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Actualité
11/2015 : parution de Noir comme l'ébène, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
10/2015 : Uuno Kailas de Heinola à Nice - Cent ans de musique et de poésie entre Nice et la Finlande, concert-lecture à Helsinki.
10/2015 : Sofi Oksanen à Nice, rencontre avec Sofi Oksanen et Miquèu de Carabatta à Helsinki autour de Quora despareissèron lu colombs.
09/2015 : première de la pièce d'Alexeï Popov Les cornes par la compagnie La Chance du Débutant (au Théâtre National Komi, Syktyvkar).
09/2015 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
09-12/2015 : résidence de traduction à l'HCAS (Helsinki).
05/2015 : parution de Blanc comme la neige, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
03/2015 : parution du poème de Nina Obrekova "Un jour tu rentreras chez toi", à Syktyvkar (brochure réunissant des traductions du même texte dans 14 langues différentes).
03/2015 : Destination Russie (Châtenay-Malabry), festival consacré à la République de Komi, à l'initiative de l'association MIR Franco-Russe.
02/2015 : présentation des Colombs à Aix-en-Provence.
01/2015 : parution de l'article "La parenté finno-ougrienne dans la littérature komie : héritage commun ou influences récentes ?" dans la revue Études finno-ougriennes.
12/2014 : 1é mercat leterari de Calèna (Nice)
11/2014 : parution de Rouge comme le sang, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
05/2014 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, chez Stock.
04/2014 : parution des Quand les colombes disparurent, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
03/2014 : parution de La Sage-femme, de Katja Kettu, chez Actes Sud.
03/2014 : parution (en russe) d'une interview, de la nouvelle Le mur et de l'article "M.N. Lebedev et la satire politique du monde contemporain" dans la revue Арт.
02/2014 : Semaine komie à Nice.
12/2013 : "Quora despareissèron lu colombs: translating a Finnish bestseller to a minority language of France" (Université de Helsinki, colloque Language revitalization in a Russian and European context: Exploring solutions for minority language maintenance).
11/2013 : présentation des Colombs en Iamal (Salekhard, 12e Congrès des écrivains finno-ougriens).

Tribune



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— "Les cornes" en tournée —
Dans le cadre des célébrations du 65e anniversaire d'Alexeï Popov, le Théâtre National Komi organise un festival consacré à l’œuvre du dramaturge : du 23 au 27 septembre 2015, plusieurs spectacles du répertoire seront joués au cours de la semaine, ainsi que des créations, le tout en langue komie (avec traduction simultanée en russe par oreillette).

À cette occasion, la compagnie La Chance du Débutant est invitée à jouer la version française de la comédie Les Cornes. Sylviane Palomba jouera le rôle de Colette (Tonia), et Michaël Sisowath celui de Charles (Micha), dans une adaptation parisienne au charme désuet.

L'esthétique parisienne est très populaire en Russie, et en particulier à Syktyvkar, où de nombreux prisonniers de guerre français furent logés après la victoire des alliés sur les armées de Napoléon. À cette époque, les patriotes niçois (et autres "austro-sardes") combattaient aux côtés des Russes, pendant que la famille royale était provisoirement en exil à Cagliari (le général Alexandre Michaud, en particulier, se distingua comme aide de camp et conseiller du tsar, et joua un rôle décisif dans la restauration des États de Savoie). À Syktyvkar, le quartier de maisons de bois où les Français furent hébergés en 1814 prit le nom de "Paris", qu'il porte encore aujourd'hui. Il est traversé par la rue Koutouzov.

La troupe se rendra donc à Syktyvkar, capitale de la République de Komi, en visitant au passage Saint-Pétersbourg, chef-lieu de la région fédérale du Nord-Ouest de la Russie. L'ancienne capitale impériale est jumelée avec Nice depuis 1997.




  
Souvenir de 1812 à Syktyvkar : le quartier "Paris".



  
Souvenirs de 1812 à
Saint-Pétersbourg : portrait du Niçois Alexandre Michaud (à la droite d'Alexandre Ier) et statue de Koutouzov.
  

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Écrit par SebK, le Jeudi 20 Août 2015, 12:20 dans la rubrique "Komi".


— "Les cornes" en français —
Dans Les cornes, Alexeï Popov imagine un couple sans âge et quelque peu extravagant, dont la relation très artificielle va basculer dans l’inconnu… Avec beaucoup de fantaisie, il met les deux personnages en présence d’un élément irrationnel qui ébranle leur quotidien et les pousse à une succession d’accusations, d’aveux et de révélations… Que va-t-il rester du couple à l’issue de ces épreuves ?


Le théâtre complet d'Alexeï Popov (Syktyvkar, 2011, 552 p.)

Secrets de couple et présomption de culpabilité

Une femme d’affaires et un homme au foyer. Voilà qui est inhabituel. Surtout si l’on imagine que la scène se passe dans un village de la campagne komie, en Russie. Un élément surnaturel survient dans le quotidien de ce couple extravagant… et leur relation bascule. Par son sujet et sa forme, la pièce tend à se rapprocher du théâtre d’un Ionesco ou d’un Pinter : un élément insolite se glisse dans une vie ordinaire (des bois de cervidé qui tombent dans le salon en volant par la fenêtre ouverte et dont on ne peut plus se débarrasser) et va perturber les relations des personnages jusqu’à les pousser à révéler des secrets et à se transformer — chacun, et l’un vis-à-vis de l’autre. Ils se forcent à faire des aveux, vrais ou faux, dont ils devront subir les conséquences.

Est-ce une mauvaise blague ou une manifestation divine ? Dès le début, les didascalies donnent un ton surréaliste. Le décor est planté de manière approximative, une grande liberté est laissée au metteur en scène, et l’attitude des personnages ne répond pas à la logique de la vie réelle : manifestement, l’auteur s’amuse. Le couple semble d’abord s’entendre à merveille — ou plutôt, c’est une caricature de couple harmonieux, où tout sonne faux sans qu’aucun des deux ne semble le remarquer. Puis arrive l’élément incongru : de magnifiques cornes surgissent par la fenêtre, comme volant de leurs propres ailes. L’homme se met à soupçonner sa femme de lui cacher quelque chose. L’ambiance se détériore. Le symbole du cocu est universel : ces cornes qui tombent au milieu du couple sont naturellement le catalyseur des aveux d’infidélité. Tout au long du premier acte, le mari présumé trompé s’acharne de plus en plus cruellement contre sa femme… Mais à l’acte II, la situation va se renverser et c’est l’homme qui est acculé à son tour… À qui sont ces cornes, en fin de compte ? Et qu’est-ce qu’elles signifient ? — si tant est qu’elles signifient quelque chose. 

Ces cornes insolites et envahissantes ne sont pas sans rappeler la corne du Rhinocéros de Ionesco (le mot śur désigne d’ailleurs aussi bien les bois des cervidés que les cornes en tous genres) ou le cadavre d’Amédée. La construction même de la pièce, avec sa progression dramatique qui accompagne la transformation des personnages, tient le spectateur en haleine aux confins du réel et de l’imaginaire : à chaque instant, on se demande ce qui est vrai et ce qui est faux, si le couple va résister ou se déchirer, si les cornes volantes vont revenir ou non… 

Le texte d’Alexeï Popov offre une grande liberté : il encourage le metteur en scène à donner libre cours à son imagination, tant pour la construction des personnages que pour la structure même du récit, avec une fin ouverte qui se prête à différentes variantes. Quant à la relation entre l’homme et la femme, elle est assez universelle pour être aisément transposée dans le monde entier — ou du moins, dans toute région du monde où l’on peut ramasser des cornes caduques de cervidé…

Adaptation française

La compagnie La Chance du Débutant a situé l'action de la pièce dans l'ambiance typiquement française d'un appartement parisien, à l'époque désuète et pittoresque de l'après-guerre.

Les répétitions sont en cours, en vue d'une première en septembre, avec Sylviane Palomba dans le rôle de Colette et Michaël Sisowath dans celui de Charles.

