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08/2016 : parution du Récif, de Seita Vuorela-Parkkola, chez Actes Sud Junior.
08/2016 : expo sur le pays komi dans les livres étrangers, Bibliothèque nationale de la République de Komi, Syktyvkar.
06/2016 : réédition des Chants des forêts de Nikolai Abramov à la Bibliothèque nationale de la République de Carélie.
05/2016 : réédition du recueil Les Komis – Questions d'histoire et de culture aux Presses de l'Inalco.
01/2016 : présentation de Uuno Kailas de Heinola à Nice au Centre de Documentation Provençale (Bollène).
11/2015 : parution de Noir comme l'ébène, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
10/2015 : Uuno Kailas de Heinola à Nice - Cent ans de musique et de poésie entre Nice et la Finlande, concert-lecture à Helsinki.
10/2015 : Sofi Oksanen à Nice, rencontre avec Sofi Oksanen et Miquèu de Carabatta à Helsinki autour de Quora despareissèron lu colombs.
09/2015 : première de la pièce d'Alexeï Popov Les cornes par la compagnie La Chance du Débutant (au Théâtre National Komi, Syktyvkar).
09/2015 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
09-12/2015 : résidence de traduction à l'HCAS (Helsinki).
05/2015 : parution de Blanc comme la neige, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
03/2015 : parution du poème de Nina Obrezkova "Un jour tu rentreras chez toi", à Syktyvkar (brochure réunissant des traductions du même texte dans 14 langues différentes).
03/2015 : Destination Russie (Châtenay-Malabry), festival consacré à la République de Komi, à l'initiative de l'association MIR Franco-Russe.
02/2015 : présentation des Colombs à Aix-en-Provence.
01/2015 : parution de l'article "La parenté finno-ougrienne dans la littérature komie : héritage commun ou influences récentes ?" dans la revue Études finno-ougriennes.
12/2014 : 1é mercat leterari de Calèna (Nice)
11/2014 : parution de Rouge comme le sang, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
05/2014 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, chez Stock.
04/2014 : parution de Quand les colombes disparurent, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.

Tribune



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Depuis la tuerie du 14 juillet, les contradictions et récupérations politiques sont tellement complexes et dérangeantes que j'ai éprouvé le besoin de rassembler ici des données recueillies dans la presse pour tenter d'y voir plus clair. [Le surlignage distingue les positions du gouvernement (en particulier du ministère de l'Intérieur) , celles de la Ville de Nice et celles de la justice.]

Jeudi 14 juillet

21h [chronologie empruntée au Nouvel Observateur] : La police municipale prend la relève de la police nationale au croisement du boulevard Gambetta et de la Promenade des Anglais. Des barrières métalliques et des plots en plastique ont été installés pour couper l’accès aux véhicules et de dévier la circulation. (Le ministère de l’Intérieur et la ville de Nice confirment la mise en place de ce dispositif.)
22h : Début du feu d’artifice sur la Promenade des Anglais. 30.000 personnes sont présentes.
22h32’33” : Le camion blanc fait irruption sur la Promenade, au niveau de l’hôpital Lenval, sur un tronçon non fermé à la circulation.
22h33 : L’un des équipages de la police municipale en service autour de la manifestation alerte le centre de supervision urbain (CSU), qui gère notamment la vidéosurveillance de la ville, de la présence « d’un camion fou, sur le trottoir de la Promenade des Anglais, chaussée sud, face au CUM ». Cette alerte est citée dans le rapport de Sandra Bertin, transmis le 15 juillet à la mairie de Nice et à la direction générale de la police nationale. Le camion circule les feux éteints. Il contourne le barrage du boulevard Gambetta en montant sur le trottoir.
22h33’03” : Le véhicule de 19 tonnes percute au moins une personne sur le trottoir de la chaussée Sud tout en continuant sa course, en accélérant, en direction de l’Est (selon rapport Sandra Bertin).
22h33’08” : Le camion continue sa course folle et se rapproche du lieu "de forte concentration de population (…) et se met alors à renverser de nombreuses personnes sur son chemin en effectuant des embardées", note le rapport du centre de supervision urbain.
22h34’16” : Le véhicule cette fois sur le trottoir avance encore. "Il apparaît que les embardées effectuées sont clairement volontaires et dirigées dans le but d’atteindre un maximum de passant", précise le rapport.
22h35’15” : Alors que le camion poursuit sa course et fauche de nombreuses personnes sur son passage, un agent de la police nationale se met à courir à pied derrière le camion, rapporte Sandra Bertin dans ces écrits. Le véhicule se situe alors au croisement de la rue Meyerbeer et de la Promenade des Anglais.  Deux voitures de la police nationale sont stationnées dans le sens de la route sur ce second point de "contrôle et de protection", affirme de son côté le ministère de l’Intérieur. Six fonctionnaires de la police nationale sont présents sur les axes de circulation. Des tirs sont échangés comme on le voit sur plusieurs vidéos postées par des témoins.
22h35’47” : Le camion s’immobilise à hauteur du Palais de la Méditerranée, 230 mètres après avoir franchi le second point de "sécurisation" tenu par la police nationale. Le conducteur est abattu par les policiers.


Selon le ministère de l’Intérieur, le soir du 14-Juillet, 64 fonctionnaires de la police nationale étaient mobilisés dont 39 se situaient à partir du point Meyerbeer de la Promenade des Anglais. 42 agents de la police municipale étaient aussi présents ainsi que 20 militaires de l’opération "Sentinelle" [image NouvelObs].

Les mouvements de foule sont rapportés en direct sur Twitter, avec la mention d’un camion fou, beaucoup de confusion et d’incertitude, et rapidement toutes sortes de fausses rumeurs de prise d’otage. Aucune information dans les médias. La télé continue de retransmettre en direct le feu d’artifice sur la tour Eiffel.

Vers 23h, quelques rares sites de presse commencent à rapporter qu’un camion a foncé sur la foule (Nice-Matin, Le Dauphiné, 24 heures, Morandini).

23h20 : La Place Masséna et la Promenade des Anglais sont bouclées. La préfecture demande aux habitants de rester chez eux. Une cellule d’urgence médico-psychologique est activée au CUM.

Vendredi 15 juillet

00h40 : Déclenchement des plans d'urgence pour les hôpitaux de Nice et la sécurité civile.

1h25 : La section anti-terroriste du parquet de Paris se saisit de l’enquête. À cet effet, sous l’autorité du procureur de Paris (François Molins), deux brigadiers-chefs sont envoyés au CSU. Bien que l'affaire criminelle soit survenue à Nice, la qualification de "terrorisme" l'attribue automatiquement au parquet de Paris (et à sa section spécialisée dans la lutte contre le terrorisme), conformément à une loi de 1986. Or, selon l'article 421 du code pénal, la notion de terrorisme implique la "relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l'ordre public par l'intimidation ou la terreur" ou "le fait de participer à un groupement ou à une entente" ayant de tels objectifs. Je ne comprends donc toujours pas très bien qui est habilité à décider qu'un crime est de nature "terroriste" à un moment où l'on n'a encore aucune information sur l'identité du tueur. Apparemment, cette qualification a été effectuée unilatéralement par Paris, sans aucune concertation avec la ville de Nice, où le crime a eu lieu sur la voie publique.

Peu après 4h : Le Président de la République, François Hollande, confirme le caractère "terroriste" de l’attaque. « C’est toute la France qui est sous la menace du terrorisme islamiste. » Il annonce le prolongement de l’état d’urgence et le renforcement des actions militaires en Syrie et en Irak. À cette heure, on ne sait toujours rien de précis sur l'identité et les motivations du tueur. Autrement dit, en pleine nuit, avant d'avoir aucune information sur ce qui s'est passé, Hollande prend prétexte de cette tuerie pour prolonger l'état d'urgence à l'intérieur et la guerre à l'extérieur.

Dans la nuit, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, réunit ses services pour faire le point sur la situation. Il a annonce que le plan Vigipirate est relevé au niveau « alerte attentat » dans tout le département des Alpes-Maritimes.

En quelques heures, le ministre de l'Intérieur et le président de la République ont donc hâtivement prononcé la qualification de "terrorisme" (qui sera confirmée a prosteriori), et pris en main la totalité de l'enquête en ignorant les services munipaux alors que le crime a eu lieu sur une voie publique de la commune de Nice. Il semble que le lourd conflit qui va suivre entre la ville et l'État ait pris naissance à ce moment-là.

