtre en langue nationale.....................................................................125
Le théâtre en langue nationale dans l’histoire du pays komi......................................................127
Le Studio komi de Leningrad (1932-1936) : une nouvelle génération pour le théâtre komi.....145
Svetlana Gorčakova et l’élaboration d’un nouveau répertoire...................................................161
Les Komis entre animisme et christianisme : résonances entre les périodes post-impériale et
post-soviétique dans la création dramatique komie....................................................................169
“Le poème des temples” (1992) : le mythe de saint Étienne revisité.........................................181
“Un blindé perdu dans la taïga” (2009) : les Komis dans le vaste monde.................................219

Quatrième partie – Théâtre et société.....................................................................................243
Mihail Lebedev et la satire politique du monde contemporain..................................................245
Le bilinguisme de la société komie reflété dans le théâtre en langue nationale.........................257
Mises en scène d’une identité non slave de Russie : langue, territoire et décors.......................265
Les nouveaux héros nationaux dans le théâtre komi post-soviétique.........................................279
Un opéra national komi au XXIe siècle.....................................................................................295

Cinquième partie – Perspective finno-ougrienne..................................................................301
Interactions et identités dans les théâtres finno-ougriens de l’Oural et de la Volga...................303
La langue marie au théâtre et à l’opéra – Survol d’un genre littéraire prolifique......................309
Les trois âges du cinéma oudmourte..........................................................................................321
Les langues finno-ougriennes dans la révolution médiatique du « Web 2.0 »...........................357

Sixième partie – Perspective européenne : coopération internationale...............................373
Coopération académique, scientifique et culturelle entre France et Komi.................................375
Traduire Savin............................................................................................................................381
Une comédie komie
– Adaptations et mises en scène niçoises d’un théâtre minoritaire de Russie............................389
Le théâtre en langue nationale comme outil pédagogique dans une société bilingue................401
Observations sur le bilinguisme dans les théâtres komi et niçois
– L’exemple de Ńobdinsa Vittor et Francis Gag........................................................................407
Le modèle finno-ougrien appliqué aux langues régionales de France.......................................421

Annexes.....................................................................................................................................429
Annexe 1. Principes d’écriture...................................................................................................430
Annexe 2. Komi : projections d’un mot multidimensionnel......................................................438
Annexe 3. Toponymes................................................................................................................445
Annexe 4. Statistiques................................................................................................................447
Annexe 5. Constitution de la République komie (1994) : extraits.............................................450
Annexe 6. Cartes........................................................................................................................451

Bibliographie.............................................................................................................................463
Index...........................................................................................................................................485
Table des illustrations...............................................................................................................512

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Écrit par SebK, le Jeudi 23 Août 2018, 15:04 dans la rubrique "Komi".


— "Les cornes" à Nice —

Après une création à Syktyvkar, la version francophone de la comédie d'Öľekśej Popov Les cornes arrive à Nice en avril 2017.

Cette fois, les comédiens sont Sylviane Palomba et Olivier Martineau, dans une nouvelle mise en scène signée Serge Millet, et les personnages s'appellent Hélène et Stéphane.


Théâtre de l'Impasse, 4 ruelle Saint-André, 06300.
Les vendredis 21 et 28 avril à 20h30.
Les samedis 22 et 29 avril à 20h30.
Les dimanches 23 et 30 avril à 15h.



C'est la première fois qu'une pièce de théâtre komie est jouée en France dans une adaptation française. À l'occasion de cet événement, l'auteur n'a pas pu se déplacer mais il a communiqué ce message aux artistes et au public :



Пыдди пуктана артистъяс Сильвьяан, Oливье, режиссер Серж, пьесасö тiян кыв вылö вуджöдысь Себастьян да став войтырыс, кодъяс уджалiсны спектакль петкöдлöм вылын!
Зэв ыджыд аттьö ставныдлы!

Пыдди пуктана видзöдысьяс!
Пöсясьыс пöся чолöмала тiянöс премьераöн! Ме кöть и ылын ола, но тайö здукъясас лоа тiянкöд. Кута мöвпавны тiян йылысь, шуавны бур кывъяс да эскыны, мый артистъяслöн ворсöмыс воас сьöлом вылад. Спектакльыс гажöдыштас тiянöс, сьöлöм сетыштас, ловтö кыпöдас.
Муöдз копыр тiянлы да пöсь чолöм ылi Коми мусянь, кöнi сулалö помтöм-дортöм вöр. Сэнi арнас кутас кисьмыны пув, кодöн чöсмасисны Сильвьяан да Стан. Гашкö, кодсюрöлы и мукöдлы вичмыштiс. Горд пувйыс арнас кутас виччысьны, мед локтiнныд да вотчинныд. И ми Лариса гöтыркöд виччысям. Тi пыр лоанныд миянлы медся дона да пыдди пуктана гöсьтъяснас. И некор ог вунöдöй тiянлысь Коми муö волöмтö.