     
Premières séances de travail pendant l'été 2015, à Cannes et par Skype.

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Écrit par SebK, le Mardi 18 Août 2015, 12:15 dans la rubrique "Komi".


— pédagogie et bilinguisme —
À l'école des Orangers, Alexeï Popov a rencontré les enfants de la première classe bilingue niçois-français.

Créée à la rentrée 2013, cette classe a pour vocation de dispenser aux élèves un enseignement intégralement bilingue, à parité horaire en niçois et en français. Actuellement, le cursus est assuré sur toutes les années de maternelle, et l'administration s'est engagée à assurer la continuité pédagogique les années suivantes.



  

En République de Komi, la constitution reconnaît deux langues officielles, le komi (langue nationale) et le russe (langue de la fédération), et il existe aussi des écoles bilingues. De plus, Alexeï Popov et Larissa Popova, également journalistes et pédagogues, participent activement à la publication de matériaux éducatifs pour la jeunesse, notamment le mensuel pour enfants Bi kiń, en langue komie. C'est donc avec un grand intérêt qu'ils ont fait connaissance avec les enseignants et les élèves de l'école des Orangers.


Nice et Syktyvkar sur la carte des langues d'Europe.

La rencontre a fait l'objet d'un compte rendu dans le magazine Bi kiń, et d'échanges de dessins et de vocabulaire entre les élèves komis et niçois.



[photos: Nice Expression et Larissa Popova]
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Écrit par SebK, le Lundi 17 Août 2015, 19:24 dans la rubrique "Komi".


— à Nice —
En février 2014, Alexeï Popov et Larissa Popova étaient en visite à Nice. À l'occasion d'un colloque international sur le "Théâtre en langue minorée", l'écrivain venait apporter son témoignage en tant qu'auteur dramatique d'expression komie.

  

     
Au château de Valrose, une exposition rendait hommage à l’œuvre dramatique d'Alexeï Popov.





        
Excursion à Monaco.

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Écrit par SebK, le Mercredi 12 Août 2015, 18:29 dans la rubrique "Komi".


— dans le Grand Nord —

La Petchora est le troisième fleuve d'Europe par son débit (après la Volga et le Danube). Elle prend sa source dans de petits sommets de l'Oural, puis coule vers le nord à travers les forêts komies, franchit le cercle polaire et parcourt la toundra jusqu'à la mer de Barents. Environnement peu propice à la vie sédentaire, la toundra est fréquentée depuis des siècles par les éleveurs de rennes nomades.

Au fur et à mesure de la conquête des forêts komies par les Russes (notamment sous Ivan le Terrible), des communautés de chasseurs Komis ont migré vers le nord et se sont établies sur le cours de la Petchora à proximité de la toundra. Les nouveaux arrivants y ont rencontré les Nénètses, auprès desquels ils ont adopté la technique d'élevage des rennes.

Le principal centre d'habitation de ces communautés komies du nord est représenté sur la carte ci-contre par le point rouge au nord d'Oukhta. Il s'agit du confluent de la rivère Iźva dans la Petchora, à 140 km du cercle polaire (pour comparaison : la ville de Vorkouta est située à 110 km au-dessus du cercle polaire).

Iźva (Ijma, 3753 habitants en 2010) se trouve sur la rive droite de l'Iźva. C'est le chef-lieu de la région, le centre administratif.

  

Śiźab (Siziabsk, 1232 habitants en 2010), sur la rive gauche, est un village dont l'économie est fondée sur un kolkhoze d'élevage de rennes, qui emploie une grande partie des habitants et leur fournit d'importantes ressources. Les troupeaux se dirigent vers l'océan Arctique en été et reviennent au village en hiver. Au village, on exploite tout ce qui peut être utilisé : viande, peau et fourrure, bois, os, etc.

     

     


     
À l'école de Śiźab (classes de collège).
  

    
Cours de komi à l'école de Śiźab (classe de lycée).



La route d'hiver tracée à travers la Petchora gelée.

  
Un campement d'éleveurs de rennes komis à la lisière de la taïga.

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Écrit par SebK, le Mardi 28 Juillet 2015, 18:39 dans la rubrique "Komi".


— en pays komi —
Cette année, le dramaturge komi Alexeï Popov célèbre ses 65 ans. Né en 1950 dans ce qui était alors la « RSS autonome de Komi » (aujourd’hui République de Komi), il a commencé par publier de la prose dans les années 1970. Membre de l’Union des écrivains de Russie depuis 1994, lauréat d’une bourse de la Société Castrén de Finlande en 1998, il joue aujourd’hui un rôle prépondérant dans la vie théâtrale du pays komi, où ses pièces sont montées régulièrement au Théâtre d’État de Syktyvkar et au Théâtre National Komi. Il écrit dans la langue nationale (une langue ouralienne, non slave), et aborde des registres variés : drame psychologique, vaudeville, surréalisme, mythologie komie, théâtre pour enfants…

Ville et campagnes de l'Ežva

La capitale, Syktyvkar, est située au bord de la rivière Sysola, juste avant son confluent dans l'Ežva (en russe : Vytchegda). La localité est devenue une ville au XVIIIe siècle, et la langue komie y était parlée par 95 % de la population jusqu'aux années 1930.

  
Le Théâtre d’État "Viktor Savine" et le Théâtre National Komi, à Syktyvkar.

L'Ežva et ses affluents forment un vaste réseau de navigation dans le sud du pays. De nombreux écrivains komis sont originaires des villages de l'Ežva en amont de Syktyvkar : Mikhaïl Lebedev (1877-1951) de Körtkerös (chef-lieu de région) ; Viktor Savine (alias "Ńobdinsa Vittor", 1888-1943) de Ńobdin...



     
Au musée de Körtkerös ; à celui de Ńobdin ; et à Syktyvkar, avec les fameuses chaussures des éleveurs de rennes.

  
À Syktyvkar.

Dans les forêts du Viśer

Alexeï est originaire du village d'Ydžydvidź (en russe : Bolcheloug), sur les bords de la rivière Viśer (affluent droit de l'Ežva, en amont de Ńobdin). C'est une région assez isolée, difficile d'accès pendant une partie de l'année.



Si la République de Komi a une superficie intermédiaire entre celles de l'Allemagne et de la France, 70 % du territoire sont constitués de forêts (le reste étant des marais et de la toundra). Pendant des siècles, la chasse, la pêche et la cueillette étaient les principales activités dans la région ; aujourd'hui, l'industrie du bois reste essentielle (ainsi que celle des hydrocarbures, dans le nord du pays).

     




En débit, les trois plus grands fleuves d'Europe sont la Volga (mer Caspienne), le Danube (mer Noire) et la Petchora (mer de Barents).
L'
Ežva se jette dans la Dvina (mer Blanche).



Syktyvkar dans la République de Komi (orange), au sein de la région Nord-Ouest (vert) de la Fédération de Russie (avec Moscou, capitale fédérale).

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Écrit par SebK, le Jeudi 23 Juillet 2015, 12:34 dans la rubrique "Komi".


— Nice en 1682 —

  
La ville de Nice, à l'embouchure du Paillon.
À droite, un projet fantaisiste d'extension de la cité sur le modèle de la capitale.

  
La rade de Villefranche, entre le mont Boron et le cap Ferrat.

  
Sospel, sur la Bevera, et Saorge, sur la Roya (route Nice-Turin).

  
Dolceacqua, sur la Nervia. - Tende, sur la Roya (route Nice-Turin).

  
La Turbie : vestiges et reconstitution du Trophée d'Auguste.


Oneille, l'enclave savoisienne sur le littoral génois.


Barcelonnette, sur l'Ubaye.


Villars, sur le Var.

  

  
Allégories du Piémont et de la Savoie.

  
Cartes générales du Piémont et de la Savoie.

     
Charles-Emmanuel II (†1675) et Marie-Jeanne-Baptiste (régente de Victor-Amédée II).


