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11/2017 : "L’imaginaire national finlandais à l’épreuve du centenaire - Un regard du XXIe siècle sur la poésie patriotique d’Uuno Kailas", dans le cadre du colloque Révolutions russes ; images et imaginaire en Russie et en France, Nice.
08/2017 : "Are Finns ashamed of their independence? - A 21st century look upon Uuno Kailas’ patriotic poetry", dans le cadre du 14e Congrès des littératures finno-ougriennes, Tartu.
08/2017 : "Garibaldi und Nizza – ein Epos zwischen Frankreich und Italien", dans le cadre du 4e colloque de la Garibaldi Gesellschaft, Kirchberg, Sachsen.
06/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov à Châteauneuf-Villevieille.
04/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov (Nice, Théâtre de l'Impasse).
03/2017 : parution de Norma, de Sofi Oksanen, chez Stock.
01/2017 : parution de Ils ne savent pas ce qu'ils font, de Jussi Valtonen, chez Fayard.
12/2016 : "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans le cadre d'une journée d'étude à l'université Rennes 2.
08/2016 : parution du Récif, de Seita Vuorela-Parkkola, chez Actes Sud Junior.
08/2016 : expo sur le pays komi dans les livres étrangers, Bibliothèque nationale de la République de Komi, Syktyvkar.
06/2016 : réédition des Chants des forêts de Nikolai Abramov à la Bibliothèque nationale de la République de Carélie.
05/2016 : réédition du recueil Les Komis – Questions d'histoire et de culture aux Presses de l'Inalco.
01/2016 : présentation de Uuno Kailas de Heinola à Nice au Centre de Documentation Provençale (Bollène).
11/2015 : parution de Noir comme l'ébène, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.
10/2015 : Uuno Kailas de Heinola à Nice – Cent ans de musique et de poésie entre Nice et la Finlande, concert-lecture à Helsinki.
10/2015 : Sofi Oksanen à Nice, rencontre avec Sofi Oksanen et Miquèu de Carabatta à Helsinki autour de Quora despareissèron lu colombs.
09/2015 : première de la pièce d'Alexeï Popov Les cornes par la compagnie La Chance du Débutant (au Théâtre National Komi, Syktyvkar).
09/2015 : parution de Baby Jane, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.
09-12/2015 : résidence de traduction à l'HCAS (Helsinki).
05/2015 : parution de Blanc comme la neige, de Salla Simukka, chez Hachette et au Livre de Poche.

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Vladimir Timine
— 1937-2015 —
 

Paroles de Pam à son peuple

Avec précaution, [Sérafim] s’approcha de la maison. Même de près, il ne vit aucune lumière à la fenêtre ; seule scintillait dans un coin la pâle lueur du crépuscule. Et puis elle disparut de son champ de vision. Mais l’obscurité n’était pas encore totale.

Sérafim fit toc-toc à la porte. Il attendit un moment. Personne ne répondit ni ne sortit. Il toqua une seconde fois. Pas un bruit. Il saisit alors la poignée. Le lourd battant s’ouvrit en grinçant, comme à contrecœur. Il n’y avait personne. Dans la maison, il faisait encore plus sombre que dehors. Sérafim balaya l’intérieur du regard : une table, un banc et un petit poêle avec une cuisinière dans un coin. Il y avait aussi une armoire contre le mur. À part cela, rien, pas âme qui vive. Sur la table, quelque chose se déplaça en produisant un bruit. Des mouvements rapides s’enchaînèrent. Sérafim avança d’un pas ou deux et… il en resta bouche bée : il vit un échiquier sur lequel les pièces jouaient toutes seules. Aucune main ne les déplaçait. Quel miracle ! Il contempla longuement cette partie sans intervention humaine. Il ne savait que faire : s’asseoir ou ressortir ? Bon sang, allez savoir…

Alors que Sérafim faisait demi-tour, une porte s’ouvrit doucement du côté du poêle, laissant pénétrer une faible lumière. Par là arriva un vieillard chenu à longs cheveux et barbe. Il tenait à la main une chandelle à la flamme chétive. Elle s’était consumée jusqu’à son support de bois. Sur l’échiquier, les pièces bougèrent encore une fois, puis le jeu s’arrêta tout seul.

« Bonjour, voyageur, dit le vieillard avec bienveillance. Je t’attends depuis longtemps. »

Sérafim resta d’abord interdit, mais il finit par retrouver la parole.

« Bonjour, je ne sais pas comment t’appeler…

— Mon nom est long, rit doucement le vieillard, mais pour faire court : “Atlym Ćud Örep Laďej du clan du prince Pam de Permie” [1]. Tu peux dire “Vieux Laďej”. Assieds-toi.

