Là le bourreau fait un
arrêt :
Amis, il faut nous séparer.
Moi sans salut, je vous salue :
Vivez, les gars — et l’on me tue.
Que ne suis-je, auprès de mon
père,
Resté reprendre les affaires !
La plane et le ciseau, les gars,
M’auraient sauvé de ces tracas.
J’aurais pu faire de mon art
Des gibets pour d’autres gaillards,
Sans jamais ainsi pendiller,
Eussé-je le mal délaissé.
Voyez, on me pend haut et court,
Et les passants des alentours
M’assènent leurs malédictions ;
C’est pis que pendre qu’ils me font.
À mes côtés, la
pendaison
Punit deux malheureux larrons :
Même fortune nous attend,
Mais moi c’est l’amour qui me pend.
Ô mes amis venus à moi,
Détournez-vous vers d’autres voies ;
Gardez votre cou du lacet :
Mes amis, le mal délaissez.
Ayez une honorable fin,
Plus malins que votre copain.
Moi sans salut, je vous salue :
Vivez, les gars — et l’on me tue.
A.E. Housman. Un gars du Shropshire, XLVII (1896).