Arbre généalogique de la Maison de Savoie.


Source : Theatrum statuum regiae celsitudinis Sabaudiae ducis, Pedemontii principis, Cypri regis - Pars altera, illustrans Sabaudiam, et caeteras ditiones Cis & Transalpinas, priore parte derelictas, apud heredes Ioannis Blaeu, Amstelodami 1682. |Museo Torino]

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Écrit par SebK, le Jeudi 28 Mai 2015, 14:38 dans la rubrique "Nice".


— Nice et les Alpes maritimes dans le cinéma des années 1930 —
Hans Müller est né le 25 octobre 1882 à Brünn (= Brno, capitale de la Moravie), alors en Autriche-Hongrie.
Il est l'auteur de quelques ouvrages de prose et de poésie, mais c'est surtout pour ses œuvres théâtrales qu'il a connu la gloire. Ci-dessous, ses œuvres pour la scène figurent en bleu, et pour le cinéma en rouge.
Son plus jeune frère deviendra auteur et metteur en scène de théâtre et de cinéma sous le nom d'Ernst Lothar.

La famille Müller, qui vit selon la tradition juive, s'établit à Vienne en 1897. Dès le tournant du siècle, pendant ses études de droit à l'Université de Vienne (où il se lie d'amitié avec Stefan Zweig), Hans écrit ses premières pièces et publie de la poésie et de la prose :
  • Das Hemdenknöpfchen (1900 ;  Leipzig 1921) ; 
  • Das andere Leben (1900) ; 
  • Quintus Horatius Flaccus
  • Dämmer (poésie, 1901) ; 
  • Die Narren (pièce en 3 actes, 1901) ; 
  • Die lockende Geige (poésie, Munich 1904) ; 
  • Der Garten des Lebens (poésie biblique, Stuttgart 1904) 
  • Buch der Abenteuer (Berlin, 1905).
    Ce recueil de nouvelles contient notamment le texte "Nux, der Prinzgemahl", qui sert aussitôt de base à un livret d'opérette : Ein Walzertraum, avec une musique d'Oscar Straus (1870-1954) (Vienne 1907)
    => l'opérette sera adaptée au cinéma en 1925 (UFA, muet, réal. Ludwig Berger) et en 1931 sous le titre The Smiling Lieutenant (Paramount, réal. Lubitsch ; avec Maurice Chevalier et Claudette Colbert) ; on peut mentionner aussi une adaptation pour la télé en 1969 (co-production austro-allemande).
  • Das stärkere Leben (Berlin 1906) ; 
  • Troubadour (un acte, 1906) ; 
  • Arme kleine Frau (un acte, Berlin 1907).
Hans obtient son diplôme de droit en 1907 et complète ses études à Grenoble et Leipzig, ainsi qu'en Europe et aux USA.
Il acquiert une certaine notoriété au Wiener Burgtheater. Il quittera ensuite Vienne pour s'établir à Berlin.
  • Die Puppenschule, pièce en quatre actes (Berlin 1908) ; 
  • Hargadl am Bach oder die Liga der Persönlichkeit, comédie satirique en quatre actes (Berlin 1909) ; 
  • Die Rosenlaute (poésie, Berlin 1909) ;
  • Geheimnisland (nouvelle autobiographique, Berlin 1909) ; 
  • Clarisse (comédie en 4 actes, 1909) ;
  • Das Wunder des Beatus, drame en quatre actes (Berlin 1910) ;
  • Träume und Schäume (nouvelles, Berlin 1911) ; 
  • Gesinnung (comédies irrévérencieuses, Vienne & Leipzig 1912) ; Die Garage (comédie en un acte; 1912) ; Die Gewissenssache (comédie en un acte, 1912) ; Das Höchste (1912) ;
  • Der reizende Adrian (Vienne & Leipzig 1913).
  • Die blaue Küste (1914) => la pièce sera adaptée à Hollywood en 1930 sous le titre Monte Carlo (Paramount, réal. Lubitsch).

[voir détail ci-dessous]

  • Könige (drame, Berlin 1916) ; 
  • Violanta, livret pour un opéra d'Erich Wolfgang Korngold (1897-1957), Mainz, 1916.
    Le jeune Erich Wolfgang Korngold, qui n'a que 17 ans lorsqu'il compose la partition, est le fils de Julius, un grand ami de Hans Müller. Les Korngold sont également une famille juive de Brno. L'ouvrage est créé au Théâtre national de Munich le 28 mars 1916, sous la direction musicale de Bruno Walter.
  • Unsere Nordfront (co-auteur, 1916) ; 
  • Die Kunst, sich zu freuen. Gestalten, Bilder und Ergebnisse (Stuttgart 1917) ;
  • Der Bahnwäscher von Rottenmann (nouvelle, 1917) ; 
  • Der Schöpfer (Stuttgart 1918) ;
  • Die Sterne (Stuttgart 1919 ; création suisse en 1942, au Stadttheater de Bâle) ;
  • Der Spiegel der Agrippina (Vienne & Leipzig 1919 ; rééd. Berne 1941).
  • Die Flamme (Berlin 1920) => la pièce est adaptée au cinéma par Ernst Lubitsch dès 1923 (en Allemagne). Avec ce film muet, Müller fait ses premiers pas dans le monde du cinéma.

Pola Negri (Yvette) et Alfred Abel (Gaston) dans le film Die Flamme.

  • Der Vampir oder Die Gejagten (Vienne 1922 ; 1923) ; Grossmama (3 actes, 1923) ;
  • 1924: Die Tochter der Frau von Larsac (film autrichien adapté d'une nouvelle de Müller)

En 1925, l'opérette d'Oscar Straus Ein Walzertraum (1907) est adaptée au cinéma (UFA, muet, réal. Ludwig Berger).

  • Der Tokaier (comédie, Stuttgart 1925), comédie en trois actes => la pièce sera adaptée au cinéma en 1930 sous le titre Liebling der Götter (UFA, réal. Hanns Schwarz)
  • Der Brand von Trukitzan. Récit. (Leipzig 1925) ; 
  • Veronika (4 actes, Stuttgart 1926)
    => La pièce est adaptée au cinéma dès
    1927 sous le titre Schwester Veronica (muet, Allemagne, réal. Gerhard Lamprecht).
  • Menschen ohne Erde (1926) ; Die goldene Galeere (3 actes, Berlin 1927). 
  • Das Wunder der Heliane (livret pour un opéra de Korngold, Mainz 1927), d'après le mystère de Hans Kaltneker Die Heilige.

Après s'être fait remarquer par ses textes et leurs adaptations, Müller est invité à écrire des scénarios originaux pour la UFA, dont il est devenu un collaborateur régulier (il est chargé notamment de la supervision des scénarios). En même temps, il fait son entrée à Hollywood en 1928, où il continue notamment de travailler avec Lubitsch.

  • Grosse Woche in Baden-Baden (comédie, 1929)
  • Das brennende Herz (1929, muet, Allemagne, réal. Ludwig Berger). C'est apparemment le premier scénario de Müller.
     
  • Im weißen Rößl, opérette avec une musique de Ralph Benatzky (1884-1957), créée au Großes Schauspielhaus de Berlin en 1930.
    L’ouvrage est aussitôt adapté en français sous le titre L'auberge du Cheval-Blanc, et représenté au Théâtre Mogador en 1932.
    => L'opérette sera adaptée au cinéma en 1935 (réal. Carl Lamac).

Pendant ce temps, en 1930, la pièce de Müller Die blaue Küste (1914) est adaptée à Hollywood sous le titre Monte Carlo (Paramount, réal. Ernst Lubitsch).  [voir détail ci-dessous]

  • Le cinéma devenant parlant, le scénariste Hans Müller peut donner libre cours à son talent de dialoguiste. En 1930, il adapte sa propre comédie Der Tokaier (1925), sous le titre Liebling der Götter (UFA, 1930, réal. Hanns Schwarz, avec Emil Jannings et Renate Müller). C'est sa première collaboration avec le producteur Erich Pommer.