Christian Estrosi est tenu à l'écart des réunions de la nuit et il le vit très mal. « Ce soir-là, il a pété les plombs, raconte un témoin. C’est Éric Ciotti qui a dû le ramener à la raison. » L’entourage du président de la République confirme que le président de la région est visiblement très choqué de ce qui vient de se dérouler à Nice, et « peine vraisemblablement à réagir rationnellement ». Dans son propre camp, Valérie Debord, porte-parole des Républicains, fait part de son inquiétude et évoque le traumatisme : « Nous parlons d’un homme qui, en quelques minutes, a vu une dizaine de corps à terre, sa vie a été bouleversée. »

Par ailleurs, cette même nuit, entre 4 et 5 h, Anthony Borré, directeur de cabinet à la mairie, apprend alors que François Hollande et Manuel Valls se déplacent à Nice. Il raconte [JDD du 21/08] : "François-Xavier Lauch, directeur de cabinet du préfet des Alpes-Maritimes, nous dit : 'Nous aurions aimé une copie des images pour François Hollande.' Nous leur avons donné ce film et cela nous a semblé logique." Anthony Borré assure qu'une copie de deux minutes, "de l'entrée du camion sur la promenade jusqu'à sa neutralisation", a été gravée dans la foulée de la demande faite par le directeur de cabinet : "un chauffeur de la préfecture est venu la chercher." Pour preuve, Borré dit même disposer "d'images face à un ascenseur" qui attestent de la venue du chauffeur de la préfecture "vers 11  heures", le vendredi 15 juillet. Soit un peu plus d'une heure avant l'arrivée à Nice de François Hollande, à 12h20. "Nous avons aussi demandé au préfet de nous assurer que le procureur avait autorisé cette copie, précise Anthony Borré. Le directeur de cabinet nous a certifié que le procureur avait donné son feu vert." "Il nous a semblé normal que les autorités de l'État – et elles seules –, dont nous attendions la visite, puissent voir ce qui s'était passé", confie-t-il.
La Préfecture confirme : le directeur de cabinet du préfet admet avoir "demandé une copie à la mairie". Il ajoute avoir au préalable sollicité l'avis du procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, qui aurait à son tour réclamé le feu vert de son homologue en charge de l'enquête, François Molins. "Cette copie n'a servi que quelques secondes pour des personnes autorisées par le procureur, en présence du procureur."


Toute la journée, la Promenade et ses plages sont fermées pendant que les enquêteurs procèdent à des prélèvements et que les corps sont évacués. Mais sur la rive gauche (quai des États-Unis), la vie continue comme s'il ne s'était rien passé.

  

  

C’est encore la cohue sur la Promenade (assaillie par les journalistes du monde entier) quand Estrosi prend la parole sur France Inter : « Si l’heure n’est pas à la polémique, je me pose bien sûr des questions. Pourquoi l’État a-t-il annoncé [jeudi] à midi la levée de l’état d’urgence et décidé [jeudi] soir qu’il faut le prolonger de trois mois? Tout ça me paraît bien désordonné. [...] Pourquoi et comment cet homme a-t-il pu pénétrer sur la promenade des Anglais qui était pourtant piétonnisée ? Combien de policiers nationaux protégeaient cet événement, là où nous réclamons des renforts depuis des mois et des mois parce que nous jugeons que leur présence est insuffisante ? » Il souligne qu'il a écrit à Hollande le 13 juillet pour l'alerter sur l'absence de moyens de la police municipale. Cette intervention, déplacée en ce jour de deuil, est vite interprétée comme une tentative maladroite de profiter de la tragédie pour créer une polémique politique.

Aux abords de la Promenade, rassemblements spontanés et recueillement dans l'intimité.

  



Des pancartes populaires s'en prennent à Daesh et à Erdogan.


Pendant ce temps, aux quatre coins du monde, nombreux hommages « à la France », c'est-à-dire à Paris (ce qui est un peu incongru quand on pense que la tragédie a eu lieu à Nice et que les victimes venaient du monde entier). Drapeaux bleu-blanc-rouge, tour Eiffel et Marseillaise surgissent un peu partout "par solidarité" :

Samedi 16 juillet


                       


C'est le Parquet qui est en charge de l’affaire, mais le ministre de l’Intérieur se permet de commenter le dossier : moins de 48 h après l’attaque, Cazeneuve affirme à propos du tueur : « Il semble qu’il se soit radicalisé très rapidement », version corroborée par Molins qui explique à la presse que le tueur avait un intérêt « récent » pour la mouvance djihadiste radicale. Cette déclaration va être contredite dès le début de l'enquête.

Cazeneuve répond à la semi-accusation d’Estrosi : « La police nationale était présente et très présente sur la Promenade des Anglais et est intervenue immédiatement après que le camion a franchi les obstacles pour mettre le plus rapidement possible fin à cette tuerie. Si une des autorités, l’État ou la municipalité, avait considéré à un moment que le niveau de sécurité n’était pas réuni, l’État comme la municipalité pouvaient décider de procéder à l’interdiction des festivités entourant le 14 juillet, ce qui n’a pas été le cas. »


À propos... Ciotti, député des Alpes-Maritimes et président du Conseil départemental, fait l'éloge de la politique antiterroriste d'Israël :

Dimanche 17 juillet

Pendant la nuit, l'État Islamique a revendiqué la tuerie du 14 juillet, sans qu'on sache s'ils étaient véritablement au courant du projet.

  
[photos Claude Paris et Luca Bruno, SIPA]


Adolphe Colrat, préfet des Alpes-Maritimes : « Les forces de sécurité s’acquittent de leur mission avec dévouement (...). Le 14 juillet 2016 à Nice avait bénéficié du même sérieux dans sa préparation : une réunion entre la Ville et la direction départementale de la sécurité publique, deux réunions entre la préfecture et la Ville (28 juin et 7 juillet 2016). Lors de la première réunion, les services de la préfecture avaient appelé l’attention de la Ville sur la nécessité de mieux sécuriser l’environnement de la manifestation. Lors de la seconde réunion, un accord avait été trouvé pour mettre en place un contrôle aléatoire des accès, conformément à ce qui avait été fait pour le carnaval. » Le ministre de l’Intérieur et la préfecture communiquent le chiffre de 64 policiers nationaux et 42 policiers municipaux (demandés par les services de l’Etat et mis à disposition par la ville de Nice). Les points d’entrée à la Prom' Party étaient tenus par des policiers nationaux.

Estrosi dénonce les « mensonges » du gouvernement. Selon lui, les effectifs de la police nationale n’excédaient pas 50 : « Peut-être étaient-ils cachés quelque part ? J’étais sur place et très surpris de voir si peu de policiers nationaux (...). On pourra le quantifier très exactement à partir des images de vidéosurveillance, puisqu’une enquête est ouverte. Si l’État nous avait demandé 70 policiers municipaux, nous aurions mis à disposition 70 policiers ! Je ne suis pas le patron de la sécurité mais celui qui administre la collectivité. »

Tout le monde est un peu surpris de voir Estrosi tirer la couverture à lui alors qu’il n’est plus maire de Nice depuis le 13 juin (il reste président de la Métropole et de la Région). Dans son prochain numéro, Le Canard enchaîné élucidera le mystère en rapportant ce que le nouveau maire de Nice, Philippe Pradal, a expliqué à quelqu’un : « C’est simple, je fais ce qu’Estrosi me demande. Et il ne me demande rien. »

Satire :

Lundi 18 juillet

Minute de silence nationale à midi, mise en scène par le gouvernement. Le Premier Ministre, Manuel Valls, vient à Nice et se recueille devant le « Monument du Centenaire ». Curieusement, ce sinistre monument est connu pour être l’incarnation même du mensonge d’État : érigé par la IIIe  République une trentaine d’années à peine après l’annexion, il glorifie l’occupation du comté pendant les guerres de 1793-1814. Valls est hué avant et après la minute de silence ("Hollande assassin", "Valls démission"). [Une semaine plus tard, à tête reposée, Le Ficanas dénoncera "un hommage très douteux".]

  
La minute de silence [photo Ville de Nice]. - Détail du monument [photo Wikipedia]

Valls répond à Estrosi dans une interview à Nice-Matin. Il dément toute forme de relâchement des dispositifs de sécurité après l’Euro à Nice. « Quand on est président de la Région, élu dans un rassemblement républicain, il faut être à la hauteur de la fonction, ne pas mettre en cause le travail et l’engagement des policiers. »

Petit à petit, sous le choc consécutif au massacre et à sa récupération par les politiciens, tout le monde s’affole. La colère monte :


Coup de gueule d'une journaliste d'habitude très réservée.