Аттьö став бурсьыс!

Кузь нэм да бур шуд ставныдлы!

Сыктывкар
Öлексей Попов,
Коми гижысь.
Chers Sylviane et Olivier, les comédiens ; Serge, le metteur en scène ; Sébastien, qui a traduit la pièce dans votre langue ; et tous les gens qui ont œuvré à l’élaboration de ce spectacle ;
un grand merci à tous !

Cher public,
C’est avec un immense plaisir que je vous souhaite la bienvenue à cette première !
Bien que j’habite un peu loin d’ici, sachez que je suis de tout cœur avec vous.
J’espère que le spectacle vous plaira, et que vous apprécierez cette pièce teintée à la fois de
mystère et de comédie.
Je m'adresse à vous depuis le bout du monde : le pays de Komi, où la forêt s’étend à perte de vue. Chez nous, en automne, on peut cueillir une
airelle rouge que Sylviane et Stan ont eu l’occasion de savourer lors de leur voyage : pouv, la canneberge. Je crois savoir que certains d’entre vous y ont goûté aussi. À votre tour, venez cueillir et déguster la canneberge ! Mon épouse Larissa et moi-même, nous vous attendons. Vous serez les bienvenus en pays komi !

Merci pour tout !

Avec toute mon amitié,

Syktyvkar,
Öľek
śej Popov,
écrivain komi.


  

  



Photos SC, avril 2017

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Écrit par SebK, le Lundi 10 Avril 2017, 14:30 dans la rubrique "Komi".


— нисарт йöзкостса висьт ~ conte populaire niçois —

Куль-изсянь[1] пö Антусыс аддзö му пасьтала.

Изйыс йитчö гöраувса тыкöд: сэнi олöны Антусöс кывзысьысь вöр-васа мутияс. Тыыс тайö Антуслöн эмбур. Кутшöмкö кö кыйсьысь чöвтлас вугырсö Ад тыас, то шедас сылы бегемот ыджда лягуша, ас бöрсяыс сэсся ва пыдöсас кыскас.

Колö повны зверъясысь, кодъяс олöны тайö Альпса гöра дорас Фонтан[2] да Бельведэр[3] сиктъяс гöгöр.

Коркö важöн öти вöралысь вöтлысис мичасьыс-мича сизим арöса кöр[4] бöрся.

Но тайö другысьöн мыччысьöм кöрыс вöлi зэв аслыспöлöс: абу мукöдыс кодь сибыд да шань. Збыль вылас тайö вöлi кöр ортсыа чöрт.

Вöралысьыс оз казяв кöрыслысь вожа гыжсö да биа гöрд синсö. Сiйö кутас кöрад пищальсьыс лыйлыны…

Но пуляыс бöр чеччыштö кöр кусьыс. Кульыслы тайö, тыдалö, зэв гажа ворсöм: збоя кöтöртыштас ылöкодь, сэсся вöралысьöс сибöдыштас, мед сiйö матысяньджык лыяс, а пуляыс мед бöр коньöр вöралысьлань чеччыштас. Вöралысьыд и пезьдöдлö, но некутшöм пуля оз пыр гöна куас. Кöрыс водзö котöртö… Вöралысьыд кашкыны нин кутiс… А кöрыд сералö. Кöрсö кыйны кöсйысь мортсö шмоньлив кульыс вайöдлiс Антус изöдз. Сэсянь кыйсьысьыд усьö Адö пыран йирö – некод на сэтысь абу сюрлöма.

Сё мöд висьт эм татшöм сяма накажитöмъяс йывсьыс. Антус мыждылiс найöс, кодъяс озырлун корсьöм могысь пыралiсны сылöн вöраланiнас.

Коркö сэсся Фонтанса да Бельведэрса йöзыс помöдз скöрмисны. Антуслы паныд войнаöн мöдöдчисны.

Котыртчисны зiль да повтöм том миссионеркöд, бура дасьтысисны. Коркö сэсся и петiсны чукöрнаныс туй вылö.

Мунöны. Попыс пасъялöм паськöма. Воисны Адса Ыджыдты нима медыджыд ты дорас.

Попыс Антуслы латин кывйöн шуö, васьыс пö пет да кывзы, мый висьтала.

Вочакывйыс дыркодь эз вöв. Чöв-лöняс кылiс сöмын сиктсаяслöн полана-апасяна лолалöмыс.

Сэсся вабергачöн шызис ва веркöсыс. Лёк дук йöзсö повзьöдiс.

Тайö дукыс петiс Антуслöн ныр-вомсьыс: корöм вылад петiс да сынöднас лолалö. Сиктсаяс аддзисны сiйöс да зэв ёна повзисны. Юрыс абу мортлöн ни абу пемöслöн кодь, куыс вежоват сьöма, сьöд сюра.