    Любимец богов (Liebling der Götter)

  • Liebeswalzer (prod. Erich Pommer, UFA, 1930 ; co-écrit avec Robert Liebmann, réal. Wilhelm Thiele). Avec Lilian Harvey.
    Version anglaise : The Love Waltz (UFA, 1930), également avec Lilian Harvey.


  • Voruntersuchung (prod. Erich Pommer, UFA, 1931, réal. Robert Siodmak), d'après une pièce de Max Alsberg & Ernst Hesse. Müller est co-scénariste avec Robert Liebmann (seul crédité) et Robert Siodmak. Le trio Siodmak-Liebmann-Müller s'essaye ici au registre du film noir. Le résultat est un polar berlinois élégant et riche en rebondissements.
    Version française : Autour d'une enquête (UFA, réal. Henri Chomette & Robert Siodmak).

  • Bomben auf Monte Carlo (prod. Erich Pommer, UFA, 1931, réal. Hanns Schwarz). Co-écrit avec Jenö Heltai et Franz Schulz, d'après un roman de Fritz Reck-Malleczewen.
    Version française :
    Le capitaine Craddock (UFA, 1931).
    Version anglaise :
    Monte Carlo Madness (UFA, 1932)

[voir détail ci-dessous]

  • Yorck (UFA, 1931, réal. Gustav Ucicky). Co-écrit avec Robert Liebmann et Arthur Pohl. 

En 1931, Ein Walzertraum fait l'objet d'une nouvelle adaptation cinématographique. Cette fois, c'est à Hollywood, sous le titre The Smiling Lieutenant (Paramount, réal. Ernst Lubitsch ; avec Maurice Chevalier et Claudette Colbert).

  • Morgen geht’s uns gut!, opérette avec une musique de Benatzky (Berlin 1932).
  • Stürme der Leidenschaft (prod. Erich Pommer, UFA, 1932, réal. Robert Siodmak). Co-écrit avec Robert Liebmann.
    Version française :
    Tumultes (UFA, 1932), avec Charles Boyer et Florelle.

     


  • Quick (prod. Erich Pommer, UFA, 1932, réal. Robert Siodmak), d 'après une pièce de Félix Gandéra. Avec Lilian Harvey (qui s'est ditinguée entre-temps dans Le congrès s'amuse d'Erik Charell en 1931) et Hans Albers.
    Version française : Quick (UFA, 1932)


  • Walzerkrieg (UFA, 1933, réal. Ludwig Berger). Co-écrit avec Robert Liebmann.
    Version française :
    La guerre des valses (UFA, 1933)

En 1932, l'antisémitisme ambiant commence à poser des problèmes. Malgré son nom qui passe inaperçu, Mülller rencontre de plus en plus de difficultés en Autriche et en Allemagne. Il achète un chalet au bord du lac de Thoune, à Einigen (canton de Berne), et il s'y installe avec son compagnon Nikolaus Schwarz (Miklos Schwarz, de citoyenneté hongroise).

En 1933, Müller se déclare de confession catholique romaine. Mais l'administration nazie n'est pas dupe : la UFA le met sur la liste des collaborateurs dont il serait opportun de se débarrasser dès que possible. La même procédure vise, entre autres, ses collègues Liebmann et Berger, ainsi que le producteur Erich Pommer.

  • Holde Aida…! (Berlin 1934).
  • Frischer Wind aus Kanada (1934), livret de comédie musicale, avec des paroles de Hans Fritz Beckmann et une musique de Herbert Walter (Berlin 1934)
    =>
    adapté aussitôt au cinéma : Frischer Wind aus Kanada (UFA, 1935)
    .
    Version française : Jonny, haute-couture (UFA, 1935).
    Ce sera sa dernière collaboration avec la UFA. La plupart de ses collègues sont déjà partis.

  • Dame Nr. 1, rechts, livret de comédie musicale (librement inspirée d'André Picard), avec des paroles de Rudolf Bertram et une musique de Werner Richard Heymann (Basel 1934) ; 

En 1935, Im weißen Rößl est porté à l'écran (réal. Carl Lamac).

  • Glück auf Himmelsruh (Berlin 1935) ; 
  • Paul und der Sündenfall, livret de comédie musicale avec des paroles de Hans Robert Bortfeldt et une musique d'Edmund von der Meden (Berlin 1936).
  • Der reichste Mann der Welt, livret d'opérette avec une musique de Ralph Benatzky (Berlin 1936).
  • Das stärkere Licht (4 actes, 1937)

En juin 1937, Müller se fait baptiser à Vienne, en la paroisse Saint-Étienne, selon le rite catholique romain.

  • Les trois valses (France, 1938, réal. Ludwig Berger). L'opérette d'Oscar Straus Drei Walzer a été créée en 1935 à Zurich. En avril 1937, une adaptation française est présentée (par Léopold Marchand et Albert Willemetz) aux Bouffes-Parisiens, avec Yvonne Printemps et Pierre Fresnay. Scénarisé par Léopold Marchand et Hans Müller, ce film de 1938 est réalisé dans la foulée, avec les mêmes interprètes. Ludwig Berger, fidèle compagnon d'infortune, aura accompagné toute la carrière cinématographique de Müller.

C'est la dernière fois qu'il participe personnellement à une production cinématographique. À partir de 1938, dans son village suisse, il adopte le nom de plume Hans Müller-Einigen et retourne à la littérature (notamment autobriographique) et au théâtre.

  • Geliebte Erde. Miniaturen von Unterwegs (Berne 1938). Écrits autobigraphiques. 
  • Eugenie (Vienne 1938 ; création en 1938/39 au Stadttheater Bern) ; 
  • Der Kampf ums Licht (Berne 1939 ; création en 1940 au Stadttheater de Bâle)
  • Kleiner Walzer in A-Moll (création en 1939 au Stadttheater de Berne) 
  • Das Glück, da zu sein. Berne 1940. Journal.

En 1940, la totalité des écrits de Hans Müller-Einigen est portée sur la liste noire du Troisième Reich.

  • Wenn Ehemänner tagen - Der Nachtigallenkongress (1944).
  • Schnupf - Geschichte einer Freundschaft (Berne 1944) ; Venusberg (nouvelle, 1944) ;
  • Jugend in Wien - Erinnerungen an die schönste Stadt Europas (roman, hommage à Stefan Zweig, Berne 1945), écrits autobiographiques ;
  • Reise einer Frau (Vienne, 1945) ; Die Menschen sind alle gleich, trois récits (Berne 1946).
  • Der Helfer Gottes (drame, Berne 1947 ; création en 1947 au Stadttheater de Berne)
  • Trilogie der Wandlung. Eine Gedichtfolge (1948). Poésie.

Picture Hans MüllerEn 1949, il obtient la citoyenneté suisse.

  • Das fliegende Trapez (2 actes, 1950) ;
  • Die Kaiserstadt (1950) ; 
  • Liebling der Grazien. Eine Komödie aus der Zeit, da man noch andere Sorgen hatte (Berne 1950 ; création en 1950 au Stadttheater de Berne).  
  • Katakombe. Storellini fiorentini, avec des illustrations de Fritz Traffelet (Berne 1950).
Hans Müller meurt à Einigen le 9 mars 1950, et Nikolaus Schwarz le 1er mai 1951.

Références :
  • Österreichisches Biographisches Lexikon 1815-1950, Bd. 6 (Lfg. 30, Vienne, 1975).
  • Theaterlexikon der Schweiz, éd. Chronos, Zurich, 2005, vol. 2.
  • Arthur Maibach, Hommage an Hans Müller Einigen. Ein Schriftsteller zwischen Wien, Hollywood und Einigen, éd. Novum, 2008.



Die blaue Küste

Le titre de cette pièce de 1914 évoque la "Côte d'Azur", paradis légendaire de l'aristocratie européenne de l'époque.
Monte Carlo (1930) film poster.jpg
En 1930, pour la Paramount, Ernst Lubitsch en fait une comédie musicale avec Jack Buchanan et Jeanette Mac Donald, sous le titre Monte Carlo.

