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04/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov (Nice, Théâtre de l'Impasse)
03/2017 : parution de Norma, de Sofi Oksanen, chez Stock.
01/2017 : parution de Ils ne savent pas ce qu'ils font, de Jussi Valtonen, chez Fayard.
12/2016 : "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans le cadre d'une journée d'étude à l'université Rennes 2.
08/2016 : parution du Récif, de Seita Vuorela-Parkkola, chez Actes Sud Junior.
08/2016 : expo sur le pays komi dans les livres étrangers, Bibliothèque nationale de la République de Komi, Syktyvkar.
06/2016 : réédition des Chants des forêts de Nikolai Abramov à la Bibliothèque nationale de la République de Carélie.
05/2016 : réédition du recueil Les Komis – Questions d'histoire et de culture aux Presses de l'Inalco.
01/2016 : présentation de Uuno Kailas de Heinola à Nice au Centre de Documentation Provençale (Bollène).
11/2015 : parution de Noir comme l'ébène, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
10/2015 : Uuno Kailas de Heinola à Nice – Cent ans de musique et de poésie entre Nice et la Finlande, concert-lecture à Helsinki.
10/2015 : Sofi Oksanen à Nice, rencontre avec Sofi Oksanen et Miquèu de Carabatta à Helsinki autour de Quora despareissèron lu colombs.
09/2015 : première de la pièce d'Alexeï Popov Les cornes par la compagnie La Chance du Débutant (au Théâtre National Komi, Syktyvkar).
09/2015 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
09-12/2015 : résidence de traduction à l'HCAS (Helsinki).
05/2015 : parution de Blanc comme la neige, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
03/2015 : parution du poème de Nina Obrezkova "Un jour tu rentreras chez toi", à Syktyvkar (brochure réunissant des traductions du même texte dans 14 langues différentes).
03/2015 : Destination Russie (Châtenay-Malabry), festival consacré à la République de Komi, à l'initiative de l'association MIR Franco-Russe.
02/2015 : présentation des Colombs à Aix-en-Provence.
01/2015 : parution de l'article "La parenté finno-ougrienne dans la littérature komie : héritage commun ou influences récentes ?" dans la revue Études finno-ougriennes.

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Indigènes ou immigrés ?
— une nouvelle page de l’historiographie coloniale —

Après les complots juifs, maçonniques, musulmans, etc., voici la nouvelle trouvaille de la presse française : « Le vrai pouvoir des Italiens à Nice ». Tremblez !

Ça a un drôle de relent de la IIIe république… Chez moi, ça rappelle ces lignes du Figaro de 1937 qui mentionnaient « Cagnoli, sujet français »… sous-entendu : malgré son nom d'Italien, d'étranger, de parasite, etc. Ça rappelle aussi les harcèlements quotidiens subis au début du XXe siècle, où la belle-mère de mon arrière grand-père avait dû faire des démarches juridiques pour « franciser » son nom parce qu’il avait une consonance « étrangère » : eh oui, ses parents étaient d’origines piémontaise et génoise, donc Sardes à Nice sarde, mais soudain considérés comme des étrangers à Nice française, et on ne manquait pas de le lui rappeler.

Passé le choc de la une, qui se veut purement racoleuse, allons voir dans les pages intérieures (dossier de 20 pages réalisé par Alain Piffaretti) qui sont donc ces puissants « Italiens ».

Après une présentation globalement positive du bol d'air que les voisins italiens apportent aujourd'hui à l'économie niçoise (malgré cette pénible épithète parisienne de transalpins, alors que si les Alpes se trouvent bien entre Paris et le Pô, elles séparent aussi bien le Pô de toute la Ligurie occidentale), les quelques pages dressent une liste de personnalités actives dans les domaines économique, culturel ou politique.


Ça veut dire quoi, "transalpin", à Nice ?

Au début, avec le passage en revue des Italiens de naissance, tout se passe bien... jusqu'à ce qu'on aborde le domaine politique. Là, ça se complique. Trois figures du pouvoir font leur apparition, trois figures de « l'immigration italienne à Nice », et il va falloir leur trouver une place dans ce dossier (parce que dans le fond, le but de l'article est sans doute de leur faire de la pub) : Christian Estrosi, Eric Ciotti et Jean-Luc Gagliolo. Le journaliste commence donc à chercher les « racines ».

Les « étrangers qui contribuent à la diversité de la nation française », les modèles d’intégration réussie, c’est un sujet à la mode. Du côté des « Italiens », d'habitude, il est de bon goût de mentionner Buonaparte né en Corse française de parents nés en Corse génoise... À Nice, il y a Massena né à Nice sarde d'un père niçois donc sarde et d'une mère française... Garibaldi né à Nice française peu avant la restauration sarde, de parents nés dans des ports génois et sarde de Ligurie... L’Express donne l’exemple de Gagliolo dont le grand-père était né à Nice française de parents piémontais et génois donc italiens, et on nous déroule l'arbre généalogique d'Éric Ciotti pour nous parler de l'immigration de ses arrière-grand-parents... Et tous ceux qui ont des noms en i et dont les arrière-grands-parents étaient nés à Nice française de parents nés à Nice sarde ? Veut-on vraiment donner un coup de pied dans cette inextricable fourmilière ? L’exemple de l’Algérie française n’a pas suffi ?

