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11/2019 : parution de Ils ne savent pas ce qu'ils font, de Jussi Valtonen, au Livre de Poche.

10/2019 : parution de "Ni scandinaves, ni slaves : des voix originales d'Europe du Nord", préface à Ma muse n’est pas à vendre, poèmes d'Ivan Kouratov choisis et traduits par Yves Avril, éd. Paradigme.
08/2019 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi dans le cadre du 15e Congrès des littératures finno-ougriennes, Kolozsvár, Roumanie.
05/2019 : parution d'Une soirée de toute cruauté, de Karo Hämäläinen, chez Actes Sud (coll. Actes noirs).

03/2019 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Genève.
01/2019 : parution de Sœurs de cœur, de Salla Simukka, chez Hachette.

12/2018 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Paris.
11/2018 : lecture publique de la pièce Purge de Sofi Oksanen à Cognac.
11/2018 : présentations de Lever de rideau sur le pays komi à Nice, à Moscou et en République de Komi (Syktyvkar et région de Körtkerös).
08/2018 : parution de Lever de rideau sur le pays komi, L'Harmattan & Adéfo, coll. "Bibliothèque finno-ougrienne".

05/2018 : parution de Norma, de Sofi Oksanen, au Livre de Poche.

05/2018 : parution d'un article de Sofi Oksanen au Nouveau Magazine Littéraire, mai 2018.
03-04/2018 : représentations de Vincent River de Philip Ridley au Théâtre Ouvert Luxembourg.

01/2018 : Cent ans de musique et de poésie entre Nice et Finlande, concert-lecture autour d’Armas Launis et d’Uuno Kailas, Nice, bibliothèque Louis-Nucéra.

11/2017 : "L’imaginaire national finlandais à l’épreuve du centenaire - Un regard du XXIe siècle sur la poésie patriotique d’Uuno Kailas", dans le cadre du colloque Révolutions russes ; images et imaginaire en Russie et en France, Nice.
11/2017 : lecture d'extraits de la pièce Purge de Sofi Oksanen au Théâtre de l'Atalante (Paris) dans le cadre des rencontres Traduire - Transmettre.
10/2017-01/2018 : reprise des Cornes d'Alexeï Popov au Théâtre de l'Impasse (+ en tournée le 07/10 à Saint-André, le 27/10 à Falicon, les 13-14/01 à Vence).

09/2017 : parution de Norma de Sofi Oksanen en grands caractères (éd. Voir de Près).

08/2017 : parution de l'article "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans la revue bretonne Klask, n° 11.
08/2017 : "Are Finns ashamed of their independence? - A 21st century look at Uuno Kailas’ patriotic poetry", dans le cadre du 14e Congrès des littératures finno-ougriennes, Tartu, Musée national d'Estonie.
08/2017 : "Garibaldi und Nizza – ein Epos zwischen Frankreich und Italien", dans le cadre du 4e colloque de la Garibaldi Gesellschaft, Kirchberg, Sachsen.
06/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov à Châteauneuf-Villevieille.
04/2017 : représentations des Cornes d'Alexeï Popov (Nice, Théâtre de l'Impasse).

03/2017 : parution de Norma, de Sofi Oksanen, chez Stock.

01/2017 : parution de Ils ne savent pas ce qu'ils font, de Jussi Valtonen, chez Fayard.

12/2016 : "Une comédie komie – Adaptations et mises en scène niçoises d'un théâtre minoritaire de Russie", dans le cadre d'une journée d'étude à l'université Rennes 2.
08/2016 : parution du Récif, de Seita Vuorela-Parkkola, chez Actes Sud Junior.


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La "Garibaldi Gesellschaft Deutschland" en visite à Nice
— Sur les pas de Pepin & Anita —
Après plusieurs voyages en Italie, la Société Garibaldi d'Allemagne (Garibaldi Gesellschaft Deutschland) poursuit ses pérégrinations en visitant la ville natale du "héros des deux mondes".
   Si les liens entre Garibaldi et l'Allemagne peuvent paraître minces, il ne faut pas oublier que Giuseppe passa commande de 15 000 chemises rouges à un drapier saxon rencontré à Côme en 1866, alors qu'il se préparait en vue de la "Troisième Guerre d'indépendance italienne".
   Ce voyage à Nice est l'occasion d'explorer quelques lieux et monuments emblématiques en rapport avec les Garibaldi (Pepin, Anita, mais aussi Rosa), ainsi qu'avec d'autres personnalités qui ont laissé leur empreinte dans l'histoire de Nice (Paganini, Nietzsche, etc.).
   En chemin, on passe d'ailleurs devant le lycée Calmette (ancien lycée de jeunes filles, 1887), puis par le monument à Albert Calmette (1863-1933) devant l'hôpital Saint-Roch (architecture turinoise de 1858, futur hôtel de Police). Les visiteurs ne connaissent pas ce médecin niçois... ou ne le reconnaissent pas, car il se cache derrière le C du fameux "BCG", le vaccin contre la tuberculose qu'il développa au début du XXe siècle et qui est toujours largement utilisé dans le monde.
   Quant à Niccolò Paganini, mort à Nice en 1840, l'hôtel et la rue qui portent son nom servent de point de départ à la visite.