Le quartier du casino créé à Monaco à la fin du XIXe siècle y sert de décor à une comédie romantique mondaine qui tourne autour du cloisonnement des classes sociales et de problèmes d'argent. Les dialogues et les paroles sont très spirituels, les acteurs irrésistibles et la mise en scène inventive.

L'intrigue est vaguement inspirée du roman de Booth Tarkington Monsieur Beaucaire (1900) qui, par ailleurs, a servi de base à l'opérette homonyme d'André Messager (représentée en Angleterre en 1919). Mais c'est une autre adaptation qui est présentée ici, un opéra imaginaire dont les quelques scènes composées expressément pour le film jouent un rôle déterminant dans le dénouement de l'histoire.

La trame est la suivante. La capricieuse comtesse Helene Mara s'enfuit du manoir de son fiancé, le Prince Otto von Liebenheim, quelques minutes avant leurs noces. Elle saute dans un train sans savoir où il va et se retrouve à Monte-Carlo, où elle perd sa fortune au casino en un instant. Le comte Rudolph Falliere s'éprend de cette mystérieuse inconnue. Il se fait passer pour un coiffeur afin de l'approcher, et tente laborieusement de la séduire (à cette occasion, le quiproquo autour du vrai et du faux coiffeur donne lieu à des scènes "crypto-gay" assez délirantes).

  

Après une scène d'ouverture hilarante où le comte un peu simplet, devant les invités, constate (sous la pluie) que sa fiancée a disparu, le film se passe à Monaco, notamment au casino de Monte-Carlo :

  

La fiancée s'enfuit à bord d'un train qui doit passer par Vienne avant de traverser les Alpes et la plaine du Pô. On présume donc que les noces avaient lieu quelque part dans une campagne de Moravie, dans une famille de la noblesse autrichienne. Le trajet dans les montagnes et sur le littoral offre quelques belles images...



... en chanson, bien sûr...

     

... à travers les régions agricoles d'Italie du Nord...

     

  

... jusqu'à la gare de Monte-Carlo :

  

Les machines ne cessent d'exercer leur pouvoir de fascination...
... dans un sens...

     

     

... comme dans l'autre...

     

... avec un symbolisme à la limite de l'obscène...

     

Film américain produit et réalisé par Ernst Lubitsch pour la Paramount, avec Jack Buchanan (Rudolph), Jeanette MacDonald (Helene), Claud Allister (Otto von Liebenheim)...

  


Bomben auf Monte-Carlo

Malgré la coïncidence géographique soulignée par le titre, le film Bomben auf Monte-Carlo de 1931 n'a rien à voir avec le Monte Carlo de 1930 évoqué ci-dessus.

  

Cette fois, il s'agit d'une adaptation d'un roman de Fritz Reck-Malleczewen (1884-1945), écrit pour la UFA par Hans Müller en collaboration avec Jenö Heltai et Franz Schulz. Le réalisateur est Hanns Schwarz, et les principaux interprètes sont les suivants : Hans Albers (le capitaine Craddock), Anna Sten (la reine Yola Ie du Pontenero), Heinz Rühmann (Peter, le premier officier), Rachel Devirys (Diana), Peter Lorre (le chef-ingénieur)...

     

Si l'action est censée se passer principalement à Monaco, l'ouverture offre une agréable surprise en restituant d'abord l'ambiance du littoral de la mer Ligure (rochers, pêcheurs...), mise en valeur par la chanson originale "Wenn der Wind weht über das Meer"  interprétée par les Comedian Harmonists. On peut s'en faire une idée en regardant le début de la vidéo plus bas.

     

     

Ensuite... le film est une grosse farce un peu molle. Acte I. Le capitaine Craddock et son équipage servent dans la marine royale du Pontenero, à bord du navire de guerre Persimon. Le Pontenero est un petit pays méditerranéen au bord de la faillite. Du coup, les marins sont désœuvrés et ne reçoivent pas leur salaire. Soudain, un télégramme du ministère de la Marine leur demande de se tenir prêts pour une mission au service de Sa Majesté Yola Ie : la reine arrive le lendemain à Livourne et elle compte embarquer pour s'adonner à une petite croisière en leur compagnie. La légèreté de ce projet n'amuse pas du tout le capitaine, qui décide de prendre les choses en main. Il fait lever l'ancre et met le cap sur Monte-Carlo.

     

Pendant ce temps, comme prévu, la reine est dans le train pour Livourne (en provenance du Pontenero et de Venise, d'où l'on peut conclure que le pays imaginaire se situe vaguement quelque part dans les Balkans).

     

À bord du train, elle reçoit un coup de fil de son ministre-président, qui l'informe de la réponse de Craddock. Elle demande donc au train de continuer jusqu'à Monte-Carlo. On a alors quelques jolies vues du port Hercule.

     

     

     

     

     

Acte II. Le capitaine fait mouiller au large de Monaco et, laissant l'équipage s'amuser à bord, il débarque avec son premier officier pour aller s'entretenir avec le consul du Pontenero, auquel ils réclament 100.000 francs, sous la menace de leur artillerie.

  

     

La reine, arrivée avant eux, assiste à la scène en cachette ; pour résoudre le problème, elle confie au consul son collier de perles, d'une valeur de 100.000 francs, ce qui lui permet de leur remettre la somme demandée.

     

Les deux marins vont d'abord au bal, pour s'amuser et tenter leur chance auprès des femmes. Incognito, la reine se maquille en demi-mondaine pour aborder le capitaine. Il se laisse séduire. Comme il est prêt à lui offrir n'importe quoi, elle réclame le collier de perles qu'elle aperçoit chez un bijoutier, "vendu par la reine du Pontenero".

     

Du coup, il n'ont quasiment plus d'argent, et ils vont au casino miser ce qu'il leur reste. Craddock a d'abord une chance folle, et il parvient à gagner une petite fortune. Au dernier moment, Yola s'empare de tout le paquet de billet en lance un pari exubérant ; évidemment, ils perdent tout, de façon spectaculaire.

     

     

Le capitaine se retourne contre la direction, et menace de bombarder le casino si on ne lui restitue pas les 400.000 francs perdus avant le lendemain matin.

     

     

     

  
Et c'est le clocher de Villefranche qui compte les heures avant le bombardement !

Acte III. Le lendemain matin, la tension est à son comble à Monaco.

     

     

Le Persimon arme ses canons.

     

La population panique...

  

... et s'enfuit (à Nice ?) :

  

  

La reine, toujours incognito, a passé la nuit à bord. Juste avant l’échéance de l'ultimatum, le directeur du casino vient confirmer qu'il refuse de céder au chantage.



La reine sort de sa cabine in extremis pour révéler son identité et faire cesser l'opération. Elle destitue le capitaine pour insubordination et le fait relever par le premier officier. Ça se termine un peu en vrac, avec le Persimon qui lève l'ancre, l'ex-capitaine qui extorque les 400.000 francs au directeur du casino et les remet à l'équipage avant de s'enfuir à bord d'un paquebot pour Honolulu, et la reine qui s'offre enfin sa fameuse croisière à bord du navire de guerre pour rentrer au Pontenero... ou plutôt pour suivre Craddock autour du monde...

     


    

Pour les curieux, le film est reproduit ici en version intégrale (mais mal proportionné) :




Conformément à l'usage de l'époque, la UFA tourne deux autres versions dans la foulée, en français puis en anglais. 


Le capitaine Craddock

La version francophone, co-réalisée par Hanns Schwarz et Max de Vaucorbeil, s'intitule Le capitaine Craddock (1931) ; avec Jean Murat dans le rôle éponyme, Käthe von Nagy (La reine Yola), Charles Redgie (Pierre, le premier officier), encore Rachel Devirys (Diane)...
Il paraît que c'est ce nom de "Capitaine Craddock" qui a inspiré à Hergé son personnage de "Capitaine Haddock" (en 1940).