Mais au fait, c’est quoi, un « Italien », à Nice ? Sachant que les parents italiens dudit grand-père Gagliolo étaient d’origines piémontaise et génoise, donc issus du même pays que les Niçois ? Et là, la vision équilibrée que j’avais de la société niçoise commence à se fissurer. Aujourd’hui, en 2016, un descendant de Piémontais ou de Génois arrivés à Nice en 1859 ne serait donc pas niçois et français au même titre qu’un descendant de Piémontais ou de Génois arrivés à Nice en 1861 ? Les bras m'en tombent, mais c'est bel et bien ce que je lis entre les lignes de ce dossier.

La région niçoise paraissait relativement tranquille, et les Niçois relativement unis, mais en me plongeant dans ce dossier de L’Express, je découvre qu’il y a au moins trois ou quatre catégories de Niçois : les « Italiens », les indigènes, probablement les autres « immigrés », et bien sûr les Français (et je vous laisse le loisir de vous interroger sur les « rapatriés » et « immigrés » d'Algérie). Ça devient compliqué. Va-t-il falloir porter des triangles de couleur pour distinguer tout cela ?!

Bref, est-il raisonnable de soulever ce genre de question ethnique dans une région où la frontière a toujours été déplacée toutes les deux ou trois générations ? Dans un pays niçois embarqué dans deux guerres d’indépendance italienne en 1848 et 1859, occupé par l’Italie fasciste en 1942, où des villages entiers ont été évacués en Italie sous l’occupation nazie, où des familles ont été divisées par la frontière de 1947 ? Quel est l'objectif ?

En tout cas, le dossier de L'Express confirme un constat dont je fais régulièrement l'expérience. En ce XXIe siècle (et avec la xénophobie ambiante qui ne cesse de se développer avec les difficultés économiques), il suffit que je passe le Var pour entendre : « Cagnoli... C'est pas français, ça. Tu es issu de l'immigration, hein ? » C'est dit sans méchanceté (au contraire, avec une certaine curiosité), mais c'est révélateur du besoin de ranger les gens dans des cases, et de la nature ethnique que ces cases doivent absolument prendre aujourd'hui en France. C'est fréquent à Paris, et ça m'est encore arrivé la semaine dernière en Provence. Eh oui, depuis que le « Musée des colonies françaises » est devenu « Musée national de l’histoire de l’immigration », les « indigènes » sont devenus... des « immigrés » ! C’est le début d’une nouvelle page de l’historiographie coloniale.


  
L'Italie au XIXe siècle (c'était ainsi qu'on appelait alors l'ensemble des États de la péninsule,
depuis l'Antiquité romaine et jusqu'à la création du "royaume d'Italie" en 1861).
À droite : les républiques française et italienne depuis 1947.
(Cliquer pour agrandir.)

Mise à jour :
Quand Hervé Barelli, en dernière page du dossier, nous invite à nous rappeler "que, à l’époque où la cité faisait partie du royaume de Piémont-Sardaigne, l’Italie n’existait pas", je suppose que ses propos ont été coupés pour les besoins de la mise en page (d'ailleurs, ses explications auraient été plus utiles en tête de dossier qu'au dos de la dernière page où on s'attend à une pub). Outre le fait qu’il n’a jamais existé de "royaume de Piémont-Sardaigne", l’Italie, à cette époque, n’existait pas en tant qu’État-nation. Si le Royaume d’Italie n'a été proclamé qu'en 1861, la nation italienne a été inventée vers le temps des révolutions de 1848 (le roi de Sardaigne avait d'ailleurs fait appel au Niçois Garibaldi dans le cadre de la "première guerre d'indépendance"), et "l’Italie", quant à elle, avait toujours existé, depuis l’Antiquité, en tant qu’entité géographique (dont les États-Sardes faisaient partie, comme en témoignent toutes les cartes, tous les ouvrages historiques et tous les guides de voyages antérieurs à 1860, que Barelli connaît bien). Les habitants de cette entité géographique, par définition, étaient qualifiés d'"Italiens". Il ne s'agit pas là d'irrédentisme mais d'honnêteté historique.

Par analogie, rappelons que les Cherokees ont toujours été des "Américains", et que "l'Amérique" n'a pas attendu George Washington pour exister.

Quant au pays niçois, éternel territoire frontalier, son histoire et sa culture – comme le rappelle justement Barelli – sont partagées entre France et Italie, entre "Français" et "Italiens", entre Provence, Piémont et pays génois, et il serait bien vain de vouloir à tout prix les ranger ici ou là.


Écrit par SebK, le Lundi 16 Mai 2016, 19:47 dans la rubrique "Nice".


Commentaires :

  Liz
15-07-16
à 10:02

Cela me semble le bon endroit pour déposer une grosse pensée pour Nice aujourd'hui.