«Тайö ме!» – мурöстiс.

Попыс сылань вежа ва койис. Антус бöр вöйö. Ва ёна гыалö.

Миссионер корö Антуссö мунны мутиясыскöд гусьыс.

«Vade retro, Satanas[5]!» – тыас вежа васö койигöн бара шуö.

Вермöм Антус веськöдiс страшнöй бöжсö да чеччыштiс мöдар берегас, сэнi ассьыс мутияссö чукöртö.

Став мутиыс тшöтш петöны тысьыс. Лыд ни тшöт!

Ок кутшöм гаж став сиктсаяслы! Гундырсьыс пö нин мездысим!

Збыльысь-ö? Энöджык на!

Мöдар берегас Антуслы оз позь вежа ванас веськавны; сiйö шуö:

«Сöглас! Ме муна! Верманныд весиг вежны нимсö тайö изйыслысь, кöнi ме олi-вылi… Но ми кутам гортаныд тiянöс виччысьны… Бельведэрын… Фонтанын… ывлаын либö керка пытшканыд. Ми водзджык локтам – гöтыръясныд, тыдалö, тiянöс полöмпырысь виччысьöны, ми накöд сёрнитыштам. Тöдöны-ö найö став вöчöмторъяс йывсьыныд? Тöдö-ö Антонина, кодi век на бöрдö муса да мича ыж видзысь пондаыс, мый Öсип сöмын сылöн озырлун вылас гöтрасис?»

Öсипыс кöсйис вочавидзны. Но Антус лёк гöлöсöн водзö юасис:

«Тэ нö, Камийö, гöтырыдлы висьталiн сы йылысь, мыйта сьöм тэ Бöйса ярманга вылын колян тöлысьö перйин? Висьталiс-ö и Юстö Маргариталы, мый код юрöн усис телегасьыс, а эз чöрс чегöм понда? И Ваньö…»

Весьшöрö миссионерыс босьтчис вежа васö койны. Антуслы нем эз веськав, сiйö водзö лыддьöдлiс вермысьяслысь гуся грекъяссö, ичöтъяссö да ыджыдъяссö!

Ок кутшöм шог вермысьяслы сыысь, мый гöтыръясныс кутасны ставсö тöдны!

Сиктсаясыд вынаöсь, но абу геройяс!

«Кольччы татчö! Жалит миянöс Антус Öксай! – быдöн горзö. – Тэ танi лоан гортад!

 – Но меным окота нин лоис гортаныд ветлыны! Аддзысьлытöдз, бур йöз!»

И мунö мутиясыскöд …

Верöсъяс водзö горзöны:

«Эн! Эн! Эн мун! Сувт нин! Сувт! Ми тэнö колям асшоднад овны, и тэ миянöс эн вöрöд. Эн мун гöтыръяснымкöд аддзысьны!»

– Ичöт сьöлöмаöсь тi! – попыс скöрмис да налань уна вежа ва койис. – Тi öд сайöдчанныд вежа косьысь!

– Ок попöй! Мый тэ эськö вöчин, гöтыра мортöн кö вöлiн! Асьным вöчам могнымöс!»

Бара став выннас кевмысисны, мед Антус жалитас, бöр локтас… Некымынöн уськöдчисны ваö адса чукöрыс бöрся да кебыртчисны став вынсьыс мутияслöн кузь бöжъясас…

Сэки Антус Öксай босьтчис диктуйтны ассьыс условиеяс.

«Сöглас! Сöглас! Öксайö! Тайö изйыс дзикöдз тэнад! Мед век сiйöс шуасны “Куль-изöн”. Мед танi некор некод тэнö оз вöрзьöд! Ми кöсьысям некор не койны вежа васö матiгöгöрас, некор не петкöдлыны татöн ни перна ни мöдтор тэныд паныд. Сарав шумтöг-зыктöг!»

Сэки ваыс ёна резсьöм понда ставöн брöд кöтасисны уна сюрс мути юралысьныскöд вöйисны.




Conte populaire niçois adapté du français en komi par Sébastien Cagnoli et Olga Bazhenova (2011) sur la base de l’ouvrage suivant :

Jean Portail [Жан Портай], Contes et légendes du pays niçois [Ницца йöзкостса важ висьтъяс]. – Paris : Fernand Nathan, 1959.

 



[2] Fontan ~ ключьас, источник.

[3] Bel-védère ~ мича-аддзöм.

[4] Лат. Cervus elaphus («Благородный олень»).

[5] Лат.: «Мун татысь, Антусö!»


Illustrations : Юрий Лисовский ~ Iouri Lissovski
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Écrit par SebK, le Lundi 30 Novembre 2015, 17:03 dans la rubrique "Komi".


