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08/2016 : expo sur le pays komi dans les livres étrangers, Bibliothèque nationale de la République de Komi, Syktyvkar.
06/2016 : réédition des Chants des forêts de Nikolai Abramov à la Bibliothèque nationale de la République de Carélie.
05/2016 : réédition du recueil Les Komis – Questions d'histoire et de culture aux Presses de l'Inalco.
01/2016 : présentation de Uuno Kailas de Heinola à Nice au Centre de Documentation Provençale (Bollène).
11/2015 : parution de Noir comme l'ébène, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
10/2015 : Uuno Kailas de Heinola à Nice – Cent ans de musique et de poésie entre Nice et la Finlande, concert-lecture à Helsinki.
10/2015 : Sofi Oksanen à Nice, rencontre avec Sofi Oksanen et Miquèu de Carabatta à Helsinki autour de Quora despareissèron lu colombs.
09/2015 : première de la pièce d'Alexeï Popov Les cornes par la compagnie La Chance du Débutant (au Théâtre National Komi, Syktyvkar).
09/2015 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
09-12/2015 : résidence de traduction à l'HCAS (Helsinki).
05/2015 : parution de Blanc comme la neige, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
03/2015 : parution du poème de Nina Obrezkova "Un jour tu rentreras chez toi", à Syktyvkar (brochure réunissant des traductions du même texte dans 14 langues différentes).
03/2015 : Destination Russie (Châtenay-Malabry), festival consacré à la République de Komi, à l'initiative de l'association MIR Franco-Russe.
02/2015 : présentation des Colombs à Aix-en-Provence.
01/2015 : parution de l'article "La parenté finno-ougrienne dans la littérature komie : héritage commun ou influences récentes ?" dans la revue Études finno-ougriennes.

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De l’étymologie de "Nice"

Au XIXe siècle, la tendance romantique, l’état encore primitif de la linguistique et le goût des étymologies fantaisistes avait répandu une théorie selon laquelle le nom de Nice provenait du grec tardif Νίκαια, Nicæa, dérivant de Νίκη, Nikè, "victoire".

Par extension, la légende a gravé dans les esprits l'image de démiurges grecs venus de Marseille qui auraient créé Nice et les Niçois à partir du néant.

Depuis, les sciences ont progressé.

Les archéologues ont montré que les collines du Château et de Cimiez étaient habitées bien avant l’apparition des Grecs et des Romains sur ce rivage. Les Védiantiens avaient construit des villages fortifiés (oppida), sur ce qu’on appelle aujourd’hui les collines du Château et de Cimiez. Ces gens auraient-ils attendu l'arrivée des Grecs pour donner des noms à leurs contrées ?

Les protohistoriens ont constaté qu’aucun document antique qui nous soit parvenu ne permettrait de supposer que la cohabitation avec les nouveaux arrivants fût particulièrement belliqueuse. Pourtant, les chroniqueurs grecs et latins ne manquaient pas de rapporter le moindre conflit auquel leurs armées étaient confrontées, et ils nous ont laissé une littérature abondante à ce sujet. Dans ces conditions, comment les marchands phocéens auraient-ils eu l’idée d’appeler leur nouveau port "Victoire" ?

Par ailleurs, il existe une ville qui s’appelle "Nizza" en Montferrat, dans le bassin du Pô, une région où l’explication d’une origine grecque ne tiendrait pas debout, sans parler d’une "victoire".

En revanche, la Nice des Alpes maritimes et celle du Montferrat ont en commun d’avoir été habitées par des peuples ligures – respectivement, des Védiantiens et des Statielliens, selon les auteurs grecs et latins de l'Antiquité – depuis une époque antérieure à la grande invasion indo-européenne [1].

À ce jour, à propos du nom de Nice, l’hypothèse la plus pertinente serait donc celle d’une étymologie ligure (donc non indo-européenne). Les Grecs de Marseille n’étaient pas des guerriers, c’étaient des commerçants : ils auront simplement établi leur comptoir en bord de mer, du côté de l’actuel port Lympia, au pied de l'oppidum des Védiantiens, et ils auront naturellement retranscrit le nom du lieu dans leur alphabet (à cette époque, le kappa avait déjà tendance à s'affriquer devant η ou αι).

La théorie n’est pas nouvelle, d’ailleurs. Elle était déjà développée il y a plus de cent ans dans la revue scientifique Nice historique en 1908 (pp. 81-84 et numéros suivants), et à nouveau en 1925 (pp. 1-17 et numéros suivants).

D’où l’orthographe Nissa préconisée pour écrire le nom de la ville en niçois, aussi bien dans les graphies mistralienne et classique. Il ne s’agit pas de particularisme ou de convention graphique, mais du simple constat que le ç de *Niça résultait d’une hypothèse étymologique dont on sait aujourd’hui qu’elle était scientifiquement erronée.

Il est triste de constater qu'Eugène Ghis écrivait en 1925 : "Il existe un cliché qui a cours forcé et dont la fortune se prolonge extraordinairement. C'est le cliché qui rattache ce nom au préjugé historique d'une victoire remportée par les Grecs, sur nos bords, dès l'aube des temps connus." Et il citait Victor Emanuel, qui écrivait avant lui, dès 1908 : "Aujourd'hui encore, les géographies les plus sérieuses, les encyclopédies les plus graves, les histoires les plus cotées, enregistrent, sans hésitation, cette hasardeuse étymologie."

Cent ans plus tard, il faut se rendre à l'évidence : si une "victoire" est certaine, c'est malheureusement celle de l'ignorance transmise par nos encyclopédies et livres d'histoire. 


[1] Les Védiantiens, d'ailleurs, n'ont pas été très affectés par cette vague celte, étant donné qu'ils ont continué à vivre en tribus autonomes jusqu'à l'époque de l'empereur Néron. Autrement dit : il n'y a jamais eu de Gaulois à Nice.


[Photo : détail des vitraux de l'église de Brou, mausolée du duc Philibert II de Savoie, SC, décembre 2014]

Écrit par SebK, le Jeudi 21 Juillet 2016, 15:32 dans la rubrique "Nice".