Mardi 19 juillet

Au lendemain de l’interview de Valls, Estrosi réplique. « Je demande à M. Valls de ne pas s’exonérer de sa responsabilité. Qu’il mène donc une enquête minutieuse : il y a eu des fautes majeures commises à Nice et il a tout intérêt à regarder les choses. »

Par un malheureux concours de circonstance, alors que Hollande promet d'augmenter les actions militaires françaises au Moyen-Orient, on apprend la mort de 56 civils dans des raids de la coalition en Syrie.


     

Mercredi 20 juillet

Pendant ce temps, à l'Assemblée nationale, Valls a recours pour la 3e fois à l'article 49.3 de la Constitution pour faire passer la loi relative à la réforme du code du travail. Satire dans Le Gorafi : « Des opposants au gouvernement hués par Manuel Valls ». « Le Premier ministre a réservé un accueil particulier à plusieurs de ses opposants qui étaient rassemblés pour rendre un dernier hommage au code du travail. »

Pour essayer de mettre un terme à l'étrange débat apparemment puéril qui oppose la ville de Nice et le ministère de l’Intérieur, Libération mène une enquête.

11 h : Dans une réquisition judiciaire urgente, après avoir copié plus de 27.000 heures de vidéosurveillance, la sous-direction anti-terroriste (SDAT) de la police judiciaire (affiliée à la police nationale, donc au ministère de l'Intérieur), demande au CSU la suppression complète de 24 h d’images provenant de 6 caméras maintenant qu’elles ont été saisies par la justice et versées au dossier d’instruction. Étant donné les contraintes techniques du système, cela ne peut se faire qu’en détruisant l’ensemble des enregistrements des caméras de vidéosurveillance qui ont filmé la tuerie. Raison invoquée par la SDAT : « éviter les fuites » et la diffusion d’images de l’attentat par souci de « dignité des victimes ».

Le soir, parution en ligne de l’enquête de Libération sous le titre accusateur « Des failles de sécurité et un mensonge », qui se résume à ce constat : « Contrairement à ce qu’a affirmé le ministère de l’Intérieur, l’entrée du périmètre piéton de la promenade des Anglais n’était pas protégée par la police nationale le 14 juillet au soir. Ce manque de transparence entame la confiance dans l’exécutif. […] Selon les éléments recueillis par Libération, la communication du gouvernement a, au minimum, travesti la réalité. » (Le lendemain, l’article sera renommé « Sécurité à Nice : 370 mètres de questions ».)

Ce dossier transforme la polémique politique en un scandale d'État. Les questions de sécurité et de responsabilité passent au second plan : le réponses attendues concernent maintenant les contradictions du gouvernement.

Jeudi 21 juillet

La ville de Nice refuse de procéder à la destruction des enregistrements. Me Philippe Blanchetier, l’avocat de la Ville, à Reuters : « C’est la première fois de ma vie que je vois une réquisition aux fins d’effacement de preuves. L’argument avancé de risque de fuite ne tient pas. »

En réponse aux graves accusations de Libération, Cazeneuve dément et accuse les journalistes de « complotisme ». En parallèle, il lance une enquête interne.

Conférence de presse de Colrat et du directeur départemental de la sûreté publique. Le préfet assume "l’entière responsabilité" du dispositif mis en œuvre pour le 14 juillet et la Prom' Party qui se tient entre Meyerbeer et le Quai des États-Unis. "Le ministre de l’Intérieur m’a donné des instructions les plus claires et les plus nettes : dans un souci de transparence et de vérité due aux victimes et à leurs familles, et sans préjudice de l’enquête ouverte, rien ne devait être caché ou déformé." Il diffuse une infographie où apparaissent 39 policiers nationaux, ce qui aggrave momentanément la polémique, Manuel Valls ayant annoncé le chiffre de 64 (mais le périmètre de la Prom’ Party est nettement moins étendu que celui du feu d’artifice, où les spectateurs sont massés d’un bout à l’autre de la Promenade).

Les enquêteurs constatent rapidement que le terroriste préméditait son acte depuis plusieurs mois : cela contredit les affirmations de Cazeneuve et confirme qu'il a fait de grandes déclarations le samedi 16 sans savoir de quoi il parlait.

Vendredi 22 juillet

L’avocat de la municipalité s’étonne de l’empressement de la SDAT (donc du ministère de l'Intérieur) à vouloir détruire les enregistrements, alors que leur durée légale de conservation n’est que de dix jours, au terme desquels le système les détruit automatiquement (en principe, dans deux jours). Du coup, il annonce que, non seulement la Ville ne va déférer à l’injonction qu’elle a reçue, mais qu’en plus elle va demander au procureur de la République de Nice de mettre ces images sous séquestre « afin de ne pas hypothéquer les éventuelles autres procédures qui pourraient voir le jour au-delà de l’enquête antiterroriste en cours ».
La Cnil juge la requête abusive et demande à la Ville de conserver l'original.

Libération répond aux accusation de Cazeneuve en défendant la rigueur de ses méthodes et en expliquant qu’il n'est pas adéquat de parler de « complotisme » dès que des journalistes soulèvent publiquement les contradictions exprimées par le gouvernement.

Hollande annonce mettre des moyens d'artillerie à disposition de l'armée irakienne. "Le porte-avions Charles-de-Gaulle sera déployé dans la région dès septembre, ce qui permettra d'intensifier les attaques." Bref, au lieu de concentrer son attention et ses moyens sur le chaos social qui règne dans son pays et qui est la racine même du terrorisme en France, il préfère se livrer à une surenchère guerrière à l'étranger.

Samedi 23 juillet

Toujours pour tenter d’y voir plus clair dans ces pénibles contradictions, le Journal du Dimanche s’entretient avec la chef du CSU, Sandra Bertin.

Dimanche 24 juillet

Parution de l’interview de Sandra Bertin dans le Journal du Dimanche. Elle était derrière les écrans de vidéosurveillance le soir du 14 juillet. Après avoir vu le camion foncer sur la foule et demandé l’interception du véhicule, elle doit faire un compte-rendu précis des dernières 24 heures. « J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran. » « Le lendemain des attentats, le cabinet du ministre de l’Intérieur a envoyé un commissaire au CSU qui m’a mise en ligne avec la Place Beauvau. » Elle dit avoir « eu affaire à une personne pressée qui m’a demandé un compte-rendu signalant des points de présence de la police municipale, les barrières, et de bien préciser que l’on voyait aussi la police nationale sur deux points dans le dispositif de sécurité. Je lui ai répondu que je n’écrirais que ce que j’avais vu. Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m’est pas apparue sur les vidéos. Cette personne m’a alors demandé d’envoyer par e-mail une version modifiable du rapport, pour “ne pas tout retaper”. J’ai été harcelée pendant une heure, on m’a ordonné de taper des positions spécifiques de la police nationale que je n’ai pas vues à l’écran. À tel point que j’ai dû physiquement renvoyer du CSU l’émissaire du ministère ! J’ai finalement envoyé par e-mail une version PDF non modifiable et une autre modifiable. Puis, quelques jours plus tard, la sous-direction antiterroriste m’a demandé d’effacer les bandes des six caméras que j’ai mentionnées dans mon rapport, celles qui ont filmé la tuerie. On nous a demandé, pour les besoins de l’enquête, d’extraire huit jours de bande sur 180 caméras. Et maintenant il faudrait en effacer certaines pour empêcher leur diffusion au public. »

Un des grands reproches soulevés ces derniers jours est le fait que le CSU n’ait pas signalé le camion alors qu’il avait circulé illégalement sur la Promenade à plusieurs reprises, les jours avant la tuerie, pour faire des repérages. Bertin répond que si le CSU avait remarqué le camion, il n’aurait pu que déposer son signalement à la justice pour infraction au code de la route, qui aurait décidé de donner suite ou non, ce qui n’aurait pas empêché le camion de revenir.

Cazeneuve porte plainte pour diffamation contre Bertin. "Il serait très utile que Mme Sandra Bertin soit auditionnée par les enquêteurs et puisse leur produire les identités et les fonctions des personnes qu’elle met cause, les mails qu’elle évoque et leur contenu". Il est confiant : il sait que la personne à qui Bertin a eu affaire n’était pas directement "de son cabinet".

Bertin donne une conférence de presse pour s’expliquer.

En fin de journée, communiqué de la Ville de Nice : "Sandra Bertin, qui a tout notre soutien, a ce soir là avec son équipe, avec courage et sang froid, permis de lever les doutes et de répondre aux premières questions grâce aux caméras de vidéo protection notamment sur de supposées prises d’otage et fusillades qui n’ont en fait pas eu lieu." La ville de Nice rejette "les accusations scandaleuses du ministre d’instrumentalisation des propos d’un agent dans un contexte aussi terrible."