  

En français, "Die Liebe der Matrosen" devient "Les gars de la marine" : interprétée par Jean Murat et par les Comedian Harmonists, la chanson sera très vite un tube.





  

L'impresario Max Glücksmann introduit même cette version francophone en Argentine :

     
La première des pubs ci-dessus n'est pas très claire. Il semblerait qu'Hotel Atlantic soit un film antérieur, non identifié, également produit par la UFA, en français, avec les deux mêmes vedettes. Quant à El Capitan Galante, aucun doute, c'est bien notre Capitaine Craddock.


Monte Carlo Madness

En anglais, le film s'appelle Monte Carlo Madness (1932).

Il est toujours réalisé par Hanns Schwarz, et Hans Albers joue toujours le capitaine (qui s'appelle Erickson, cette fois).

Les autres interprètes sont Sari Maritza (la reine Yola), le même Charles Redgie que dans la version francophone (Peter, le premier officier)... et toujours les Comedian Harmonists.
  
La jeune star Sari Maritza, née en 1910 de mère viennoise dans la colonie britannique de Tianjin, en Chine, n'a fait qu'une brève carrière au cinéma, entre 1930 et 1934, avec une douzaine de films en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Cette dernière version est plus obscure, il n'en reste apparemment pas grand-chose aujourd'hui, si ce n'est la chanson des Comedian Harmonists, "The Way with Every Sailor" :




Bomben auf Monte Carlo ~ Eddie läßt die Bombe platzen

En 1960, un remake est réalisé par la nouvelle UFA (société de production privée construite sur les vestige de l'ancienne UFA à Berlin-Ouest), avec Eddie Constantine dans le rôle du capitaine. Les scénaristes d'origine ne sont pas crédités, l'adaptation s'appuyant officiellement sur le roman de Reck-Malleczewen ; les références au film de 1931 sont pourtant très explicites, notamment par la réutilisation de la fameuse musique.

Notons la présence de quelques stars des années 1930-1940 comme Denise Grey et Albert Préjean.

Le réalisateur est Georg Jacoby, qui avait joui d'une grande popularité avec son épouse Marika Rökk dans les années 1936-1944, avant d'être interdit de cinéma au lendemain de la guerre.



     

Cette version se passe pendant le carnaval, ce qui apporte une touche "folklorique" intéressante, avec toute une séquence tournée à Nice :

           

     

     

     

     

     

Par rapport à la version des années 1930, cette adaptation s'inspire beaucoup, esthétiquement, du mariage princier de 1956 : le personnage de la "princesse Marina" rappelle fortement Grace Kelly.

     



     




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Écrit par SebK, le Samedi 2 Mai 2015, 19:10 dans la rubrique "Nice".


— Nice et les Alpes maritimes dans le cinéma des années 1930 —
     

Erna Sack, célèbre "rossignol" de l'époque, joue le rôle de Maria Castoldi, une jeune soprano qui rêve de monter sur scène. Paul Kemp est à mourir de rire dans le rôle de Rudi Hofer, un agent maladroit qui rêve de percer dans le monde du spectacle. Et puis il y a le comte Ulrich von Traunstein, qui vient de se faire plumer et quitter par une femme fatale, et qui rêve de se renflouer.

Là-dessus, voici qu'un célèbre ténor tombe malade à la veille d'un grand concert qu'il devait donner à Nice. Le domestique François, qui passait par là au bon moment, fait circuler discrètement les informations utiles. Du coup, l'agent malicieux invente un plan légèrement saugrenu : il persuade le comte de feindre un suicide en laissant une lettre prétendant qu'il est amoureux de la diva mais qu'elle ne l'aime pas ; et il suggère à l'impresario de remplacer le ténor par la Castoldi.

Les scènes de "Côte d'Azur" sont censées se dérouler à Nice. C'est là que sont filmés les paysages, en particulier les vues de la baie des Anges avec la Jetée-Promenade.

  

  

  

  

Bingo : la nouvelle du suicide fait immédiatement la une de tous les journaux, la Castoldi qui n'avait jamais mis les pieds sur une scène devient la célébrité incontournable de la saison, et le concert est joué à guichets fermés : la jeune chanteuse (qui n'est pas au courant de la machination) passe instantanément de l'anonymat à la gloire, l'agent s'en met plein les poches, et le comte se refait un capital et mène une nouvelle vie (à Paris, où il rencontre l'adorable Lisette, par la même occasion).


Le quotidien niçois qui rapport l'affaire est l'authentique Éclaireur de Nice et du Sud-Est. À cette époque (août-septembre 1936), L'Éclaireur relate la fin des Jeux Olympiques de Berlin, la guerre civile espagnole et la progression d'Hitler. À la une de ce numéro (qui ressemble à celui du 28 août), on apprend que Hjalmar Schacht, ministre du Reich à l’Économie en visite officielle en France, va quitter Paris en avion, et que l'attaché militaire soviétique à Londres vient d'être arrêté à Moscou.

Pour figurer le "Nouveau Casino" où est donné le fameux concert (et où le comte se fait plumer), c'est l'Opéra de Monte-Carlo qui est utilisé. Par contre, je ne sais pas où sont prises les vues intérieures de la salle.

     

  

     

Bientôt, la femme fatale découvre que le comte est toujours vivant, et l'imposture ne tarde pas à éclater au grand jour...

La situation s'inverse : la carrière de la Castoldi est ruinée dès sa première tournée, celle de l'agent aussi, et le comte est déshonoré. Quand Traunstein se rend compte que le complot s'est réalisé à l'insu de la cantatrice, il regrette d'avoir participé à cette imposture et promet de se racheter (avant de faire, cette fois, une véritable tentative de suicide).

Au marché aux fleurs, Traunstein commande un wagon entier de "Blumen aus Nizza" pour les faire livrer à Maria Castoldi, à Paris ! C'est bien le marché aux fleurs de Nice, et on peut même y acheter de la pissaladière :

     

Les déplacements des personnages et l'acheminement des fleurs donnent lieu à de belles images de chemins de fer sur la ligne Paris-Nice, donc notamment sur le littoral des Alpes maritimes.

     

     

     

     

    

        

  


     


     

Film autrichien réalisé par Augusto Genina pour la compagnie Gloria ; avec Erna Sack (Castoldi), Friedl Czepa (Lisette), Karl Schönböck (Traunstein), Paul Kemp (Rudi Hofer)...
Les scènes en studio sont tournées à Vienne.
Première à Vienne en septembre 1936 ; première américaine le 31 mars 1939 (sous le titre Flowers from Nice).



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Écrit par SebK, le Vendredi 1 Mai 2015, 13:14 dans la rubrique "Nice".


— un sculpteur saxon oublié —

Gotha

File:Ernst I of Saxe-Coburg-Gotha.jpgGustav Broßmann est né le 12 avril 1830 à Gotha. Depuis la fusion des duchés de Saxe-Cobourg et de Saxe-Gotha en 1826, le "Duché de Saxe-Cobourg et Gotha" [drapeau ci-contre] est un État membre de la Confédération germanique (dont la capitale est Francfort-sur-le-Main).

Par sa mère, Gustav est le petit-fils de Johann Christoph Kühner, peintre, conseiller et professeur à la cour d'Ernest Ier [duc de Saxe-Cobourg et Gotha, portrait ci-contre]. L'homme de lettres Raphael Kühner et le peintre Friedrich Kühner sont ses oncles. Quant à son père, Carl Broßmann, il est fonctionnaire à la cour ducale.

C'est le grand-père Johann Christoph qui encourage Gustav à s'engager dans la voie des beaux-arts : dès 1846, il place son petit-fils en apprentissage dans un atelier de sculpture, tout en lui enseignant les bases du dessin.


Dresde

En octobre 1851, âgé de 21 ans, Broßmann est admis à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Dresde. C'est un collègue de son grand-père, le sculpteur Christian Rauch (1777-1857), qui l'a orienté vers les cours d'Ernst Rietschel (1804-1861).