— Et ça, demanda Sérafim en montra l’échiquier du regard, comment ça marche ?

— Je joue avec les yeux et la tête. On s’ennuie, tout seul.

— Ah oui… répliqua Sérafim, faisant semblant de comprendre.

— Je suis vieux, Sérafim…

— Comment me connais-tu ? s’étonna de nouveau le garçon.

— Il se trouve que je sais lire dans les yeux des gens. Je n’ai rien à faire, ici. Je suis un vieil homme. Dans mes rêves, les dieux me rappellent déjà auprès d’eux. Tu viens de Komi. J’ai invoqué une telle personne en pensée. Tu passais près de chez moi et tu as répondu à l’invitation. Écoute.

— Oui, Vieux Laďej.

— Écoute attentivement. N’oublie rien. Dans ma vie solitaire, j’ai vu bien des choses, et bien des choses non vues sont restées aussi dans ma tête. Les loups l’emportent sur les brebis. D’épaisses ténèbres se déploient. Et pas ici, mais dans la vie. Tu es un homme intelligent. Je le vois. Et c’est pourquoi je te raconte cela. Tu m’écoutes ?

— Oui, Vieux Laďej.

— C’est aujourd’hui l’anniversaire du prince Pam de Permie. Les dieux ont disparu, mais ils ne sont pas morts. Et il en est de même des descendants de Pam. En voici un qui étudie dans votre ville au bord du Syktyv [2], dans la plus grande école. Il a réussi à entrer. Il a été admis. Un garçon intelligent. Cultivé. Mais ici, dans la région de l’Ob, à part moi, la plupart des gens vivent avec le peuple local. Ils chassent, ils pêchent, ils élèvent les rennes. Ils ne m’oublient pas : je mange à ma faim, j’ai du bois pour le poêle. Que demander de plus ? J’ai même un chien.

— Je ne l’ai pas remarqué. Je n’ai rien entendu.

— Il aboyait, ici. Je l’ai envoyé un peu plus loin. Pour qu’il ne t’effraie pas. Il me protège. Un bon chien. À quatre-z-yeux.

— Alors tu n’es jamais seul, Vieux Laďej.

— Qu’est-ce que je disais ? Oui. Aujourd’hui, c’est l’anniversaire. Et il faut que je raconte à mon peuple une parole qui me tient à cœur. Ensuite, il n’y aura plus personne. Nul autre ne l’a entendue. Tu pourras revenir tantôt, mais je ne serai plus là.

— Tu vis encore, Vieux Laďej…

— Mais écoute-moi donc, coupa le vieillard. Ainsi parlait le prince Pam : “Ô, Komis, vous êtes peu nombreux. Protégez-vous les uns les autres. Un jour je reviendrai… non parmi vous, mais dans vos cœurs…

”Je ne dénigre pas le Moine Śťep, celui qu’on appelle Étienne de Permie [3]. Il apportait un nouveau Dieu, au profit de Moscou. Mais, mon cher fils, pendant mille ans nous avons eu notre propre mode de vie : si le peuple komi l’oublie, il disparaîtra complètement de la terre. Respecte tes grands-parents et tes parents, sache t’accorder avec la nature, veille sur ton pays natal comme sur toi-même. Qu’a-t-il dit de neuf, Étienne de Permie ?…

”Moi, je suis né, j’ai vécu et je mourrai dans la croyance en nos divinités. Je ne dis pas cela pour moi seul. Mais au nom de tous les Permiens. Ou bien pendant mille ans nos aïeux se seraient-ils fourvoyés ? Ils ont protégé notre pays contre les regards envieux…

”La Nouvelle Babylone approche. Si l’on a des griffes et des crocs, alors on est un homme. Ne vous disputez pas en vain avec les gens qui parlent une autre langue, mais ne perdez pas la vôtre. La vie embrouille les gens. Le gros poisson avale le petit. Gardez-vous en troupeau, vous resterez vous-mêmes ; si vous vous dispersez, vous vous perdrez…

”Pendant des siècles, le peuple komi a vécu sa vie propre. Aujourd’hui, un grand nombre de gens, au fond d’eux, oublient leurs noms, leur mode de vie, leur foi, leur langue. La chance sourit aux coupables, le malheur frappe des innocents…” Tu m’écoutes, Sérafim ?

— Oui, Vieux Laďej.

— Dans la région de l’Ob, il y a de longs siècles, existait une localité du nom de Šörkar : grande, joyeuse, c’est aujourd’hui le bourg de Sherkaly…

— Et c’est là que nous allons, avec mes camarades ! s’exclama Sérafim.