La presse consulte les deux rapports contradictoires (celui de Bertin et celui du Ministère). Bertin précise que "par l’intermédiaire d’un revisionnage", il apparaît qu’à 22h32 "le poids-lourd arrive sur la promenade des Anglais (...). Le plan étant large, il est difficile de réellement distinguer la montée du camion sur la chaussée" mais "lors de la montée sur le trottoir, celle-ci s’effectue en dehors du périmètre fermé des festivités et il n’y a alors aucune présence policière". La police nationale affirme qu’un "barrage, isolant le périmètre piéton était mis en place par des effectifs de la police nationale (...) À l’approche, le camion ne s’est pas arrêté et a contourné le barrage en roulant sur le trottoir". La note précise que selon "l’exploitation des images de vidéoprotection, de la ville, le chauffeur est ‘obligé’ de se déporter sur le trottoir pour contourner les barrières qui obstruent les voies de circulation routière de la Promenade des Anglais. [...] L’angle unique de la caméra orientée sur le barrage en question ne permet pas de voir la réaction de l’équipage PN [police nationale] présent" mais d’autres caméras permettent "d’apercevoir le gyrophare du véhicule de l’équipage qui tient le point [-] ce point qui était tenu par ailleurs pour le défilé militaire de l’après-midi."

Lundi 25 juillet

Estrosi sur Europe 1 : "Je n’accepte pas la mise en cause par Bernard Cazeneuve de l’action des élus de Nice, des Alpes-Maritimes et de la région. Je n’accepte pas que le ministre fasse le tour des plateaux de télévision pour insulter les élus que nous sommes et d’une certaine manière insulter la mémoire des victimes. (...) Depuis le début de la semaine, le ministre de l’Intérieur ne joue pas la transparence."

Ciotti sur RMC : "Il faut établir la vérité et il faut le faire dans la sérénité. Il y a dans les propos des services [du ministre de l’Intérieur] des versions très différentes sur le positionnement du véhicule de police." Il a "confiance en l’enquête judiciaire". Il réclame néanmoins une "commission d’enquête parlementaire" afin que la vérité éclate. "C’est vrai que ces débats peuvent paraître indécents mais ils ont été ouverts parce qu’il y a eu des versions différentes sur les effectifs, le barrage. Ces questions, peut-être parce qu’elles ont eu de mauvaises réponses de la part du ministère de l’Intérieur, créent un doute. Ce doute doit être impérativement levé par l’enquête judiciaire et par une commission d’enquête parlementaire." "Nous le devons aux victimes" et à tous "ceux qui sont intervenus" lors de la tuerie. Il évoque le cas de Sandra Bertin, qui accuse le ministère de l’Intérieur de harcèlement. "Les questions que pose Sandra Bertin sont d’une extrême gravité. Elle mérite d’être entendue. Je ne crois pas que l’on doive l’attaquer comme cela a été fait."

Puisque la personne à laquelle elle a eu affaire s’est présentée comme venant du Ministère de l’Intérieur mais que ce n’était apparemment pas le cas, Bertin donne son signalement a la justice.

Mardi 26 juillet

Deux enquêtes préliminaires sont ouvertes par la justice : une par le parquet de Nice pour "abus d'autorité" suite au signalement déposé par Bertin ; une par le parquet de Paris pour "diffamation publique envers un membre du gouvernement et envers la police nationale" suite à la plainte déposée par Cazeneuve (enquête confiée à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes). Elles viennent donc s'ajouter à l'enquête initiale pour terrorisme conduite sous l’autorité du parquet de Paris par le service anti-terroriste du Ministère de l'Intérieur.

Le Parisien publie un sondage éloquent sur le rapport actuel entre le peuple et les politiciens :


Et l'affaire partage la une de Charlie Hebdo avec le lancement du jeu "Pokemon Go" :

Mercredi 27 juillet

En réponse à sa demande d'enquête interne formulée le jeudi 21 juillet (suite aux accusations de Libération), Cazeneuve reçoit un rapport de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN, dépendant de son ministère) sur le dispositif de sécurité le soir du 14 juillet à Nice. "Par souci de transparence", il le fait rendre public.
La directrice de l'IGPN, Marie-France Moneger-Guyomarc'h, conclut que "ce dispositif n'était pas sous-dimensionné" et confirme les chiffres évoqués depuis deux semaines : 64 membres de la police nationale et 42 de la police municipale. "Nous pouvons certifier que les effectifs annoncés par la police nationale était présents sur la Prom party." Elle souligne toutefois un certain manque de rigueur et "des incertitudes dans la coordination opérationnelle PN/PM". Enfin, elle précise qu'elle n'a pas visionné les images de vidéosurveillance "pour ne pas nuire à l'enquête".
Cette dernière réserve risque de compromettre la pertinence du rapport, étant donné que les contestations avaient été formulées précisément sur la base de ces enregistrements...

Extrait diffusé par le Huffington Post

Curieusement, la presse titre presque unanimenent que "le dispositif de sécurité n’était pas sous-dimensionné" et que "l’IGPN confirme la version de Cazeneuve", sans relever les réserves.
Même Le Canard enchaîné, d'habitude satirique, prend résolument le parti du gouvernement à sa une, alors que la justice commence à peine à se pencher sur le débat.

La municipalité pointe immédiatement les contradictions et les questions que le rapport laisse sans réponse.

Jeudi 28 juillet

Le Monde est le premier journal à faire un compte rendu plus équilibré du rapport de l'IGPN (sous le titre "Un dispositif de sécurité « pertinent » mais des problèmes de communication") en relevant : "l’imprudence manifeste dans les prises de parole publiques, le manque de dialogue et de transparence entre les différents acteurs de la sécurité. Voilà en substance ce que conclut le rapport de l’IGPN".

Un peu plus tard, dans le cadre de l'enquêtre ouverte à Nice, Le Monde publie des attestations de témoins qui confirment les déclarations de Sandra Bertin.

Lundi 1er août

Dans le JDD du 21 août, à propos de la mystérieuse copie des images de vidéosurveillance demandée par l'Élysée dans la nuit du 14 au 15 juillet, le directeur de cabinet du préfet certifie avoir "restitué la bande au procureur adjoint de Nice". "C'est une pièce judiciaire. Elle est restée dans des lieux sécurisés. Elle a été rendue pour destruction le 1er août", jure-t-il.

Dimanche 21 août

Le JDD rapporte les témoignages de la ville de Nice et de la préfecture qui affirment que l'Élysée a demandé une copie des images de vidéosurveillance dans la nuit du 15 juillet entre 4 et 5 heures et qu'un chauffeur est venu chercher le DVD vers 11 h ce jour-là. La présidence dément : "Aucune copie de la vidéosurveillance n'a été transmise à l'Élysée. Ce serait le non-respect de la justice. C'est de la calomnie et de la diffamation." L'Élysée dément "catégoriquement" avoir reçu ou même "demandé" une vidéo. "Le président a bien vu quelques images lors de son passage à Nice, à la cellule interministérielle de crise", admettait-on samedi soir à l'Élysée, avec cette nuance : "C'est le préfet et le procureur qui ont proposé au Président de les voir."



(mises à jour à venir)

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Écrit par SebK, le Mardi 26 Juillet 2016, 15:13 dans la rubrique "Nice".


Au XIXe siècle, la tendance romantique, l’état encore primitif de la linguistique et le goût des étymologies fantaisistes avait répandu une théorie selon laquelle le nom de Nice provenait du grec tardif Νίκαια, Nicæa, dérivant de Νίκη, Nikè, "victoire".

Par extension, la légende a gravé dans les esprits l'image de démiurges grecs venus de Marseille qui auraient créé Nice et les Niçois à partir du néant.

Depuis, les sciences ont progressé.

Les archéologues ont montré que les collines du Château et de Cimiez étaient habitées bien avant l’apparition des Grecs et des Romains sur ce rivage. Les Védiantiens avaient construit des villages fortifiés (oppida), sur ce qu’on appelle aujourd’hui les collines du Château et de Cimiez. Ces gens auraient-ils attendu l'arrivée des Grecs pour donner des noms à leurs contrées ?