Naissance et baptême

   Pepin est né dans le port de Nice le 4 juillet 1807. À cette époque (1793-1814), Nice est le chef-lieu d'un "département français", comme bientôt Rome ou Hambourg. À ce titre, la seule langue officielle est le français. La naissance doit être déclarée à la mairie (et non à l'église paroissiale), et en français. Il est également nécessaire de traduire les prénoms. Par conséquent, sur l'acte ci-dessous, Jousé/Pepin/Giuseppe s'appelle "Joseph" :

  

   Lors de l'invasion de 1792-1793, au nom du principe de laïcité, les Français avaient fermé les églises et aboli toute forme de religion. Mais Napoléon a rétabli la liberté de culte, sous certaines réserves.
   Le père étant marin, la famille habite naturellement dans le quartier du port. Les Garibaldi dépendent donc de la paroisse Saint-Martin-Saint-Augustin. Il n'est plus interdit de baptiser l'enfant, à condition de le faire en français (au lieu d'italien, comme c'était le cas dans cette paroisse avant 1793). En outre, on constate sur l'acte ci-dessous que l'enfant est baptisé le 19 juillet, soit quinze jours après sa naissance.

  
Le baptistère de l'église paroissiale et l'acte de baptême de Pepin.

   En face de l'église, le monument à Catarina Segurana (érigé en 1923, et en langue niçoise seulement) appelle quelques explications, et on parle donc du siège de 1543.

(photo T&T)

Le port et les domiciles de la famille Garibaldi

   Si les visiteurs espéraient voir la maison natale de Garibaldi, ils vont être déçus. Sur le plan ci-dessous, qui représente le port de Nice sous la forme qu'il a prise au XXe siècle, l'emplacement de la maison natale ("Casa Gustavin") est indiqué par le carré de gauche. L'autre carré, à peu près sur le quai de l'actuel parking Port-Lympia, désigne la maison des Garibaldi sous la Restauration ("Casa Abudharam").

     

   On aperçoit la maison Abudharam sur la photo ci-dessus. Au premier plan, Charles-Félix semble la montrer du doigt.
   Le monument date des années 1820. Charles-Félix de Savoie était alors roi de Sardaigne. Jusqu'au XVIIIe siècle, voire encore après, le principal port de Nice était la rade de Villefranche, mouillage naturel en eaux profondes. Tant que le littoral niçois était le seul accès à la mer pour les États de Savoie, Nice-Villefranche était donc le port de Turin. L'accoutrement de style Renaissance fait référence aux ancêtres de Charles-Félix, en particulier au duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, qui donna à Nice le statut de port franc (en 1612) afin de favoriser le commerce avec la capitale. À la libération (1814), le traité de Paris restaure les États de Savoie. Mais l'année suivante, le congrès de Vienne y annexe l'ancienne République de Gênes (carte ci-contre). Les Niçois s'affolent : que va devenir l'économie locale, face à la concurrence soudaine du plus grand port de toute la Méditerranée ? Pour les rassurer, Charles-Félix rétablit les franchises du port (supprimées pendant l'occupation) : d'où la statue ci-dessus, avec l'index tendu vers le port Lympia.
   Mais lorsque Charles-Albert abolit la monarchie absolue en 1848, il promet pour tous les sujets du royaume l'égalité devant la loi. À cet égard, le port franc ne peut plus durer longtemps. La révocation de ce privilège sera entérinée par Victor-Emmanuel II dans les années 1850, provoquant la colère des Niçois. Dans les émeutes, la statue perd son index, symbole d'une promesse non tenue.
   La plaque ci-dessus fut apposée sur la maison natale en décembre 1871. C'est une année mouvementée : dix ans à peine après l'annexion, Napoléon III a capitulé, la France a proclamé la "Troisième République", Garibaldi a offert ses services à la cause républicaine et remporté les rares victoires françaises dans la guerre contre les Prussiens, lesquels ont tout de même fini par prendre Paris et proclamer l'"Empire allemand" ; Garibaldi a été élu député dans plusieurs départements français, dont les Alpes-Maritimes, mais son élection a été invalidée par le préfet, ce qui a provoqué les fameuses "Vespri Nizzardi", insurrection réprimée par le pouvoir central et suivie de l'exil des intellectuels niçois... Curieusement, dans ce contexte tendu et répressif de la jeune Troisième république, le conseil municipal vote l'apposition d'une plaque sur la maison natale de Garibaldi, avec une inscription en italien seul (et non en français).
   Mais à cette époque, la France a déjà lancé un projet d'urbanisme en vue d'agrandir le port de Nice, et les deux bâtiments ont vocation à être démolis tôt ou tard. La maison natale disparaît bientôt (et donc la plaque ci-dessus, dont j'emprunte la photo à un ouvrage ancien), suivie par la maison Abudharam en 1897.