— Quelques verstes plus haut, et bien auparavant, se dressaient les yourtes d’Atlym : Grand-Atlym et Petit-Atlym, non loin l’une de l’autre. Là s’établit le prince Pam, qui avait été piégé et expulsé de Komi par la violence. Ils avaient voulu le tuer, mais ils n’y étaient pas parvenus. Il arriva avec sa suite. Les Komis étaient riches, puissants, mais surtout bienveillants. Si tu fais du bien à quelqu’un, il te le rendra dix fois. Les arrivants furent donc accueillis avec générosité. Et Pam dut vivre loin des terres et des tombes des Komis.

— Et où alla-t-il ensuite ?

— Il dort maintenant au bord de l’Ob, là où se dressaient les yourtes d’Atlym. En amont de l’actuel Sherkaly. La tombe, certes, s’est effacée. Mais il a promis de se réveiller et de sortir de terre, pour conduire les Komis vers un bonheur autonome. Ainsi parla-t-il : “Je vais dormir, pour me réveiller à une autre époque.”

— Et toi, tu as vu la tombe de Pam, Vieux Laďej ?

— Je l’ai vue. Mais je ne veux pas le réveiller avant l’heure. Il se réveillera lui-même. Ainsi parla-t-il. »

La chandelle clignotait sur la table.

Sérafim regarda sa montre. Le vieux Laďej hocha la tête.

« Tu dois te remettre en route.

— Oui, les camarades m’attendent.

— Savate (Čajpod) te conduira par le plus court chemin.

— Qui ?

— Savate. Mon chien. Il est noir, mais sa poitrine et le bout de sa queue et de ses pattes sont blancs.

— Il ne sait pas où je vais.

— Savate sait tout, il est capable de comprendre, il ne lui manque que la parole », répliqua le vieux Laďej avec un large sourire. “Un vieillard au cœur humble, au visage rayonnant, à l’esprit vif et très original, se dit Sérafim. À la maison, je leur raconterai cette rencontre.”

« Dans la vie, chaque jour est une fête, soupira le vieux Laďej. Un jour, une vie parfaite s’établira. La clarté de la terre est vaste. Il y en aura pour tout le monde. Chacun à sa place. Soyez amis avec la nature, c’est un cadeau des dieux, protégez-la comme vos ancêtres, apprenez leurs enseignements : il est difficile de vivre sans racines. Ne vous querellez pas les uns avec les autres. Les paroles dures, méchantes, ne plaisent ni aux gens, ni même aux végétaux : elles attaquent, elles tuent. Protégez votre pays. La violente tempête “Šuvgej” a tout balayé sur son passage, laissant derrière elle des terres broussailleuses et abandonnées, des prés en friche, des villages désertés [4]. Si vous ne vous protégez pas vous-mêmes, qui vous protégera ? Ne vous opposez pas à la nouvelle foi : gardez-la dans un coin de la tête et vivez selon votre bon sens. La Femme d’Or ne nous a pas attiré vers le mal : elle nous a éduqués au bien. Les anciens Komis l’adoraient par-dessus tout.

— La Femme d’Or ? J’en ai beaucoup entendu parler. De nos jours, on la cherche encore. Et elle existe ? La Femme d’Or ?

— Oui. Pam veille sur elle. Et de ce côté-ci de l’Oural, les gens vénèrent la Femme d’Or et Vojpöľ. Les Ougriens. Ils les considèrent comme leurs.

— Ils les vénèrent encore aujourd’hui ?

— Et depuis toujours. Elle recèle bien des secrets, la taïga, dans la région de l’Ob. Nous sommes des peuples cousins. Ce côté-ci de l’Oural s’appelle Manśipal, c’est-à-dire : “le pays mansi” ; l’autre côté de l’Oural, c’est Saranpal : “le pays zyriène”. Beaucoup de noms et de mots d’ici te seraient familiers : Šörkar (la ville du Centre), Śölöm-Iz (le mont du Cœur), Śura-Iz (le mont Cornu), ńań (le pain), luzan (le sac à dos) et bien d’autres. Et leur Sorńi-Naj, c’est votre Femme d’Or (Zarńi Ań). Et voilà. Eh bien, allons-y. Attends seulement un instant…

— Vieux Laďej, merci de tout cœur pour ton récit. Tes paroles se sont gravées en moi. Tiens, j’ai un lièvre dans ma besace, je viens de l’attraper, ainsi qu’un grand coq de bruyère et une gélinotte. Je veux te les laisser. »

Sérafim commença à ouvrir sa besace, mais le vieux Laďej l’arrêta.

« Il fait nuit, à présent, il est trop tard pour chasser. Et tu dois rapporter de la viande à tes camarades. Je le sais. Tu n’as pas chassé tout cela pour toi. Attends un instant. »

Le vieillard alla dans sa chambre et revint avec une boîte en écorce de bouleau haute de deux empans.

