Si tout l’amour
était jeunesse,
Et vraie du berger la promesse,
Ces doux plaisirs feraient de moi
Ton amour vivant avec toi.
Bientôt l’on
parque les troupeaux,
Les rocs froids battus par les eaux,
Quand Philomèle perd la voix,
Tous craignant les prochains tracas.
Les fleurs
fanées, les champs gâtés
Cèdent à l’hiver indompté :
Langue de miel et cœur fielleux,
Printemps festif, automne anxieux.
Tes robes, souliers,
lits de roses,
Coiffe, chemise et fleurs écloses,
Bientôt se perdent dans l’oubli —
Mûre folie, raison pourrie.
Ton ceinturon de
paille et lierre,
Que corail et ambre agrafèrent —
Cela ne fera point de moi
Ton amour vivant avec toi.
Mais que durât
jeunesse aimante,
Joie sans fin, vieillesse clémente :
Ces délices feraient de moi
Ton amour vivant avec toi.
Sir Walter Raleigh.