Les protohistoriens ont constaté qu’aucun document antique qui nous soit parvenu ne permettrait de supposer que la cohabitation avec les nouveaux arrivants fût particulièrement belliqueuse. Pourtant, les chroniqueurs grecs et latins ne manquaient pas de rapporter le moindre conflit auquel leurs armées étaient confrontées, et ils nous ont laissé une littérature abondante à ce sujet. Dans ces conditions, comment les marchands phocéens auraient-ils eu l’idée d’appeler leur nouveau port "Victoire" ?

Par ailleurs, il existe une ville qui s’appelle "Nizza" en Montferrat, dans le bassin du Pô, une région où l’explication d’une origine grecque ne tiendrait pas debout, sans parler d’une "victoire".

En revanche, la Nice des Alpes maritimes et celle du Montferrat ont en commun d’avoir été habitées par des peuples ligures – respectivement, des Védiantiens et des Statielliens, selon les auteurs grecs et latins de l'Antiquité – depuis une époque antérieure à la grande invasion indo-européenne [1].

À ce jour, à propos du nom de Nice, l’hypothèse la plus pertinente serait donc celle d’une étymologie ligure (donc non indo-européenne). Les Grecs de Marseille n’étaient pas des guerriers, c’étaient des commerçants : ils auront simplement établi leur comptoir en bord de mer, du côté de l’actuel port Lympia, au pied de l'oppidum des Védiantiens, et ils auront naturellement retranscrit le nom du lieu dans leur alphabet (à cette époque, le kappa avait déjà tendance à s'affriquer devant η ou αι).

La théorie n’est pas nouvelle, d’ailleurs. Elle était déjà développée il y a plus de cent ans dans la revue scientifique Nice historique en 1908 (pp. 81-84 et numéros suivants), et à nouveau en 1925 (pp. 1-17 et numéros suivants).

D’où l’orthographe Nissa préconisée pour écrire le nom de la ville en niçois, aussi bien dans les graphies mistralienne et classique. Il ne s’agit pas de particularisme ou de convention graphique, mais du simple constat que le ç de *Niça résultait d’une hypothèse étymologique dont on sait aujourd’hui qu’elle était scientifiquement erronée.

Il est triste de constater qu'Eugène Ghis écrivait en 1925 : "Il existe un cliché qui a cours forcé et dont la fortune se prolonge extraordinairement. C'est le cliché qui rattache ce nom au préjugé historique d'une victoire remportée par les Grecs, sur nos bords, dès l'aube des temps connus." Et il citait Victor Emanuel, qui écrivait avant lui, dès 1908 : "Aujourd'hui encore, les géographies les plus sérieuses, les encyclopédies les plus graves, les histoires les plus cotées, enregistrent, sans hésitation, cette hasardeuse étymologie."

Cent ans plus tard, il faut se rendre à l'évidence : si une "victoire" est certaine, c'est malheureusement celle de l'ignorance transmise par nos encyclopédies et livres d'histoire. 


[1] Les Védiantiens, d'ailleurs, n'ont pas été très affectés par cette vague celte, étant donné qu'ils ont continué à vivre en tribus autonomes jusqu'à l'époque de l'empereur Néron. Autrement dit : il n'y a jamais eu de Gaulois à Nice.


[Photo : détail des vitraux de l'église de Brou, mausolée du duc Philibert II de Savoie, SC, décembre 2014]

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Écrit par SebK, le Jeudi 21 Juillet 2016, 15:32 dans la rubrique "Nice".


— une nouvelle page de l’historiographie coloniale —

Après les complots juifs, maçonniques, musulmans, etc., voici la nouvelle trouvaille de la presse française : « Le vrai pouvoir des Italiens à Nice ». Tremblez !

Ça a un drôle de relent de la IIIe république… Chez moi, ça rappelle ces lignes du Figaro de 1937 qui mentionnaient « Cagnoli, sujet français »… sous-entendu : malgré son nom d'Italien, d'étranger, de parasite, etc. Ça rappelle aussi les harcèlements quotidiens subis au début du XXe siècle, où la belle-mère de mon arrière grand-père avait dû faire des démarches juridiques pour « franciser » son nom parce qu’il avait une consonance « étrangère » : eh oui, ses parents étaient d’origines piémontaise et génoise, donc Sardes à Nice sarde, mais soudain considérés comme des étrangers à Nice française, et on ne manquait pas de le lui rappeler.

Passé le choc de la une, qui se veut purement racoleuse, allons voir dans les pages intérieures (dossier de 20 pages réalisé par Alain Piffaretti) qui sont donc ces puissants « Italiens ».

Après une présentation globalement positive du bol d'air que les voisins italiens apportent aujourd'hui à l'économie niçoise (malgré cette pénible épithète parisienne de transalpins, alors que si les Alpes se trouvent bien entre Paris et le Pô, elles séparent aussi bien le Pô de toute la Ligurie occidentale), les quelques pages dressent une liste de personnalités actives dans les domaines économique, culturel ou politique.


Ça veut dire quoi, "transalpin", à Nice ?

Au début, avec le passage en revue des Italiens de naissance, tout se passe bien... jusqu'à ce qu'on aborde le domaine politique. Là, ça se complique. Trois figures du pouvoir font leur apparition, trois figures de « l'immigration italienne à Nice », et il va falloir leur trouver une place dans ce dossier (parce que dans le fond, le but de l'article est sans doute de leur faire de la pub) : Christian Estrosi, Eric Ciotti et Jean-Luc Gagliolo. Le journaliste commence donc à chercher les « racines ».

Les « étrangers qui contribuent à la diversité de la nation française », les modèles d’intégration réussie, c’est un sujet à la mode. Du côté des « Italiens », d'habitude, il est de bon goût de mentionner Buonaparte né en Corse française de parents nés en Corse génoise... À Nice, il y a Massena né à Nice sarde d'un père niçois donc sarde et d'une mère française... Garibaldi né à Nice française peu avant la restauration sarde, de parents nés dans des ports génois et sarde de Ligurie... L’Express donne l’exemple de Gagliolo dont le grand-père était né à Nice française de parents piémontais et génois donc italiens, et on nous déroule l'arbre généalogique d'Éric Ciotti pour nous parler de l'immigration de ses arrière-grand-parents... Et tous ceux qui ont des noms en i et dont les arrière-grands-parents étaient nés à Nice française de parents nés à Nice sarde ? Veut-on vraiment donner un coup de pied dans cette inextricable fourmilière ? L’exemple de l’Algérie française n’a pas suffi ?

Mais au fait, c’est quoi, un « Italien », à Nice ? Sachant que les parents italiens dudit grand-père Gagliolo étaient d’origines piémontaise et génoise, donc issus du même pays que les Niçois ? Et là, la vision équilibrée que j’avais de la société niçoise commence à se fissurer. Aujourd’hui, en 2016, un descendant de Piémontais ou de Génois arrivés à Nice en 1859 ne serait donc pas niçois et français au même titre qu’un descendant de Piémontais ou de Génois arrivés à Nice en 1861 ? Les bras m'en tombent, mais c'est bel et bien ce que je lis entre les lignes de ce dossier.

La région niçoise paraissait relativement tranquille, et les Niçois relativement unis, mais en me plongeant dans ce dossier de L’Express, je découvre qu’il y a au moins trois ou quatre catégories de Niçois : les « Italiens », les indigènes, probablement les autres « immigrés », et bien sûr les Français (et je vous laisse le loisir de vous interroger sur les « rapatriés » et « immigrés » d'Algérie). Ça devient compliqué. Va-t-il falloir porter des triangles de couleur pour distinguer tout cela ?!

Bref, est-il raisonnable de soulever ce genre de question ethnique dans une région où la frontière a toujours été déplacée toutes les deux ou trois générations ? Dans un pays niçois embarqué dans deux guerres d’indépendance italienne en 1848 et 1859, occupé par l’Italie fasciste en 1942, où des villages entiers ont été évacués en Italie sous l’occupation nazie, où des familles ont été divisées par la frontière de 1947 ? Quel est l'objectif ?

En tout cas, le dossier de L'Express confirme un constat dont je fais régulièrement l'expérience. En ce XXIe siècle (et avec la xénophobie ambiante qui ne cesse de se développer avec les difficultés économiques), il suffit que je passe le Var pour entendre : « Cagnoli... C'est pas français, ça. Tu es issu de l'immigration, hein ? » C'est dit sans méchanceté (au contraire, avec une certaine curiosité), mais c'est révélateur du besoin de ranger les gens dans des cases, et de la nature ethnique que ces cases doivent absolument prendre aujourd'hui en France. C'est fréquent à Paris, et ça m'est encore arrivé la semaine dernière en Provence. Eh oui, depuis que le « Musée des colonies françaises » est devenu « Musée national de l’histoire de l’immigration », les « indigènes » sont devenus... des « immigrés » ! C’est le début d’une nouvelle page de l’historiographie coloniale.