File:Friedrich August II of Saxony.jpgDresde est la capitale du Royaume de Saxe, également membre de la Confédération germanique [blason et drapeaux ci-contre]. Depuis le règne d'Auguste le Fort au début du XVIIIe s., la ville est un centre incontournable des beaux-arts en Europe. Le roi Frédéric-Auguste II [portrait ci-contre] a un peu assoupli le régime, et il est remonté sur le trône après une brève insurrection en 1849. Son frère Jean Ier [portrait ci-contre] va lui succéder en 1854.

En 1853, Gustav est apprenti dans l'atelier d'Ernst Julius Hähnels (1811-1891). En 1854, il réalise le modèle d'une Sainte Élisabeth. Le culte d'Élisabeth de Hongrie (XIIIe siècle, canonisée dès 1235) était assez répandu en Europe centrale, notamment en Thuringe. À Dresde, par exemple, elle est représentée sur la fontaine du choléra (conçue par Gottfried Semper dans les années 1840). La statue de Broßmann sera exécutée en 1859 pour le prince Othon de Bavière, devenu roi de Grèce en 1835 sous le nom d'Othon Ier.

À l'Académie, l'élève Broßmann reçoit un prix pour un médaillon en or représentant Samson et Dalila (Simson und Delila, 1857).



À cette époque (1859), il aurait sculpté aussi un Christ grandeur nature pour le cimetière de la Trinité (Trinitatisfriedhof). Peut-être s'agit-il de l'un de ces deux-ci :

  

  
Le cimetière de la Trinité, dans les années 1820 par Caspar David Friedrich (le peintre y repose depuis 1840) et aujourd'hui.
Dans le même style, le cimetière de la Trinité contient quelques autres figures de saints ou d'anges :
  



En 1860-1861, Broßmann bénéficie d'un séjour de fin d'études en Italie (avec le soutien du second fils d'Ernest Ier, Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, qui est alors prince consort du Royaume-Uni depuis qu'il a épousé la reine Victoria), notamment à Rome, étape obligée de tout adepte des beaux-arts.

À son retour à Dresde, en 1862, Broßmann fonde son atelier au n° 8 de la Freiberger Platz.


Sur ce plan anachronique de 1911, le n° 8 est indiqué en bleu.
Tous les immeubles bordant la place ont été démolis suite aux bombardements de 1945. Seule l'église Ste-Anne a été rétablie (en 1950).

  
Le moulin (n° 4) et un bout du n° 6, avec les voies de tram traversant la place vers le nord-ouest. La maison d'angle verdâtre est à gauche du n° 10.

     
Les façades nord, la moitié nord-ouest et les façades sud-ouest.

  
De l'autre côté, en direction de l'église Ste-Anne. Le n° 8 est situé sur la rangée de gauche, au fond.


La première grande œuvre de commande honorée par Broßmann est apparemment une allégorie de la Bohême (Bohemia) destinée à trôner sur la Gare de Bohême (Böhmischer Bahnhof), terminus de la voie ferrée en provenance de Prague.
Le projet de la ligne Dresde-Prague remonte à un accord signé entre la Saxe et l'Autriche en 1842. Un premier bâtiment, provisoire, fut inauguré en août 1848 ; à partir d'avril 1852, les trains atteignirent Bodenbach (aujourd'hui Děčín), d'où il était possible de continuer en direction de Prague et Vienne. Une halle plus importante fut alors ouverte pour accueillir un nombre croissant de voyageurs. C'est de cette époque que datent notamment la "Prager Straße" (reliant la vieille ville à la gare de Bohême), et la "Wiener Straße".
En 1852, la construction du pont Marienbrücke allait permettre d'envisager une liaison avec les gares de Leipzig et de Silésie (Leipziger Bahnhof et Schlesischer Bahnhof, auj. Dresden-Neustadt), sur la rive droite. Succédant à son frère Frédéric-Auguste II en 1854, le roi Jean Ier encourage le développement du chemin de fer et du commerce. Il décide de faire reconstruire encore une fois la gare des "chemins de fer de Saxe et Bohême". La nouvelle Gare de Bohême voit le jour en 1861-1864 (architectes : Karl Moritz Haenel et Carl Adolph Canzler). C'est ce nouveau bâtiment qui est orné d'une Bohemia de Broßmann. En 1892, la gare de Bohême sera démolie une dernière fois, pour céder la place à l'actuelle Gare Centrale (Hauptbahnhof).
  

La nouvelle gare de Bohême construite dans les années 1860 (source : Wikipedia).

  
Détail des statues sur l'entrée principale. S'agit-il des mêmes statues qu'on retrouve à droite sur le bâtiment Est de la nouvelle gare principale (avec la 2e Guerre mondiale) ? En tout cas, après les bombardements de 1945, il n'en reste rien.



En 1865, Broßmann signe un ange éploré sur une tombe du Trinitatisfriedhof, en collaboration avec son collègue Gustav Adolph Kietz :

  

  


En 1865, il réalise aussi un relief représentant Un centaure et une nymphe ou un Combat de centaures (Kentaur und Nymphe ~ Kentaurenkampf), à partir d'une esquisse élaborée à Rome.





La gravure ci-dessus, publiée en 1867, illustre le développement urbain de la ville de Dresde. On reconnaît notamment, au centre, la gare de Bohême. Au-dessous, la fontaine est un nouvel aménagement de la Räcknitzplatz (future Moltkeplatz). En 1866, Broßmann crée un groupe en bronze représentant une nymphe et un triton pour compléter cette installation, qui devient donc une Nymphenbrunnen.

  

Suite au bombardement de 1945, il ne reste que la vasque, réutilisée plus tard dans la ville saxonne de Neustadt :

  



En 1867, la Saxe est intégrée à la "Confédération de l'Allemagne du Nord" (Norddeutscher Bund), créée à l'initiative du comte Otto von Bismarck, ministre-président et ministre des affaires étrangères du Royaume de Prusse. Berlin est la capitale ; Bismarck est le chancelier fédéral.


Dans la carrière de Broßmann, on trouve ensuite la mention d'un portrait en relief de Johann Joachim Winckelmann dans l'escalier de la Bibliothèque Royale (Palais Japonais). L’œuvre aura probablement été réalisée en 1868, à l'occasion du centenaire de la mort du grand théoricien. Originaire de Saxe-Anhalt, c'est à Dresde que Winckelmann (1717-1768) se consacra à son étude des beaux-arts à partir de 1748, grâce aux collections royales et au mécénat d'Auguste III, avant de partir pour l'Italie. Au fur et à mesure que grandissaient les collections des princes-électeurs de Saxe, la Bibliothèque a dû quitter le Château de la Résidence (Residenzschloss) en 1728, pour être transférée d'abord au Zwinger, puis dans le Palais Japonais, sur la rive droite, en 1786. Détruit en 1945, le bâtiment a été reconstruit en 1953.


Deux reliefs en marbre sont attestés en 1868 et 1869 : Psyche, den Amor bekränzend et Der verwundete Amor, der Venus sein Leid klagend (d'après Anacréon).


Der verwundete Amor, der Venus sein Leid klagend, relief en marbre blanc (55,2 x 68,4 x 10,5 cm).



La guerre de 1870 aboutit à la victoire de l'Allemagne contre la France de Napoléon III. Le roi de Prusse Guillaume Ier est proclamé Empereur à Versailles le 18 janvier 1871, la Confédération de l'Allemagne du Nord devenant Empire allemand (Deutsches Kaiserreich) – ou Deuxième Empire germanique (Zweites Deutsches Reich), par référence au Saint-Empire dissous en 1806. Bismarck devient alors chancelier impérial (et prince).

À cette occasion, dans le cadre d'un concours lancé par la Fondation Hermann (Hermannstiftung) de Dresde, Broßmann réalise un bouclier "Germania" (Germaniaschild), sur lequel figure une représentation symbolique de l'unité de l'Allemagne. Ce travail lui vaut le premier prix. Il est (ou fut ?) conservé à la Dresdner Skulpturensammlung.