  

   Aujourd'hui, dans le port, il ne reste que deux souvenirs de la maison natale de Garibaldi : une plaque apposée à l'initiative de la Società Italiana di Beneficenza en juin 1932 (sous le régime fasciste), également en italien ; et une nouvelle plaque de 2011 (à l'occasion du 150e anniversaire de l'unité italienne), plus grande, au pied de l'escalier central (mais je ne sais pas si elle est toujours là, la zone étant actuellement inaccessible en raison du chantier du tram). 

Première Guerre d'indépendance italienne

   Condamné à mort au début du règne de Charles-Albert pour activités révolutionnaires, Giuseppe a mis les voiles en catimini, et le vent l'a porté jusqu'au Rio de la Plata, où la jeune République Orientale d'Uruguay était alors tiraillée entre ses deux grands voisins : l'Argentine et le Brésil. En passant par le Rio Grande do Sul, il a rencontré Anita, qu'il a épousée et qui, depuis lors, se bat à ses côtés. Lorsque Charles-Albert abolit la monarchie absolue en 1848 et amnistie les condamnés politiques, Pepin rentre à Nice, avec Anita et les enfants. Le couple Garibaldi se met alors au service du roi pour soutenir la révolution chez les voisins milanais.
   En chemin, on passe devant le lycée Sasserno. Poète romantique niçoise d'expression française, Agathe-Sophie Sassernò (1810-1860) se définissait comme italienne. À ce titre, sa carrière, qui couvre exactement la période du Risorgimento, est imprégnée de l'idéal national de son temps. Que ce soit par conviction ou pour s'attirer les bonnes grâces de la cour, elle publie en 1852 une sorte d'épopée albertine intitulée Glorie e Sventure, qui retrace avec pathos l'entreprise aussi téméraire que tragique menée par Charles-Albert en Lombardie dans les années 1848-1849 : la "Première Guerre d'indépendance italienne". Au nombre des "glorieux martyrs" de cette sventura figure bien sûr Anita Garibaldi, morte le 4 août 1849 près de Ravenne. Ci-dessous, je reproduis intégralement le poème qui lui est consacré.

  
"Son nom honorera l'Italie et les femmes !"

   En 1854, en préfaçant une édition parisienne de ses poèmes, Sainte-Beuve a loué "l’œuvre d'un poète qui, né en Italie et habitant l'Italie, a cependant préféré à sa langue maternelle notre propre idiome" (sic). Fille d'un ancien aide de camp de Masséna et d'une certaine Marie-Sibille Chartroux, je doute qu'Agathe-Sophie eût une grande expérience "maternelle" de l'italien ! Mais Sainte-Beuve ne pouvait simplement pas concevoir qu'on puisse être italien et parler français, ou, comme il le dit possessivement, "notre propre idiome". (C'était une parenthèse francophonique.)