  
L'Italie au XIXe siècle (c'était ainsi qu'on appelait alors l'ensemble des États de la péninsule,
depuis l'Antiquité romaine et jusqu'à la création du "royaume d'Italie" en 1861).
À droite : les républiques française et italienne depuis 1947.
(Cliquer pour agrandir.)

Mise à jour :
Quand Hervé Barelli, en dernière page du dossier, nous invite à nous rappeler "que, à l’époque où la cité faisait partie du royaume de Piémont-Sardaigne, l’Italie n’existait pas", je suppose que ses propos ont été coupés pour les besoins de la mise en page (d'ailleurs, ses explications auraient été plus utiles en tête de dossier qu'au dos de la dernière page où on s'attend à une pub). Outre le fait qu’il n’a jamais existé de "royaume de Piémont-Sardaigne", l’Italie, à cette époque, n’existait pas en tant qu’État-nation. Si le Royaume d’Italie n'a été proclamé qu'en 1861, la nation italienne a été inventée vers le temps des révolutions de 1848 (le roi de Sardaigne avait d'ailleurs fait appel au Niçois Garibaldi dans le cadre de la "première guerre d'indépendance"), et "l’Italie", quant à elle, avait toujours existé, depuis l’Antiquité, en tant qu’entité géographique (dont les États-Sardes faisaient partie, comme en témoignent toutes les cartes, tous les ouvrages historiques et tous les guides de voyages antérieurs à 1860, que Barelli connaît bien). Les habitants de cette entité géographique, par définition, étaient qualifiés d'"Italiens". Il ne s'agit pas là d'irrédentisme mais d'honnêteté historique.

Par analogie, rappelons que les Cherokees ont toujours été des "Américains", et que "l'Amérique" n'a pas attendu George Washington pour exister.

Quant au pays niçois, éternel territoire frontalier, son histoire et sa culture – comme le rappelle justement Barelli – sont partagées entre France et Italie, entre "Français" et "Italiens", entre Provence, Piémont et pays génois, et il serait bien vain de vouloir à tout prix les ranger ici ou là.


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Écrit par SebK, le Lundi 16 Mai 2016, 19:47 dans la rubrique "Nice".


— années 1920 et années 1950 —
     
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Écrit par SebK, le Mercredi 4 Mai 2016, 20:13 dans la rubrique "Nice".


— fête francophone à Genève —
Le dimanche 28 février 2016, à Genève, Mme Juliette Monnin-Hornung donnait une soirée pour célébrer la fête du Kalevala.

Pekka Huhtaniemi, du Ministère finlandais des Affaires étrangères, a présenté une rétrospective des nombreuses éditions du Kalevala en Finlande et dans le monde, en signalant notamment la récente parution d'une version biélorusse. Pekka Huhtaniemi vient de quitter ses fonctions d'ambassadeur au Royaume-Uni pour se consacrer à la coordination des célébrations internationales qui seront organisées en 2017 à l'occasion du Centenaire de l'Indépendance.

     

     

Juliette Monnin-Hornung a partagé son enthousiasme et ses réflexions autour du Kalevala, qui la passionne depuis les années 1920 et qu'elle ne cesse de promouvoir dans le monde francophone. Rappelons qu'elle a préfacé en 2009 la réédition de l'épopée dans la traduction de son compatriote Jean-Louis Perret, et qu'elle vient de publier en 2015 un ouvrage intitulé Le Kalevala - Ses héros, ses divinités, ses mythes et sa magie.

  

Enfin, Walter Arnold a lu le chant de la création du kantele dans sa langue maternelle, le léventin. La Léventine (Levantina) est la vallée suisse où le Tessin prend sa source. Sa traduction du Kalevala paraîtra en fin d'année.

Les interventions étaient agrémentées de lectures en français et d'intermèdes musicaux au kantele.

     

Quelques extraits vidéo de cette soirée (sans le kantele, malheureusement) :




http://ecx.images-amazon.com/images/I/317C1Iw8xxL._SX319_BO1,204,203,200_.jpg   http://ecx.images-amazon.com/images/I/31K7PImt7VL._SX312_BO1,204,203,200_.jpg


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Écrit par SebK, le Jeudi 3 Mars 2016, 11:17 dans la rubrique "Finlande".


— un opéra romantique "austro-sarde" de Franz Gläser —

Prologue

Le compositeur et chef d'orchestre Franz Gläser est né le 19 avril 1798 à Horní Jiřetín (en allemand : Obergeorgenthal ou plus simplement Ober-Görten), un village tchèque au pied des mont Métallifères. La Bohême est alors un royaume de l'Empire d'Autriche.

Issu d'une famille pauvre et nombreuse, "František Josef Glaeser" parvient à se distinguer par ses dons musicaux, qui lui permettent d'intégrer à l'âge de 11 ans le chœur de la Hofkapelle de Dresde (en Saxe, de l'autre côté des collines). Ensuite, au Conservatoire de musique de Prague, il devient un virtuose du violon.

En 1816, il étudie la composition à Vienne, tout en travaillant comme copiste et arrangeur de musique. À partir de 1817, il devient chef d'orchestre au Théâtre de la Leopoldstadt, puis en 1822 au Theatre de la Josefstadt et en 1827 au Theater an der Wien. Dans la capitale impériale, où il côtoie Beethoven, il se tourne vers la composition dramatique, genre dans lequel il va composer plus de 120 ouvrages dans des genres variés.

Période viennoise : Die vier Haimonskinder (1809) ; Bärnburgs Sturz (1817) ; Das Mädchen ohne Zunge (1819) ; Das Felsenmädchen (1820) ; Der geraubte Schleier (1820) ; Der Tambour (1820) ; Sküs, Mond und Pagat (1820) ; Wenn's was ist, so ist's nichts und ist's nichts, so sind's 36 Kreuzer (1820) ; Arsenius der Weiberfeind (1823) ; Dank und Undank (1823) ; Der rasende Roland (1823) ; Stumme Liebe (1823) ; Der Brief an sich selbst (1824) ; Der Erlenkönig (1824) ; Die kurzen Mäntel (1824) ; Die Rettung durch die Sparkassa (1824) ; Liebe und Haß (1824) ; Sauertöpfchen (1824) ; Sieben Mädchen in Uniform (1825) ; Der Bär und das Kind (1825) ; Die sonderbare Laune (1825) ; Die Weiber in Uniform (1825) ; Die Zauberin Armida (1825) ; Heliodor, Beherrscher der Elemente (1825) ; Menagerie und optische Zimmerreise in Krähwinkel (1825) ; Die steinerne Jungfrau (1826) ; Oberon, König der Elfen (1827) ; Peterl und Paulerl (1827) ; Abu, der schwarze Wundermann (1828) ; Armida, die Zauberin im Orient (1825) ; Elsbeth (1828) ; Meister Pilgram, Erbauer des Stephansturmes in Wien (1828) ; ainsi que Peter Stiglitz ; Staberl ; Die steinerne Jungfrau.

La période berlinoise

En 1830, Gläser accepte un poste de chef d'orchestre au Théâtre de la Königsstadt à Berlin. C'est là qu'il représente l'opéra Andrea.
  • Aurora (c.1830) ;
  • Die Brautschau auf Kronstein (1830) ;
  • Andrea (1830), sur un livret de Carl Philipp Berger ;
  • Des Adlers Horst (29.12.1832), son œuvre la plus célèbre ;
  • Die Augen des Teufels ;
  • Der Rattenfänger von Hameln, sur un livret de Carl Philipp Berger.

Le librettiste Carl Philipp Berger est également chanteur (ténor), metteur en scène et enseignant. Il est né le 31 décembre 1793 en Haute-Bavière, à Altötting (où il mourra le 10 juin 1853). Il collabore à Berlin avec Franz Gläser (Andrea et Le joueur de flûte de Hamelin), puis à Vienne avec le compositeur Peter Joseph von Lindpaintner (livret d'un opéra intitulé Die Genueserin, qui se passe à Venise en 1590, crée en 1839 au Théâtre de la Kärntnertor). Il rédigera aussi un ouvrage historique sur sa ville natale (Geschichte und Beschreibung der Wallfahrts-Stätte Altenötting, Munich 1841).