— 1937-2015 —
 

Paroles de Pam à son peuple

Avec précaution, [Sérafim] s’approcha de la maison. Même de près, il ne vit aucune lumière à la fenêtre ; seule scintillait dans un coin la pâle lueur du crépuscule. Et puis elle disparut de son champ de vision. Mais l’obscurité n’était pas encore totale.

Sérafim fit toc-toc à la porte. Il attendit un moment. Personne ne répondit ni ne sortit. Il toqua une seconde fois. Pas un bruit. Il saisit alors la poignée. Le lourd battant s’ouvrit en grinçant, comme à contrecœur. Il n’y avait personne. Dans la maison, il faisait encore plus sombre que dehors. Sérafim balaya l’intérieur du regard : une table, un banc et un petit poêle avec une cuisinière dans un coin. Il y avait aussi une armoire contre le mur. À part cela, rien, pas âme qui vive. Sur la table, quelque chose se déplaça en produisant un bruit. Des mouvements rapides s’enchaînèrent. Sérafim avança d’un pas ou deux et… il en resta bouche bée : il vit un échiquier sur lequel les pièces jouaient toutes seules. Aucune main ne les déplaçait. Quel miracle ! Il contempla longuement cette partie sans intervention humaine. Il ne savait que faire : s’asseoir ou ressortir ? Bon sang, allez savoir…

Alors que Sérafim faisait demi-tour, une porte s’ouvrit doucement du côté du poêle, laissant pénétrer une faible lumière. Par là arriva un vieillard chenu à longs cheveux et barbe. Il tenait à la main une chandelle à la flamme chétive. Elle s’était consumée jusqu’à son support de bois. Sur l’échiquier, les pièces bougèrent encore une fois, puis le jeu s’arrêta tout seul.

« Bonjour, voyageur, dit le vieillard avec bienveillance. Je t’attends depuis longtemps. »

Sérafim resta d’abord interdit, mais il finit par retrouver la parole.

« Bonjour, je ne sais pas comment t’appeler…

— Mon nom est long, rit doucement le vieillard, mais pour faire court : “Atlym Ćud Örep Laďej du clan du prince Pam de Permie” [1]. Tu peux dire “Vieux Laďej”. Assieds-toi.

— Et ça, demanda Sérafim en montra l’échiquier du regard, comment ça marche ?

— Je joue avec les yeux et la tête. On s’ennuie, tout seul.

— Ah oui… répliqua Sérafim, faisant semblant de comprendre.

— Je suis vieux, Sérafim…

— Comment me connais-tu ? s’étonna de nouveau le garçon.

— Il se trouve que je sais lire dans les yeux des gens. Je n’ai rien à faire, ici. Je suis un vieil homme. Dans mes rêves, les dieux me rappellent déjà auprès d’eux. Tu viens de Komi. J’ai invoqué une telle personne en pensée. Tu passais près de chez moi et tu as répondu à l’invitation. Écoute.

— Oui, Vieux Laďej.

— Écoute attentivement. N’oublie rien. Dans ma vie solitaire, j’ai vu bien des choses, et bien des choses non vues sont restées aussi dans ma tête. Les loups l’emportent sur les brebis. D’épaisses ténèbres se déploient. Et pas ici, mais dans la vie. Tu es un homme intelligent. Je le vois. Et c’est pourquoi je te raconte cela. Tu m’écoutes ?

— Oui, Vieux Laďej.

— C’est aujourd’hui l’anniversaire du prince Pam de Permie. Les dieux ont disparu, mais ils ne sont pas morts. Et il en est de même des descendants de Pam. En voici un qui étudie dans votre ville au bord du Syktyv [2], dans la plus grande école. Il a réussi à entrer. Il a été admis. Un garçon intelligent. Cultivé. Mais ici, dans la région de l’Ob, à part moi, la plupart des gens vivent avec le peuple local. Ils chassent, ils pêchent, ils élèvent les rennes. Ils ne m’oublient pas : je mange à ma faim, j’ai du bois pour le poêle. Que demander de plus ? J’ai même un chien.

— Je ne l’ai pas remarqué. Je n’ai rien entendu.

— Il aboyait, ici. Je l’ai envoyé un peu plus loin. Pour qu’il ne t’effraie pas. Il me protège. Un bon chien. À quatre-z-yeux.

— Alors tu n’es jamais seul, Vieux Laďej.

— Qu’est-ce que je disais ? Oui. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire. Et il faut que je raconte à mon peuple une parole qui me tient à cœur. Ensuite, il n’y aura plus personne. Nul autre ne l’a entendue. Tu pourras revenir tantôt, mais je ne serai plus là.