Colline du Château

   Il est temps de prendre un peu de hauteur. Une visite de Nice passe forcément par la colline du Château, et notamment par le "donjon", alias "terrasse Nietzsche". Pourquoi Nietzsche ? L'écrivain effectua plusieurs séjours à Nice, en particulier les hivers entre 1883 et 1887, et il n'aura pas manqué d'apprécier la vue depuis ladite terrasse qui surplombe la cascade. Il était présent, d'ailleurs, le mercredi des Cendres où les habitants furent tirés du lit par un séisme impressionnant, qui fit des ravages autour de San Remo (on en voit encore des ruines et des villages abandonnés), mais plus de peur que de mal à Nice, ce qui amusa le philosophe.
   La "colline du Château" appelle quelques explications. En allemand, on entend souvent parler de "Schloßberg", les gens ne sachant pas à quoi pouvait bien ressembler ce "château" disparu. Le terme "Burgberg" me paraît plus approprié, vu que les édifices en question constituaient (historiquement et architecturalement) une véritable ville haute, qui trouvait son origine dans un oppidum ligure et qui fut bâtie au fil des siècles autour d'une cathédrale du Ve siècle. Une fois de plus, difficile de ne pas évoquer le siège de 1543, qui a conduit à une réorganisation des infrastructures civiles (développement de la ville basse) et militaires (fortification du mont Boron), puis ceux du tournant du XVIIIe siècle, qui ont abouti à la démolition de ce qui restait des fortifications, donc à l'abandon définitif de la ville haute.

  
Reproduction d'un plan de Nice au XVIe siècle, où l'on distingue les fortifications de la ville haute et de la ville basse. À droite, reconstitution du château dans son état de 1692 (par Florent Pey, 2017), juxtaposé avec la ville actuelle.

   L'église que l'on peut voir sur les images ci-dessus est la première cathédrale de Nice. Le christianisme a pu arriver dans la région dès l'époque des missions de Paul (à l'initiative de l'apôtre Barnabée) ; saint Nazaire et le jeune "Niçois" saint Celse furent expulsés de Cemenelum (aujourd'hui Cimiez) sous le règne de Néron, au milieu du Ier siècle ; c'est également à cette époque que saint Tropez fut martyrisé, et il fait l'objet d'un culte particulier dans toute la région.
   Depuis la terrasse Nietzsche, on peut voir la colline de Cemenelum/Cimiez, sur la voie romaine reliant l'Italie et la Gaule : les Ligures y côtoyaient les Romains depuis l'époque d'Auguste. Sur la colline du Château, au bord de la mer, leurs congénères vivaient plutôt à proximité de marchands grecs. D'où le développement de ces deux villes distinctes.
   Nice eut un premier évêque vers 250 en la personne de saint Basse, qui allait y être martyrisé. À la même époque, saint Pons était décapité à Cemenelum ; selon la légende, Charlemagne aurait chargé son neveu saint Syagre, alors évêque de Nice, de fonder une abbaye sur l'emplacement de son martyre. Cette abbaye de Saint-Pons est également visible depuis le Château (sous la forme baroque qu'on lui connaît aujourd'hui) ; c'est là que les citoyens de Nice ont signé en 1388 l'acte de dédition à la Maison de Savoie.
   Après les réformes de Constantin, on commence à bâtir officiellement des cathédrales. Celle de Sainte-Marie date vraisemblablement du Ve siècle : on peut en voir les fondations, qui donnent une idée de l'aspect que pouvait présenter la ville haute. Pendant ce temps, Cemenelum est dotée d'une autre cathédrale (le premier évêque étant un certain saint Valérien), dont on peut également voir les fondations dans l'enceinte du musée archéologique. Bref, dès le Ve siècle, sur le territoire actuel de la ville de Nice, il y avait deux petites cités, avec deux cathédrales distinctes.
   Le "château" fut bâti vers le XIe siècle à partir du village existant, puis agrandi par les Savoie, et finalement démoli méthodiquement par les Français au début du XVIIIe siècle. La colline ainsi abandonnée allait devenir ensuite un jardin public. À la mort de Garibaldi, de nombreux projets de monument furent imaginés. Voici à quoi ressemblerait la terrasse Nietzsche aujourd'hui si celui d'Alexis Mossa avait été réalisé (ci-contre).

   Mais si notre excursion passe par la colline du Château, c'est surtout pour visiter le cimetière. La tombe de Rosa, la mère de Giuseppe, date de 1852 (le père, Domenico, étant mort avant l'acquisition de cette concession). Le journal du 21 mars relate l'impressionnante cérémonie de la veille, très solennelle, où l'urne était portée par "quatre proscrits de la démocratie européenne, un Français, un Italien, un Polonais et un Russe". Un cortège aux flambeaux de plus de 800 personnes accompagna Rosa de la maison Abudharam jusqu'au cimetière. À cette époque, la pierre tombale est bien sûr gravée en italien.
   Après le décès de Giuseppe à Caprera, deux plaques commémoratives seront apposées sur la tombe de sa mère. La première, en 1883 (1er anniversaire de sa mort), est une initiative de la municipalité ; elle est sobre, et en français. L'autre, en 1885 (3e anniversaire), glorifie en italien "le plus grand héros du XIXe siècle de Montevideo à Dijon", tout en l'associant à Mazzini dans un texte un peu tiré par les cheveux : elle est conçue par l'antenne niçoise du Circolo Giuseppe Mazzini.