Andrea est un opéra romantique en trois actes. Les deux premiers actes se déroulent en 1790 dans un village (apparemment imaginaire) du Comté de Nice qui porte le nom de "Monzi" (on pourrait imaginer Levens). Le premier décrit les joyeux préparatifs des noces de Maria, fille du propriétaire d'une grande crèmerie, et de Battista, fils du juge du village. Mais une ombre plane sur l'événement : Maria est secrètement amoureuse d'Andrea, qui n'est qu'un simple serviteur dans la maison. Andrea l'enlève, mais le fiancé les rattrape et le serviteur est banni. À l'acte II, les amoureux contrariés se font clandestinement des adieux déchirants, mais Andrea promet qu'ils se reverront. Le dernier acte est situé dans un camp militaire français, au-dessus de Nice, en 1794 (donc après l'invasion de 1792, pendant l'occupation et la guerre dans les Alpes). Coup de théâtre : le général français n'est autre qu'Andrea ("Ich bin Andrea! Andrea Massena!!"), les amants sont réunis ("Andrea, ach, ist es kein Traum?"), et tout se termine dans un happy end délirant ("Laut töne es durch Berg und Thal, / Hoch lebe unser General!").

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/91/Andr%C3%A9_Mass%C3%A9na.jpg/219px-Andr%C3%A9_Mass%C3%A9na.jpg?uselang=frTout cela est gaiement invraisemblable puisque Masséna [portrait ci-contre] a quitté Levens dès 1775, quand il était adolescent, pour s'engager en France.

Cette légende de Maria et d'Andrea Massena semble avoir joui d'une certaine popularité, à l'époque, dans le monde germanophone (suite à l'opéra ?). On en trouve le récit dans le journal Carinthia (Klagenfurt) le 19 octobre 1833, sans indication de source ; puis dans une biographie intitulée "Andrea, Das Schoosskind des Glückes", par le Bavarois Friedrich Bruckbräu, en 1835 ; et encore dans la nouvelle de l'auteur saxon Eduard Gehe "Wer hätte das Gedacht!" (1837).

Parallèlement, en 1833, l'écrivain allemand Heinrich König va se pencher sur les mêmes événements de l'histoire récente, mais en imaginant des personnages plus attachants que Massena, dans un roman qui inspirera aussitôt au jeune Richard Wagner un livret d'opéra. Beaucoup plus riche et complexe que l'ouvrage vieillot de Berger & Gläser, ce nouvel opéra "austro-sarde" aboutira finalement en 1848, avec une musique de Friedrich Kittl, sous le titre Bianca und Giuseppe.

Épilogue danois

En 1839, Franz Gläser rejoint le Théâtre royal danois de Copenhague comme chef d'orchestre. Il introduit la musique de compositeurs contemporains comme Heinrich Marschner, Felix Mendelssohn et Louis Spohr, et en 1842, l'opéra de Rossini Guillaume Tell. En 1845, il est nommé chef d'orchestre de la Cour.
  • Bryllupet vet Como-søen [Les Noces au lac de Côme] (29.1.1849, Copenhague), sur un texte de H.C. Andersen
  • Nøkken (12.2.1853, Copenhague), sur un  texte de H.C. Andersen
  • Den forgyldte svane [Le cygne d'or] (17.3.1854, Copenhague)
Nommé professeur titulaire en 1851, il ne compose plus beaucoup, si ce n'est de la musique de circonstances : quelques cantates commandées par la Cour, plusieurs ouvertures et sa dernière œuvre, une marche pour orchestre en l'honneur du roi Frédéric VII. Franz Gläser meurt à Copenhague le 29 août 1861.


Bibliographie :
  • Carinthia, Klagenfurt, 19 octobre 1833, pp. 3-4.
  • Friedrich Wilhelm BRUCKBRÄU, "Andrea - Das Schoosskind des Glückes", in Schürzen-Räthsel, Stuttgart : Brodhag, 1835, pp. 230-236.
  • Eduard GEHE (1793-1850), "Wer hätte das Gedacht!", in Eduard Duller, Deutsches Stammbuch, Karlsruhe : Braun, 1837, pp.115-134.
  • Carl Philipp BERGER, Andrea, Berlin : Königsstädtisches Theater, 1841. [livret de l'opéra]
  • William NEUMANN, Franz Gläser, Leipzig, 1859.

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Écrit par SebK, le Dimanche 7 Février 2016, 17:22 dans la rubrique "Nice".


— volume V : les États-Sardes —



  

Le littoral ligure

Nice


Villefranche, vue du fond de la rade


Le port de Nice, avec la statue du roi Charles-Félix ; en face, le bagne et le mont Boron (avec le fort de Montalban) ; derrière, les premières crêtes des Alpes


Nice : la Terrasse (Ponchettes) ; au fond, la colline avec les ruines du Château


La Turbie : trophée d'Auguste (Ier siècle av. JC)

Savone


Savone


Noli

Gênes


Le phare et le port vus de l'ouest


Le palais du prince Andrea Doria


Le port royal


La place des Banques


Théâtre Charles-Félix


Cathédrale Saint-Laurent


L'Université


Le Palais des Doges


Église de l'Annonciation


Église Notre-Dame de Carignan


Pont Carignan


Acquasola


Palais de la Reine douairière


La cour du Palais Royal


La façade du Palais Royal


Palais Doria


Palais Doria


L'hospice des pauvres (aujourd'hui université)


Gênes vue du lazaret (aujourd'hui, le quartier de la Foce)

La Spezia


Golfe de La Spezia

L'île de Sardaigne


Cagliari : le bastion de la Sainte-Croix


Sassari


Oristano : la porte Saint-Christophe


Sanluri


Costumes du Sud (Cagliari)




Costumes du Nord


Pêche au thon en Sardaigne.

Lac Majeur et lac d'Orta


Arona : le colosse de de saint Charles Borromée (en cuivre forgé, 1698)


Isola Bella


Isola Madre


Lac d'Orta : île San Giulio


Orta : sanctuaire Saint-François-d'Assise

La route du Simplon


Domo d'Ossola


Route du Simplon : pont sur la Diveria à Crevola d'Ossola


Simplon : entrée du tunnel de Gondo


Simplon : tunnel de Gondo


Col du Simplon (près de Gondo)


Simplon : tunnel et pont du Ganter

Piémont


Verceil : basilique Saint-André


Verceil : basilique Saint-André


Bielle : sanctuaire d'Oropa


Acqui : aqueduc romain (Ier siècle)


L'abbaye de Vezzolano, sous le village d'Albugnano


L'abbaye de Vezzolano


Un bas-relief en l'abbaye de Vezzolano


Mondovì : sanctuaire de Vicoforte

Val Cluson


Pignerol : la ville haute (église Saint-Maurice) et la ville basse (cathédrale Saint-Donat), à l'entrée du val Cluson

Val de Suse (Doire Ripaire)


Suse : arc d'Auguste (Ier siècle av. JC)

Val d'Aoste (Doire Baltée)


Ivrée : Château Royal


Aoste


Aoste : arc d'Auguste (Ier siècle av. JC)


Verrès


Aymavilles


Villeneuve d'Aoste, sur la Doire Baltée

Turin


La porte Palatine (Ier siècle av. JC), transformée en prison au XVIIIe siècle.


Basilique royale de Superga


Villa royale de la Reine


Moncalieri, sur le Pô


Le château royal de Racconigi, côté ville


Racconigi, côté jardin


Le château royal de Stupiniggi


Turin, au bord du Pô : au premier plan (rive droite), la Gran Madre di Dio (achevée en 1831) ; en face (rive gauche), la place Victor-Emmanuel (aujourd'hui Veneto) et la Via Po en direction du Château.


La place Victor-Emmanuel vue du pont.


Le Château et le Palais Madame


Le Palais Madame


L'actuelle Via Garibaldi vue du Palais Madame


La place Saint-Charles (juste avant l'érection de la statue équestre d'Emmanuel-Philibert)


Le Palais Royal


L'Hôtel de Ville


Le château du Valentino


Le pont Mosca, sur la Doire Ripaire, achevé en 1830 (dans l'axe de l'actuel cours Jules-César).


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Écrit par SebK, le Vendredi 29 Janvier 2016, 21:15 dans la rubrique "Nice".


— une délégation niçoise invitée en Provence pour célébrer la poésie finlandaise en langue d'oc —
À l'occasion du concert consacré au poète finlandais Uuno Kailas et présenté à Helsinki en octobre dernier, une brochure a été publiée par le Helsinki Collegium for Advanced Studies. Elle contient une présentation de l'événement, le programme de la soirée, la biographie des artistes impliqués (compositeurs, poètes, musiciens, traducteurs) ainsi que des poèmes d'Uuno Kailas en trois langues : finnois, occitan niçois et français. Cet ouvrage a été offert aux spectateurs, ainsi qu'aux principales bibliothèques de Finlande et d'Occitanie (Comté de Nice, Provence, Languedoc, Gascogne...).