— Tu vis encore, Vieux Laďej…

— Mais écoute-moi donc, coupa le vieillard. Ainsi parlait le prince Pam : “Ô, Komis, vous êtes peu nombreux. Protégez-vous les uns les autres. Un jour je reviendrai… non parmi vous, mais dans vos cœurs…

”Je ne dénigre pas le Moine Śťep, celui qu’on appelle Étienne de Permie [3]. Il apportait un nouveau Dieu, au profit de Moscou. Mais, mon cher fils, pendant mille ans nous avons eu notre propre mode de vie : si le peuple komi l’oublie, il disparaîtra complètement de la terre. Respecte tes grands-parents et tes parents, sache t’accorder avec la nature, veille sur ton pays natal comme sur toi-même. Qu’a-t-il dit de neuf, Étienne de Permie ?…

”Moi, je suis né, j’ai vécu et je mourrai dans la croyance en nos divinités. Je ne dis pas cela pour moi seul. Mais au nom de tous les Permiens. Ou bien pendant mille ans nos aïeux se seraient-ils fourvoyés ? Ils ont protégé notre pays contre les regards envieux…

”La Nouvelle Babylone approche. Si l’on a des griffes et des crocs, alors on est un homme. Ne vous disputez pas en vain avec les gens qui parlent une autre langue, mais ne perdez pas la vôtre. La vie embrouille les gens. Le gros poisson avale le petit. Gardez-vous en troupeau, vous resterez vous-mêmes ; si vous vous dispersez, vous vous perdrez…

”Pendant des siècles, le peuple komi a vécu sa vie propre. Aujourd’hui, un grand nombre de gens, au fond d’eux, oublient leurs noms, leur mode de vie, leur foi, leur langue. La chance sourit aux coupables, le malheur frappe des innocents…” Tu m’écoutes, Sérafim ?

— Oui, Vieux Laďej.

— Dans la région de l’Ob, il y a de longs siècles, existait une localité du nom de Šörkar : grande, joyeuse, c’est aujourd’hui le bourg de Sherkaly…

— Et c’est là que nous allons, avec mes camarades ! s’exclama Sérafim.

— Quelques verstes plus haut, et bien auparavant, se dressaient les yourtes d’Atlym : Grand-Atlym et Petit-Atlym, non loin l’une de l’autre. Là s’établit le prince Pam, qui avait été piégé et expulsé de Komi par la violence. Ils avaient voulu le tuer, mais ils n’y étaient pas parvenus. Il arriva avec sa suite. Les Komis étaient riches, puissants, mais surtout bienveillants. Si tu fais du bien à quelqu’un, il te le rendra dix fois. Les arrivants furent donc accueillis avec générosité. Et Pam dut vivre loin des terres et des tombes des Komis.

— Et où alla-t-il ensuite ?

— Il dort maintenant au bord de l’Ob, là où se dressaient les yourtes d’Atlym. En amont de l’actuel Sherkaly. La tombe, certes, s’est effacée. Mais il a promis de se réveiller et de sortir de terre, pour conduire les Komis vers un bonheur autonome. Ainsi parla-t-il : “Je vais dormir, pour me réveiller à une autre époque.”

— Et toi, tu as vu la tombe de Pam, Vieux Laďej ?

— Je l’ai vue. Mais je ne veux pas le réveiller avant l’heure. Il se réveillera lui-même. Ainsi parla-t-il. »

La chandelle clignotait sur la table.

Sérafim regarda sa montre. Le vieux Laďej hocha la tête.

« Tu dois te remettre en route.

— Oui, les camarades m’attendent.

— Savate (Čajpod) te conduira par le plus court chemin.

— Qui ?

— Savate. Mon chien. Il est noir, mais sa poitrine et le bout de sa queue et de ses pattes sont blancs.

— Il ne sait pas où je vais.

— Savate sait tout, il est capable de comprendre, il ne lui manque que la parole », répliqua le vieux Laďej avec un large sourire. “Un vieillard au cœur humble, au visage rayonnant, à l’esprit vif et très original, se dit Sérafim. À la maison, je leur raconterai cette rencontre.”

« Dans la vie, chaque jour est une fête, soupira le vieux Laďej. Un jour, une vie parfaite s’établira. La clarté de la terre est vaste. Il y en aura pour tout le monde. Chacun à sa place. Soyez amis avec la nature, c’est un cadeau des dieux, protégez-la comme vos ancêtres, apprenez leurs enseignements : il est difficile de vivre sans racines. Ne vous querellez pas les uns avec les autres. Les paroles dures, méchantes, ne plaisent ni aux gens, ni même aux végétaux : elles attaquent, elles tuent. Protégez votre pays. La violente tempête “Šuvgej” a tout balayé sur son passage, laissant derrière elle des terres broussailleuses et abandonnées, des prés en friche, des villages désertés [4]. Si vous ne vous protégez pas vous-mêmes, qui vous protégera ? Ne vous opposez pas à la nouvelle foi : gardez-la dans un coin de la tête et vivez selon votre bon sens. La Femme d’Or ne nous a pas attiré vers le mal : elle nous a éduqués au bien. Les anciens Komis l’adoraient par-dessus tout.