« Que veux-tu me donner ? Ce n’est pas la peine…

— Voici du miel. Des environs de Sherkaly. »

Sérafim bredouilla de surprise.

« Oh, non ! Je ne peux pas accepter.

— Prends-le, Sérafim. On me l’a apporté. Mais c’est un cadeau pour toi, de la part du prince Pam de Permie.

— C’est son anniversaire, aujourd’hui ?

— Oui, c’est cela.

— Eh bien, je laisse ce grand coq de bruyère de bon cœur. En cadeau de ma part.

— Tu auras beaucoup de difficultés à surmonter, Sérafim. Après l’armée, je te souhaite de rentrer étudier en Komi, dans la plus grande école, où s’instruit le descendant du prince Pam de Permie.

— J’y réfléchirai, Vieux Laďej. Et comment il s’appelle ?

— Le temps viendra… vous ferez connaissance », dit le vieux Laďej.

Et, se tournant vers la taïga, il poussa un long sifflement.

Aussitôt, son chien était à ses pieds.

… Et le chien à quatre-z-yeux du vieux Laďej, qui répondait au nom de Savate, conduisit vraiment Sérafim à travers l’épaisse forêt […].

« Merci, merci beaucoup à toi, mon chien Savate ! Transmets mes chaleureuses salutations et mes meilleurs vœux au vieux Laďej. Que longtemps encore il vive à la lumière. »

Et il agita la main vers la maison de Savate. Le chien comprit, remua la queue, jappa une fois ou deux et disparut dans la nuit noire.



Vladimir Timine naquit le 2 juillet 1937 en-deçà de l’Oural, dans un village de la « RSS autonome de Komi », en Russie soviétique. S’il est surtout connu pour sa poésie, il est également l’auteur de quelques récits très remarqués, où l’histoire et le folklore occupent une place prépondérante. Membre du mouvement national komi à partir de la fin des années 1980, il joua un rôle important dans la vie intellectuelle de la République lors des années de souveraineté (1991-1992) puis au sein de la Fédération de Russie. Rédacteur en chef de la revue littéraire L'Étoile du Nord [Войвыв кодзув], vice-président de l’Union des écrivains komis, il était une personnalité majeure de la scène culturelle du pays. Il est mort hier soir, le 25 novembre 2015, à Syktyvkar.

Le texte ci-dessus est extrait de son roman Un blindé perdu dans la taïga [Пармаын вошöм БТР], d’abord paru en feuilleton dans la revue Concorde [Арт] (numéros 1 à 3 de l’année 2007), puis la même année aux éditions Kola. Écrit en komi, l’une des deux langues officielles de la république, ce roman est une aventure humaine épique, caractéristique de cette grande contrée cosmopolite qu’est la Russie.


* * *


[1] Un nom komi traditionnel est constitué de la juxtaposition des noms d’usage des ascendants, du plus ancien jusqu’à la personne qu’il désigne (en l’occurrence : « Laďej fils d’Örep fils de Ćud… »), en partant d’aussi loin que le permette la transmission orale de la génalogie. Le fait que le personnage ait un nom « très long » laisse entendre 1) qu’il est issu d’une famille komie aussi vieille, peut-être, que le peuple komi lui-même, et 2) qu’il est porteur de la connaissance de toute l’histoire cette famille — et par extension, de toute l’histoire du peuple komi. Ce personnage incarne donc en quelque sorte « la conscience du peuple komi ».

[2] La ville au bord du Syktyv (en russe : Sysola), c’est « Syktyvkar », aujourd’hui capitale de la République de Komi.

[3] Envoyé par Moscou avec une armée russe, l’évêque Étienne de Permie a évangélisé les Komis au XIVe siècle. Les légendes ont gardé la mémoire d’un certain Pam, qui aurait tenté de défendre le pays komi et ses traditions face aux envahisseurs. À partir de cette époque, les Komis qui refusaient de se soumettre à l’autorité des Russes ont reculé peu à peu vers le nord (Izhma) et vers la Sibérie (Ob).

[4] Dans la mythologie komie, Šuvgej est un souffle, un vent, qui peut être dangereux, enlever les gens, les posséder. C’est un esprit maléfique susceptible d’induire ses victimes en erreur en changeant de forme et en se faisant passer pour diverses créatures.

photo : Körtkerös, 21/10/2007

Écrit par SebK, le Jeudi 26 Novembre 2015, 18:59 dans la rubrique "Komi".


Commentaires :

  Anonyme
28-11-15
à 19:37

Good job, well done. Really, the main idea there is a hope. Some time peoples were occupied, supposed they were lucky to stay alive. And now they have the hope.
But really, may be it would be better for them to die?