  

Deuxième Guerre d'indépendance italienne

   On se rappelle qu'Anita, morte pendant la guerre de 1848-1849, avait été enterrée à la hâte près d'une ferme en Romagne. Dix ans plus tard, en 1859, Giuseppe est de nouveau sur le front dans le cadre de la Deuxième Guerre d'indépendance italienne. En novembre, il fait exhumer les restes de son épouse pour lui donner une digne sépulture près de la tombe de sa mère, à Nice, au cimetière du Château.
   Pour le centenaire de la naissance de Pepin, un monument à Anita est projeté. Il sera réalisé en 1909 (ci-contre).
   Mais en 1932, le régime fasciste fera exhumer une nouvelle fois "l'héroïne de l'unité italienne", de nuit et dans la plus grande discrétion (afin d'éviter d’immanquables émeutes), pour transférer ses restes à Rome. La population scandalisée ne l'apprend qu'ultérieurement par la presse. Mussolini peut alors inaugurer en grande pompe le nouveau mausolée d'Anita, sa statue équestre sur le Janicule, le jour même du 50e anniversaire de la mort de Giuseppe.
   Aujourd'hui, cette plaque commémore donc la période de 1859 à 1932, où Anita reposa à Nice selon les vœux de Pepin.

Place Garibaldi

   Au sommet de la colline du Château, au pied de l'escalier conduisant à la terrasse Nietzsche, on a remarqué une pierre revêtue d'une inscription en latin. Il s'agit en fait d'une partie de l'attique de la "porte de Turin" (1782), qui fermait autrefois l'actuelle place Garibaldi, comme on peut le voir ci-dessous sur un tableau du XIXe siècle (elle fut démolie en 1848 dans le cadre du développement de la ville). L'inscription rappelle que le roi Victor-Amédée III a entrepris de vastes travaux dans les années 1780 pour moderniser la route royale Nice-Turin : c'est dans ce contexte qu'une place est aménagée au nord de la ville, à l'entrée de la route qui mène à la capitale, avec cette porte majestueuse.
 
  

   D'abord nommée "place Victor" en l'honneur du roi, cette esplanade emblématique porta ensuite des noms divers et variés : "de la République" et "Napoléon" pendant l'occupation française, puis "place d'Armes" et "Saint-Augustin" à la Restauration, de nouveau "Napoléon" après l'annexion de 1860... Jusqu'au jour de septembre 1870 où, Bonaparte capitulant devant les Prussiens, il fallut encore débaptiser la place. Aussitôt, le conseil municipal opta évidemment pour "Garibaldi", symbole à la fois niçois et républicain (mais amèrement contesté par les députés de la Troisième République française, qui allaient pousser "Joseph" à démissionner, au grand dam de Victor Hugo, qui démissionna aussi par solidarité).

  

   Décidée par le conseil municipal deux jours après la mort de Pepin, la statue fut finalement érigée en 1891. L'homme regarde devant lui en direction de Turin. L'ensemble est évidemment orné de symboles maritimes. Mais surtout, un détail attire l'attention des visiteurs : Garibaldi figure deux fois sur le même monument. Devant le piédestal, il est aussi représenté en nouveau-né, dans les bras de ses "deux mères" : avec le sein nu, on reconnaît la France, tenant un drapeau dont le pommeau est une fleur de lys ; l'autre est l'Italie, avec la louve capitoline sur le pommeau et les armes de Savoie à la ceinture.
 


  
Pause déjeuner.



   Après le déjeuner, on traverse la promenade du Paillon (2013) et sa copie en bronze du David de Michel-Ange (2015) pour regagner la vieille ville. On avait vu l'ancien lycée des jeunes filles dans la matinée : on passe à présent devant celui des garçons, aujourd'hui lycée Masséna (institution fondée sous Napoléon ; le bâtiment actuel date essentiellement du début du XXe siècle).
   Sur la place Saint-François, difficile encore de ne pas évoquer le siège de 1543 et la restructuration de la ville basse : d'où l'hôtel de ville du XVIe siècle, à proximité du couvent des franciscains.
   La rue Droite (Carriera Drecha) passe par le palais Lascaris, palazzo de la noblesse niçoise construit dans la première moitié du XVIIe siècle. Encore une fois, il faut faire référence au siège de 1543 pour expliquer le déplacement de la noblesse vers la ville basse. L'angle du bâtiment arbore d'ailleurs un des boulets tirés sur la ville par l'alliance franco-turque, avec plaques explicatives en niçois et en français.