— La Femme d’Or ? J’en ai beaucoup entendu parler. De nos jours, on la cherche encore. Et elle existe ? La Femme d’Or ?

— Oui. Pam veille sur elle. Et de ce côté-ci de l’Oural, les gens vénèrent la Femme d’Or et Vojpöľ. Les Ougriens. Ils les considèrent comme leurs.

— Ils les vénèrent encore aujourd’hui ?

— Et depuis toujours. Elle recèle bien des secrets, la taïga, dans la région de l’Ob. Nous sommes des peuples cousins. Ce côté-ci de l’Oural s’appelle Manśipal, c’est-à-dire : “le pays mansi” ; l’autre côté de l’Oural, c’est Saranpal : “le pays zyriène”. Beaucoup de noms et de mots d’ici te seraient familiers : Šörkar (la ville du Centre), Śölöm-Iz (le mont du Cœur), Śura-Iz (le mont Cornu), ńań (le pain), luzan (le sac à dos) et bien d’autres. Et leur Sorńi-Naj, c’est votre Femme d’Or (Zarńi Ań). Et voilà. Eh bien, allons-y. Attends seulement un instant…

— Vieux Laďej, merci de tout cœur pour ton récit. Tes paroles se sont gravées en moi. Tiens, j’ai un lièvre dans ma besace, je viens de l’attraper, ainsi qu’un grand coq de bruyère et une gélinotte. Je veux te les laisser. »

Sérafim commença à ouvrir sa besace, mais le vieux Laďej l’arrêta.

« Il fait nuit, à présent, il est trop tard pour chasser. Et tu dois rapporter de la viande à tes camarades. Je le sais. Tu n’as pas chassé tout cela pour toi. Attends un instant. »

Le vieillard alla dans sa chambre et revint avec une boîte en écorce de bouleau haute de deux empans.

« Que veux-tu me donner ? Ce n’est pas la peine…

— Voici du miel. Des environs de Sherkaly. »

Sérafim bredouilla de surprise.

« Oh, non ! Je ne peux pas accepter.

— Prends-le, Sérafim. On me l’a apporté. Mais c’est un cadeau pour toi, de la part du prince Pam de Permie.

— C’est son anniversaire, aujourd’hui ?

— Oui, c’est cela.

— Eh bien, je laisse ce grand coq de bruyère de bon cœur. En cadeau de ma part.

— Tu auras beaucoup de difficultés à surmonter, Sérafim. Après l’armée, je te souhaite de rentrer étudier en Komi, dans la plus grande école, où s’instruit le descendant du prince Pam de Permie.

— J’y réfléchirai, Vieux Laďej. Et comment il s’appelle ?

— Le temps viendra… vous ferez connaissance », dit le vieux Laďej.

Et, se tournant vers la taïga, il poussa un long sifflement.

Aussitôt, son chien était à ses pieds.

… Et le chien à quatre-z-yeux du vieux Laďej, qui répondait au nom de Savate, conduisit vraiment Sérafim à travers l’épaisse forêt […].

« Merci, merci beaucoup à toi, mon chien Savate ! Transmets mes chaleureuses salutations et mes meilleurs vœux au vieux Laďej. Que longtemps encore il vive à la lumière. »

Et il agita la main vers la maison de Savate. Le chien comprit, remua la queue, jappa une fois ou deux et disparut dans la nuit noire.



Vladimir Timine naquit le 2 juillet 1937 en-deçà de l’Oural, dans un village de la « RSS autonome de Komi », en Russie soviétique. S’il est surtout connu pour sa poésie, il est également l’auteur de quelques récits très remarqués, où l’histoire et le folklore occupent une place prépondérante. Membre du mouvement national komi à partir de la fin des années 1980, il joua un rôle important dans la vie intellectuelle de la République lors des années de souveraineté (1991-1992) puis au sein de la Fédération de Russie. Rédacteur en chef de la revue littéraire L'Étoile du Nord [Войвыв кодзув], vice-président de l’Union des écrivains komis, il était une personnalité majeure de la scène culturelle du pays. Il est mort hier soir, le 25 novembre 2015, à Syktyvkar.

Le texte ci-dessus est extrait de son roman Un blindé perdu dans la taïga [Пармаын вошöм БТР], d’abord paru en feuilleton dans la revue Concorde [Арт] (numéros 1 à 3 de l’année 2007), puis la même année aux éditions Kola. Écrit en komi, l’une des deux langues officielles de la république, ce roman est une aventure humaine épique, caractéristique de cette grande contrée cosmopolite qu’est la Russie.