En Provence, l'ouvrage a retenu l'attention du Centre de Documentation Provençale, où Jean-Marc Courbet, majoral du Felibrige, l'a réceptionné avec surprise et émotion.

Association linguistique et culturelle occitane basée en Provence, le Felibrige fut fondé le jour de la Sainte-Estelle 1854 par un groupe de jeunes poètes réunis autour de Frédéric Mistral. De son temps, Mistral était déjà conscient de la place prestigieuse qu'occupaient les langues et littératures occitanes en Europe et dans le monde, citant notamment les romanistes finlandais qui se penchaient alors sur ces sujets avec un grand intérêt. Le prix Nobel de littérature décerné à Mistral en 1904 pour son œuvre en occitan provençal témoigne d'ailleurs de cette reconnaissance nordique et internationale.

Depuis 1978, le Centre de Documentation Provençale est au cœur de fructueux échanges culturels, non seulement entre provinces d'Occitanie, mais aussi entre l'Occitanie et le reste du monde. La brochure Uuno Kailas Heinolasta Nizzaan trouve tout naturellement sa place dans cette collection, aux côtés d'une anthologie de poésie provençale publiée en estonien à Tallinn, ou encore du fameux dictionnaire occitan-japonais publié à Tokyo par Naoko Sano. Si la réception de cet ouvrage a causé une telle surprise à Jean-Marc Courbet et à ses collègues, ce n'est donc pas tant pour son contenu que parce qu'il s'avère le 5000e titre répertorié dans le catalogue du Centre.

Le 23 janvier 2016, cet événement et cette heureuse rencontre étaient célébrés au Centre de Documentation Provençale (à Bollène, dans le Vaucluse), en présence des traducteurs Miquèu de Carabatta et Sébastien Cagnoli, escortant la Niçoise Angélique Marçais, 21e "reine du Felibrige" depuis les Jeux floraux de 2011.

  
Angélique Marçais. 

Au-delà des pays niçois et provençal, l'espace occitan était représenté dans une perspective plus large par le président du PEN Club occitan, le Languedocien Jean-Frédéric Brun. Grâce à son activité dans le vaste réseau du PEN International, cet écrivain connaît bien la place que les littératures occitanes occupent dans le monde et l'intérêt qu'elles n'ont jamais cessé de susciter. En somme, il n'y a qu'en France que les cultures dites "régionales" sont méconnues et négligées : dans le monde, les littératures occitanes sont connues et reconnues, autant pour leurs mille ans d'histoire que pour leur vitalité contemporaine, et il est rassurant de le rappeler.

     
Sébastien Cagnoli, Miquèu de Carabatta, Jean-Marc Courbet et Jean-Frédéric Brun au Centre de Documentation Provençale.





Dans la presse :
        

     

À la radio : France Bleu, 23 janvier.

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Écrit par SebK, le Dimanche 24 Janvier 2016, 16:59 dans la rubrique "Finlande".


— Villefranche, 1915 —
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/91/Jens_Adolf_Jerichau_1890-1916_by_N._Andersen.jpgJens Adolf Jerichau est né le 12 décembre 1890 à Roskilde, sur l'île danoise de Seeland, près de Copenhague. Il est le petit-fils du sculpteur classique homonyme.

En 1915, il travaille sur la Côte d'Azur (Sanary, Villefranche).

Il meurt à Paris l'année suivante, le 16 août 1916, âgé de 25 ans.


Palmier à Villefranche (Musée national des Beaux-Arts, Copenhague)


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Écrit par SebK, le Jeudi 24 Décembre 2015, 09:42 dans la rubrique "Nice".


— à pieds ou à queue —

Den lille Havfrue

http://www.erindringer.dk/flugten43/images/Havfrue/KglTea_3a-1.jpgInspirée par le personnage de Hans Christian Andersen, la "petite sirène" de Copenhague fut commandée en 1909 par Carl Jacobsen, fondateur de la brasserie Carlsberg, au sculpteur Edvard Eriksen (1876-1959). La statue en bronze fut inaugurée au bord de la Langelinie, dans le port de Copenhague, le 23 août 1913.
La tête est celle d'Ellen Price, danseuse au Théâtre Royal qui tenait justement le rôle éponyme dans La petite sirène, un ballet-aventure en 3 actes sur un argument de Julius Lehmann, avec une musique de Fini Henriques et une chorégraphie de Hans Beck (ci-dessous, Ellen Price dans le rôle de la Petite Sirène en 1909).
La ballerine ayant refusé de poser nue, c'est la femme du sculpteur, Eline Eriksen, qui prêta son corps à la fameuse statue.



La sirène d'Eriksen est entourée de deux autres statues d'inspiration balnéaire, moins célèbres, mais également cédées à la ville par la fondation Carlsberg :
  • Svømmeren (Nageur, 1887) du sculpteur suédois Johan Börjeson (1835-1910) ;
  • Efter Badet (Aprés le bain, 1909) du Danois Carl Aarsleff (1852-1918).

  
Le petit nageur de Börjeson ne bénéficie pas de la même mise en valeur que sa voisine la sirène !
Ci-dessous, une photo au flash in situ et une carte postale ancienne, puis des photos de jour.
   http://3.bp.blogspot.com/-kZiUP8O6tzE/UE0k8G5lHLI/AAAAAAAAJZ0/jAvJOljR-vg/s1600/athlete.jpg

  

Même traitement pour le petit baigneur d'Aarsleff. La première fois, de nuit, je ne l'avais même pas remarqué :
  

En journée, les touristes sont tellement occupés à se photographier devant la petite sirène qu'ils ne remarquent même pas la présence des deux autres statues :




La sirène de Mme Carl Nielsen

En 1921, la grande artiste Anne Marie "Carl" Nielsen (1863-1945) a également traité le thème danois incontournable de la sirène, ce qui était parfaitement logique pour cette spécialiste des humains et autres animaux plus ou moins hybrides. L'oeuvre se trouve au Musée national des Beaux-Arts.


Den genmodificerede Havfrue

La "sirène génétiquement modifiée" fait partie d'un ensemble intitulé Det genmodificerede Paradis (Le paradis génétiquement modifié), conçu par le sculpteur danois Bjørn Nørgaard pour l'exposition universelle de Hanovre en 2000 et installé le 15 septembre 2006 dans le port de Copenhague. À 600 mètres au nord de la Petite sirène, l'ensemble a pris place sur le quai qui termine la Langelinie, dans le cadre du réaménagement des anciens docks "Dahlerups Pakhus".

L'installation est composée d'un "arc de triomphe" de 40 tonnes surmonté d'une "Madonne génétiquement modifée" de 9 m de haut. Autour : Adam, le Christ, Marie Madeleine, Ève, le Capital Tripartite et l'Homme Enceint.


Made in China

Entre les deux statues officielles érigées par la ville, dont la première est très fortement touristopète, le patron du café du coin a voulu dessiner sa propre "petite sirène", dans l'intention d'assouvir ses fantasmes aquatiques et d'étancher la soif des passants cosmopolites décus par les mensurations de Mme Eriksen. Il a donc fait tailler une nouvelle "petite" sirène de 4 m de haut dans 14 tonnes de granit de Chine.
Depuis juin 2007, la Langelinie est habitée par une nouvelle créature, nettement moins élégante que celle de la fondation Carlsberg, mais pourvue de solides arguments concurrentiels :

  


Han

Également dérivé de la petite sirène d'Eriksen, Han (Lui) est l'œuvre du duo d'artistes Elmgreen & Dragset, formé en 1995 par Michael Elmgreen (né en 1961 à Copenhague) et Ingar Dragset (né en 1969 à Trondheim, alors de passage au Danemark).
Commandé par la ville d'Elseneur, ce "petit triton" a pris place en 2012 sur le littoral, aux pieds du château de Kronborg, lieu très emblématique aux portes de la mer Baltique :

  



La statue en inox est censée être équipée d'un mécanisme hydraulique qui lui permet de cligner des yeux toutes les demi-heures.

Non loin de là, depuis 1932, une autre statue veille sur l'entrée du port d'Elseneur. Héraclès et l'Hydre (1919), par Rudolph Tegner (1873-1950) :

  

[photos octobre 2012 & décembre 2015]
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Écrit par SebK, le Mardi 15 Décembre 2015, 12:13 dans la rubrique "statuaire urbaine".


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