(photo T&T)

   De même, la fondation de la cathédrale Sainte-Réparate s'explique par le développement de la ville basse au XVIe siècle. Elle se substitua ainsi à l'ancienne cathédrale Sainte-Marie du Château, dont on a vu les fondations. On remarque au passage cinq statues sur la façade. Ce sont des personnalités importantes dans l'histoire ancienne de Nice, et on a déjà entendu parler de plusieurs d'entre elles. Du côté de la Nice grecque, on a l'évêque saint Basse, martyrisé à Nice, et sainte Réparate, à qui la cathédrale est dédiée : selon la légende, cette jeune chrétienne aurait été décapitée en Palestine vers 250, puis jetée dans une barque lancée à la dérive sur la mer Méditerranée, après quoi sa dépouille aurait miraculeusement échoué à Nice. La ville romaine est commémorée par saint Pons et par l'évêque saint Valérien. Enfin, saint Syagre, légendaire neveu de Charlemagne et évêque de Nice, complète l'iconographie avec une référence médiévale au Saint-Empire. 
 
   Au numéro 23 de la rue de la Préfecture (Carriera dòu Gouvernou) se trouve une maison qui appartenait autrefois à Hilarion Spitalieri (1776-1845), comte de Cessole, président du Sénat de Nice. Une plaque (1891, en italien) y commémore le décès de Paganini qui, revenant d'une tournée en France pendant laquelle il était tombé malade (du choléra, dit-on), mourut chez son mécène niçois en 1840 : "Poi che da questa casa... lo spirito di Nicolo (sic) Paganini si ricongiunse alle fonti della eterna armonia (!) giace l'arco potente di magiche note..." – tout un poème. Comme l'artiste avait refusé l'extrême-onction et qu'il était réputé habité par le Diable, l'évêque s'opposa à ce qu'il soit inhumé à Nice. Pragmatique, le comte de Cessole fit rapidement embaumer le violoniste pour le conserver quelque temps dans sa cave ; puis il se débrouilla pour le transférer au lazaret de Villefranche et le faire expédier clandestinement à Gênes, mais c'est une autre histoire. En tout cas, à l'instar d'Anita, Paganini aura été malmené pendant bien des années avant de pouvoir reposer en paix.
   Non loin de là, au numéro 10, une autre plaque indique la maison natale de Calmette, dont on a également entendu parler plusieurs fois au cours de la matinée.

   Puis on passe devant le palais des ducs de Savoie. D'abord construit au XVIe siècle comme palais ducal, il fut agrandi après 1720, lorsque les ducs de Savoie devinrent rois de Sardaigne. Depuis 1860, l'édifice est le siège de la Préfecture des Alpes-Maritimes.
   Sur le côté de la place, la chapelle de la Miséricorde (Saint-Gaëtan, confrérie des pénitents noirs) est un exemple fascinant de baroque niçois, avec ses courbes sophistiquées et ses trompe-l’œil vertigineux.
   Le groupe se promène ensuite sur le cours Saleya, puis rejoint le bord de mer sur le quai des États-Unis (Riba doù Miejoù).

Derrière l'Opéra.

Villa Masséna - musée d'art et d'histoire de la ville de Nice

   Pour conclure la journée, la Garibaldi Gesellschaft Deutschland est reçue par la ville de Nice au musée Masséna, où sont conservés quelques objets en rapport avec Garibaldi.

     

            Discours de la Garibaldi Gesellschaft Deutschland :
    

            Accueil par le directeur du musée :
     
 
            Visite guidée sur le thème de Garibaldi :
     

     
La fameuse galerie de portraits, avec Garibaldi à côté des rois de Sardaigne (de Victor-Emmanuel Ier à Victor-Emmanuel II). Sur la boucle de ceinture : la croix de Savoie.

 



   Ainsi s'achève la visite du vendredi 20 septembre 2019 sur les traces de Garibaldi dans sa ville natale. Mais ces prochains jours, les membres du groupe vont profiter de leur séjour pour explorer d'autres aspects de Nice et de ses environs.
Écrit par SebK, le Mardi 24 Septembre 2019, 18:23 dans la rubrique "Nice".