* * *


[1] Un nom komi traditionnel est constitué de la juxtaposition des noms d’usage des ascendants, du plus ancien jusqu’à la personne qu’il désigne (en l’occurrence : « Laďej fils d’Örep fils de Ćud… »), en partant d’aussi loin que le permette la transmission orale de la génalogie. Le fait que le personnage ait un nom « très long » laisse entendre 1) qu’il est issu d’une famille komie aussi vieille, peut-être, que le peuple komi lui-même, et 2) qu’il est porteur de la connaissance de toute l’histoire cette famille — et par extension, de toute l’histoire du peuple komi. Ce personnage incarne donc en quelque sorte « la conscience du peuple komi ».

[2] La ville au bord du Syktyv (en russe : Sysola), c’est « Syktyvkar », aujourd’hui capitale de la République de Komi.

[3] Envoyé par Moscou avec une armée russe, l’évêque Étienne de Permie a évangélisé les Komis au XIVe siècle. Les légendes ont gardé la mémoire d’un certain Pam, qui aurait tenté de défendre le pays komi et ses traditions face aux envahisseurs. À partir de cette époque, les Komis qui refusaient de se soumettre à l’autorité des Russes ont reculé peu à peu vers le nord (Izhma) et vers la Sibérie (Ob).

[4] Dans la mythologie komie, Šuvgej est un souffle, un vent, qui peut être dangereux, enlever les gens, les posséder. C’est un esprit maléfique susceptible d’induire ses victimes en erreur en changeant de forme et en se faisant passer pour diverses créatures.

photo : Körtkerös, 21/10/2007

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Écrit par SebK, le Jeudi 26 Novembre 2015, 18:59 dans la rubrique "Komi".


— le grand soir —
     

ACTE I

  

  

ACTE II

     


  
Michaël Sisowath et Sylviane Palomba avec l'auteur Alexeï Popov, et avec les artistes du Théâtre National Komi.
[photos TNK]
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Écrit par SebK, le Lundi 28 Septembre 2015, 11:35 dans la rubrique "Komi".


— arrivée à Syktyvkar —
À Syktyvkar, la troupe est accueillie à l'Union des Écrivains Komis et au Théâtre National.



  



Le 23 septembre, l'ouverture du festival est célébrée avec la création de la pièce Lebalyś göśt (Le visiteur volant), version originale komie des Cornes.

  

Le lendemain, les artistes nicois et komis se réunissent lors d'une soirée folklorique :

  



Le 25, excursion au village de Pezmög.



[photos : KomiInform, TNK, Palomba]
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Écrit par SebK, le Lundi 28 Septembre 2015, 11:32 dans la rubrique "Komi".


— escale à Saint-Pétersbourg —
  

Première étape : Saint-Pétersbourg, capitale de la région fédérale du Nord-Ouest de la Russie.



Ce soir-là, le Ballet Nice Méditerranée se produit au théâtre Mikhaïlovski.

  

Au programme, entre autres, Troy Game, de Robert North.

  

Le lendemain, le voyage continue à l'aéroport de Pulkovo, en direction de Syktyvkar.



[photos Palomba]
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Écrit par SebK, le Lundi 28 Septembre 2015, 10:37 dans la rubrique "Komi".


— pendant ce temps, en Finlande... —





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Écrit par SebK, le Lundi 21 Septembre 2015, 17:47 dans la rubrique "Komi".


— "Les cornes" en tournée —
Dans le cadre des célébrations du 65e anniversaire d'Alexeï Popov, le Théâtre National Komi organise un festival consacré à l’œuvre du dramaturge : du 23 au 27 septembre 2015, plusieurs spectacles du répertoire seront joués au cours de la semaine, ainsi que des créations, le tout en langue komie (avec traduction simultanée en russe par oreillette).

À cette occasion, la compagnie La Chance du Débutant est invitée à jouer la version française de la comédie Les Cornes. Sylviane Palomba jouera le rôle de Colette (Tonia), et Michaël Sisowath celui de Charles (Micha), dans une adaptation parisienne au charme désuet.

L'esthétique parisienne est très populaire en Russie, et en particulier à Syktyvkar, où de nombreux prisonniers de guerre français furent logés après la victoire des alliés sur les armées de Napoléon. À cette époque, les patriotes niçois (et autres "austro-sardes") combattaient aux côtés des Russes, pendant que la famille royale était provisoirement en exil à Cagliari (le général Alexandre Michaud, en particulier, se distingua comme aide de camp et conseiller du tsar, et joua un rôle décisif dans la restauration des États de Savoie). À Syktyvkar, le quartier de maisons de bois où les Français furent hébergés en 1814 prit le nom de "Paris", qu'il porte encore aujourd'hui. Il est traversé par la rue Koutouzov.