En 1873, le roi Albert [portrait ci-contre] succède à son père sur le trône de Saxe.


Quelques œuvres de Broßmann dans les années 1870 :

1874 : Une Mise au tombeau (Grablegung Christi), relief en marbre de Carrare, d'après une esquisse de F. Schwenks, pour la nouvelle église de Hartha (près de Wadheim). Suite à une visite du roi Jean en 1861, l'église du village venait d'être reconstruite en 1868 et consacrée en 1870.


1875 : Das Volkslied (en possession de la reine d'Angleterre).


1877 : une Jeune fille au lézard (Mädchen mit Eidechse), en bronze.



En septembre 1869, le Théâtre Royal a été totalement détruit par un incendie. C'était un vaste édifice conçu sous le règne de Frédéric-Auguste II par Gottfried Semper et inauguré en avril 1841 (en remplacement du bâtiment construit à peu près au même endroit en 1763 sur les plans de l'architecte Pietro Mortetti, lui-même faisant suite au Théâtre de Cour créé par Auguste le Fort au sein du Zwinger en 1719). On y avait joué les déjà classiques Weber et Goethe, mais aussi, dans les années 1840, les premiers opéras du jeune Richard Wagner (qui en était le maître de chapelle jusqu'à la révolution de 1849) : Rienzi, Le vaisseau fantôme et Tannhäuser.
Semper se penche alors sur de nouveaux plan, et son fils Manfred supervise la reconstruction de l'Opéra entre 1871 et 1878. Cette fois, il s'agit de l'actuel Semperoper [ci-contre, photo de la fin du XIXe siècle].
Sur les côtés, les corniches sont ornées de statues de grès représentant des personnages célèbres. En 1877, Broßmann participe avec un ensemble shakespearien : Macbeth et la Sorcière (Macbeth und die Hexe).
Suite au bombardement de 1945, il ne restait plus que quelques murs. Après de longues décennies d'études de faisabilité, la reconstruction a été entreprise en 1977. Finalement, le Semperoper a pu rouvrir ses portes le 13 février 1985, jour du 40e anniversaire du bombardement.


(source : Wikipedia)



Broßmann fait partie des sculpteurs (parmi lesquels Gustav Adolph Kietz) qui produisent des statues pour l'église St-Jean (Johanneskirche) de Dresde, construite entre 1874 et 1878 selon les plans de Gotthilf Ludwig Möckel (au croisement des Güntzstraße et Pillnitzer Straße, dans le quartier Pirnaische Vorstadt, à l'emplacement de l'actuel gymnase St-Benno). Apparemment, il n'en reste rien.

  
La Johanneskirche avant et après le bombardement de 1945. Finalement, le clocher a été démoli en 1954.



De la même époque, voici une statuette en bronze de 38 cm, datée de 1878, représentant un amour ailé avec arc, flèches et carquois.
 
     
L’œuvre est issue de la fonderie de Christian Albert Bierling. Créée en 1848, la maison Bierling s'était d'abord spécialisée dans les pièces d'artillerie pour l'armée royale saxonne. Suite à une réforme de l'armée en 1866, l'entreprise s'est reconvertie dans la fonte d’œuvres d'art et de cloches. Parmi les monuments encore visibles à Dresde, on peut citer la fontaine du Voleur d'Oies dans la vieille ville (Gänsediebbrunnen, 1880), la statue équestre du roi Jean devant le Semperoper (1889), et les deux grandes fontaines de l'Albertplatz (1894).


File:ErnstIIofSCG.jpgPendant ce temps, à Cobourg et Gotha, le duc Ernest II a succédé à son père en 1844. Les Wettin de Saxe et Gotha, eux aussi, voient leurs collections augmenter (bibliothèque, collection numismatique, histoire naturelle, beaux-arts...), au point qu'elles ne rentrent plus dans le château de Friedenstein. Ernest II décide donc de faire construire un Musée séparé en 1863, destiné à être ouvert au public. Les travaux commencent en juin 1864, sous la direction de l'architecte d'origine viennoise Franz von Neumann (1815-1888), au sud du Château de Friedenstein. En raison d'une dérive financière, la construction doit être interrompue, et le bâtiment n'est achevé qu'en avril 1879. L'établissement présente les collections des ducs de Saxe-Gotha : antiquités égyptiennes et gréco-romaines, peinture de la Renaissance, art asiatique, sculpture, etc. Sur la façade principale (du côté du Château), de part et d'autre de l'entrée, deux grandes statues allégoriques en grès sont commandées à Broßmann, natif de Gotha : l'Architecture et l'Histoire.

     
(images : Herzogliches Museum Gotha et Wikipedia)



En 1881, à l'Exposition de l'Académie royale des Arts à Berlin, Broßman présente une Petite violoniste (Die kleine Violinspielerin), groupe en bronze. Il est alors domicilié au 10b de la Schweizerstraße (Dresde).

1885 : statues du Christ et de saint Jean-Baptiste, en grès, pour l'église de Schwarzbach près de Rochlitz.



Entre les années 1887 et 1894, l'Académie des Beaux-Arts (Kunstakademie)
se fait construire un nouveau bâtiment, conçu par l'architecte Constantin Lipsius, sur la Brühlsche Terrasse, au bord de l'Elbe. La façade est ornée d'une multitude de reliefs de grès, en partie dorés, sur des thèmes de la culture européenne, de la mythologie grecque aux grands artistes du XIXe siècle. On y trouve notamment le motif ci-dessous, représentant le Zèle et le Doute (Eifer & Zweifel), œuvre de Broßmann :



Sur le même bâtiment, le Thieme-Becker attribue aussi à Broßmann les médaillons des trois tragiques grecs : Eschyle, Sophocle et Euripide. Mais selon Wikipedia, ces reliefs seraient de Robert Ockelmann (1849-1915).

     

En 1888, Gustav Broßmann est élevé au rang de professeur à la Kunstakademie.



En 1891, à l'Exposition internationale de l'Union des artistes berlinois (Internationale Kunst-Ausstellung veranstaltet vom Verein Berliner Künstler), Broßmann présente encore deux œuvres :
  • la statue "Oda", ein deutsches Märchen
  • un ensemble de 2 médaillons : Venus ertheilt dem Amor bei Ueberreichung von Pfeil und Bogen die nothigen guten Lehren et Amor die letzteren schnell vergessend, tödtet ein Vögelchen, und klagt nun reuig der Mutter sein Leid
    [voir aussi : Illustrirter Katalog der Akademische Kunst- Ausstellung zu Dresden 1894 p.57, n°677-678].


Broßmann meurt le 8 août 1897, âgé de 67 ans, à l'hôpital municipal (Städtisches Siechenhaus). Il s'agit vraisemblablement de l'hôpital connu depuis 1930 comme Stadtkrankenhaus Löbtauer Straße, situé depuis 1888 aux numéros 31-33 de la rue en question (et gravement endommagé en 1945) :

  


Broßmann est inhumé à l'Äußere Friedrichstädter Friedhof (appelé ensuite Äußere Matthäusfriedhof, créé en 1851, fermé en 1983).



Sur la carte de Dresde reproduite ci-dessus (1911), les lieux mentionnés sur cette page en rapport avec Gustav Broßmann sont indiqués en bleu : dans l'ordre chronologique,
le cimetière de la Trinité (Trinitatisfriedhof), l'atelier de la Freiberger Platz, les gares (de Leipzig et de Silésie sur la rive droite, de Bohême sur la rive gauche), la Moltkeplatz, le Palais Japonais, le Semperoper, l'église St-Jean (Johanneskirche), l'Académie des Beaux-Arts (Kunstakademie), le complexe hospitalier et le cimetière.

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Écrit par SebK, le Mercredi 29 Avril 2015, 18:10 dans la rubrique "Saxe".


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