La troupe se rendra donc à Syktyvkar, capitale de la République de Komi, en visitant au passage Saint-Pétersbourg, chef-lieu de la région fédérale du Nord-Ouest de la Russie. L'ancienne capitale impériale est jumelée avec Nice depuis 1997.




  
Souvenir de 1812 à Syktyvkar : le quartier "Paris".



  
Souvenirs de 1812 à
Saint-Pétersbourg : portrait du Niçois Alexandre Michaud (à la droite d'Alexandre Ier) et statue de Koutouzov.
  


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Écrit par SebK, le Jeudi 20 Août 2015, 12:20 dans la rubrique "Komi".


— "Les cornes" en français —
Dans Les cornes, Alexeï Popov imagine un couple sans âge et quelque peu extravagant, dont la relation très artificielle va basculer dans l’inconnu… Avec beaucoup de fantaisie, il met les deux personnages en présence d’un élément irrationnel qui ébranle leur quotidien et les pousse à une succession d’accusations, d’aveux et de révélations… Que va-t-il rester du couple à l’issue de ces épreuves ?


Le théâtre complet d'Alexeï Popov (Syktyvkar, 2011, 552 p.)

Secrets de couple et présomption de culpabilité

Une femme d’affaires et un homme au foyer. Voilà qui est inhabituel. Surtout si l’on imagine que la scène se passe dans un village de la campagne komie, en Russie. Un élément surnaturel survient dans le quotidien de ce couple extravagant… et leur relation bascule. Par son sujet et sa forme, la pièce tend à se rapprocher du théâtre d’un Ionesco ou d’un Pinter : un élément insolite se glisse dans une vie ordinaire (des bois de cervidé qui tombent dans le salon en volant par la fenêtre ouverte et dont on ne peut plus se débarrasser) et va perturber les relations des personnages jusqu’à les pousser à révéler des secrets et à se transformer — chacun, et l’un vis-à-vis de l’autre. Ils se forcent à faire des aveux, vrais ou faux, dont ils devront subir les conséquences.

Est-ce une mauvaise blague ou une manifestation divine ? Dès le début, les didascalies donnent un ton surréaliste. Le décor est planté de manière approximative, une grande liberté est laissée au metteur en scène, et l’attitude des personnages ne répond pas à la logique de la vie réelle : manifestement, l’auteur s’amuse. Le couple semble d’abord s’entendre à merveille — ou plutôt, c’est une caricature de couple harmonieux, où tout sonne faux sans qu’aucun des deux ne semble le remarquer. Puis arrive l’élément incongru : de magnifiques cornes surgissent par la fenêtre, comme volant de leurs propres ailes. L’homme se met à soupçonner sa femme de lui cacher quelque chose. L’ambiance se détériore. Le symbole du cocu est universel : ces cornes qui tombent au milieu du couple sont naturellement le catalyseur des aveux d’infidélité. Tout au long du premier acte, le mari présumé trompé s’acharne de plus en plus cruellement contre sa femme… Mais à l’acte II, la situation va se renverser et c’est l’homme qui est acculé à son tour… À qui sont ces cornes, en fin de compte ? Et qu’est-ce qu’elles signifient ? — si tant est qu’elles signifient quelque chose. 

Ces cornes insolites et envahissantes ne sont pas sans rappeler la corne du Rhinocéros de Ionesco (le mot śur désigne d’ailleurs aussi bien les bois des cervidés que les cornes en tous genres) ou le cadavre d’Amédée. La construction même de la pièce, avec sa progression dramatique qui accompagne la transformation des personnages, tient le spectateur en haleine aux confins du réel et de l’imaginaire : à chaque instant, on se demande ce qui est vrai et ce qui est faux, si le couple va résister ou se déchirer, si les cornes volantes vont revenir ou non… 

Le texte d’Alexeï Popov offre une grande liberté : il encourage le metteur en scène à donner libre cours à son imagination, tant pour la construction des personnages que pour la structure même du récit, avec une fin ouverte qui se prête à différentes variantes. Quant à la relation entre l’homme et la femme, elle est assez universelle pour être aisément transposée dans le monde entier — ou du moins, dans toute région du monde où l’on peut ramasser des cornes caduques de cervidé…

Adaptation française

La compagnie La Chance du Débutant a situé l'action de la pièce dans l'ambiance typiquement française d'un appartement parisien, à l'époque désuète et pittoresque de l'après-guerre.

Les répétitions sont en cours, en vue d'une première en septembre, avec Sylviane Palomba dans le rôle de Colette et Michaël Sisowath dans celui de Charles.

     
Premières séances de travail pendant l'été 2015, à Cannes et par Skype.

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Écrit par SebK, le Mardi 18 Août 2015, 12:15 dans la rubrique "Komi".


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